Les douze travaux d’Hercule, ou qu’est ce qu’un Héros ?

« Si tu veux que ton Héros intérieur apparaisse à ta conscience, tu dois te mettre dans la disposition de la maitresse qui attend son amant » nous dit Luc Bigé. En corollaire de son exposé sur la Langue des Oiseaux, Luc Bigé revient ici sur deux notions importantes : le thème du « Héros » et la symbolique initiatique du premier travail qu’Hercule-Héraclès  doit réaliser : tuer le lion de Némée.
Pour Luc Bigé, un héros est un Eros avec un « H » en préfixe. Le H représente l’exploration des trois mondes qui est une constante dans les traditions chamaniques : le monde du dessous, du dessus et le monde ordinaire. L’Eros n’est pas seulement ce dieu qui envoie « une flèche d’amour vers sa dulcinée », mais comme il est dit dans la tradition orphique, l’Eros est à l’origine de l’œuf du monde : la puissance de son énergie lui confère la vitalité nécessaire à l’exploration de ces trois mondes. Le Héros a ainsi le courage d’abandonner le monde connu pour aller vers l’inconnu et de sa confrontation avec l’inconnu va naître une transformation. Ce témoignage, le Héros le rapportera aux siens qui vivent dans le monde ordinaire.

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Le Héros apparait ainsi « FORT ». Ce mot se décompose symboliquement en quatre lettres, quatre éléments. Le F (FEU) transforme et confère idéalisme.  L’O (EAU) apporte sensibilité et aiguise le regard. L’ R (AIR) incarne la curiosité et favorise la communication, le T de TERRE soutient cette quête et lui apporte stabilité. Ces quatre éléments lui permettent d’atteindre sa quintessence (Cinquième essence) et par là même AGIR.

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Némée veut dire « clairière », elle représente une trouée où perce la lumière dans cette jungle que forment nos représentations. Le Lion, dont la dureté de la peau est une carapace que seule une griffe de sa patte pourra perforer, représente notre égo.  Le lion n’a pas conscience qu’il est un lion. La personnalité n’a pas conscience de sa toute puissance et qu’elle empêche toute fécondité et tout processus d’évolution. Héraclès, affublé d’une peau de Lion va pourchasser ce lion et se livrer à une course poursuite (à la recherche de lui-même ?) dans une grotte qui a deux sorties. Lorsqu’il entre, le lion en ressort et ainsi de suite. Ce n’est qu’en disposant un filet sur l’une des sortie de la grotte qu’il pourra se confronter au lion (lui-même ?) et l’étouffer (« j’ai tout fait » en Langue des Oiseaux nous rappelle Luc Bigé).Comment distinguer invulnérabilité et insensibilité, dissocier désir de séduire et capacité d’aimer? Sujet dense et inépuisable… 

Luc Bigé nous lance ainsi une invitation à le suivre dans une introspection psychologique, symbolique et évolutive que nous rappelle l’adage : « je suis dans ce monde, mais je ne suis pas de ce monde »…A vous de vous faire un avis, grâce à cet exposé vidéo de 50 minutes.

Extrait de la vidéo

Donc nous allons aborder les travaux d'Hercule et surtout le mythe du héros. Au fond, qu'est-ce que c'est qu'un héros ? Alors on peut bien sûr l'écrire dans la langue des oiseaux. Héros s'écrit de la manière suivante, puisqu'on a le H de l'exploration des trois mondes, le H du monde du surconscient, le monde de l'inconscient et le monde ordinaire.

C'est une échelle qui conduit vers le ciel et qui permet de descendre dans les profondeurs. Les trois mondes qui sont bien évidemment une constante de toutes les traditions chamaniques. Et puis on a Héros. Donc l'héros qui est la force créatrice originelle, du moins de la tradition grecque, qui n'est pas simplement ce dieu qui envoie une flèche d'amour sur sa dulcinée, mais de la tradition orphique, l'héros est à l'origine de l'œuf du monde.

Donc le héros c'est quelqu'un qui va explorer par la force de l'héros, par la puissance de son énergie, par sa vitalité, les trois mondes, le monde du dessus, le monde du dessous et essayer de vivre dans le monde ordinaire. Dans les contes de fées comme dans les mythes, le héros c'est quelqu'un qui quitte les siens, qui découvre un nouveau territoire, qui a un appel, qui découvre un nouveau territoire, un nouveau lieu.

Du reste il est souvent entouré de lieux de passage, des grottes, des ponts, des rivières, etc. Et puis il lui arrive un certain nombre d'aventures dans ce lieu-là, et il fait une découverte, autrement dit sa conscience change, et il ramène cette découverte, ce nouvel état de conscience parmi les siens. Donc le héros c'est quelqu'un qui a le courage d'abandonner le monde du connu, pour aller vers l'inconnu, se transformer du fait de cette rencontre avec l'inconnu, et ensuite revenir vers les siens pour apporter du fait de ce qu'il est devenu quelque chose de nouveau.

Donc c'est une aventure difficile. Tout le monde n'est pas appelé à devenir à une destinée héroïque, parce qu'évidemment elle comporte un certain nombre de dangers. Quelles sont les qualités pour réussir cette destinée héroïque ? En général il y en a trois ou quatre.

La première étant la force. Alors Hercule, Héraclès, qui est le héros emblématique de la tradition grecque, avant de s'appeler Hercule, quand il est né il s'appelait Alcée. Or Alcée veut dire fort. Si on écrit ce mot en français, on va l'écrire comme ça.

C'est un mot assez étonnant parce qu'il réunit au fond ces quatre éléments fondamentaux qui sont à l'origine de tout le monde manifesté. Ce sont les quatre éléments d'Héraclite. Le feu, abeuse de feu. L'eau, qui s'indique elle-même.

L'air, qui s'indique elle-même. Et la thé de la terre. Donc le héros c'est quelqu'un qui a intégré en lui les quatre éléments. C'est pour ça qu'il est fort.

Autrement dit, il a à part égale dans le cœur de son cœur l'idéalisme du feu, la sensibilité de l'eau, la curiosité de l'air et la stabilité de la terre. On pourrait dire dans l'ordre des éléments que le feu transforme, l'eau regarde, l'air communique et la terre soutient. Donc il a intégré au fond ces quatre éléments pour atteindre la quinte essence de lui-même, la cinquième essence. Et c'est à partir de là qu'il va agir.

Donc être fort n'est pas évidemment être un soudard. C'est être un guerrier. Or, dans la tradition indo-européenne, le guerrier est une des trois fonctions premières définies par Georges Dumézil dans sa structure tripartite. La force du guerrier, c'est cette capacité de transformer l'énergie en conscience.

Parce que je suis capable de canaliser l'énergie, ma conscience va grandir, va croître, va s'amplifier. Du reste, Hercule est spécialisé dans les travaux hydrauliques. Il n'arrêtera pas de faire des canaux partout. Et le canal est évidemment le symbole par excellence du guerrier, puisque le canal canalise les flux, permet de transformer la force en une nouvelle énergie, exactement comme le fait, du reste, le barrage sur un fleuve, puisque lorsqu'il y a barrage, l'énergie de l'eau est transformée en énergie électrique.

On a un changement de niveau de conscience. Donc le guerrier est fort. Le héros est fort. La force toute seule ne sert à rien.

C'est-à-dire qu'elle peut être mise au service d'objectifs de construction comme d'objectifs de destruction. Donc il faut d'autres qualités. Une autre qualité, c'est la fidélité. Le mot fidélité vient du latin fides, qui veut dire foi.

Mais foi en quoi ? Foi, en réalité, en son appel. Car le héros, c'est quelqu'un qui a entendu un appel et qui va répondre à l'appel. Seuls les vrais héros, c'est-à-dire seuls ceux qui ont entendu l'appel, peuvent prétendre avoir une destinée héroïque.

Le héros, ce n'est pas quelqu'un qui va lancer un défi en disant, voilà, je vais être super, je vais traverser la Méditerranée à la rame, parce qu'il y a quelqu'un avant moi qui l'a fait et que je veux battre son record. Ce n'est pas du tout ça, le travail héroïque. C'est répondre à l'appel de son cœur. C'est être fidèle à l'appel de son cœur.

Fidèle à sa conviction intérieure. Fidèle au fait qu'on ait entendu les cloches qui nous appellent. Une autre qualité héroïque, c'est la croissance. C'est quoi la croissance d'un point de vue symbolique ?

On pourrait le décoder dans le fait de croire au sens. Croissance, je crois au sens. De même que puissance, c'est se connecter à un puits de sens au fond de soi-même. Mais la croissance, c'est aussi cette capacité à accepter ses propres métamorphoses et ses propres transformations.

La plante qui croit ou l'animal qui mue change d'identité. Donc la croissance, c'est ce courage de changer d'identité, de laisser derrière nous notre vieille peau à chaque fois que cette nécessité-là arrive dans notre existence. Et enfin, le héros est invincible. Mais encore, ça veut dire quoi invincibilité ?

Est-ce que ça veut dire je mets une armure, une telle armure que personne ne peut m'atteindre ? On peut le lire autrement. L'invincibilité n'est pas la carapace. L'invincibilité, en réalité, c'est toucher ce lieu d'être au fond de soi qui fait qu'on ne dépend plus du regard des autres pour suivre son chemin et pour exister.

On peut le toucher dans certaines circonstances de méditation, de prière, d'isolement dans le désert ou dans une grotte ou que sais-je. C'est cet état d'être qui fait que je ne suis plus dépendant du regard des autres pour exister car j'ai touché au fond de moi-même mon soleil intérieur, le cœur de mon cœur. C'est ça la vulnérabilité qui évidemment s'oppose à l'insensibilité. Lorsque le héros a commencé à déployer ces grandes qualités, alors une autre que j'allais oublier mais qui est essentielle qui est bien sûr le courage.

Le courage a la même racine étymologique que le mot cœur. Rodrigue as-tu du cœur ? veut dire en fait bien sûr Rodrigue as-tu du courage ? Donc le courage n'est pas une volonté mentale.

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