L’homme et les saisons dans la voie taoïste
La tradition chinoise, comme d’ailleurs les anciennes traditions occidentales, portent tout leur intérêt au changement, à la relation, et donc au Temps. Pour les chinois, une action n’est pas juste ou fausse "dans l’absolu" mais dans "le rapport qu’elle entretient au Moment où elle est accomplie".
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Savoir vivre, c’est entrer dans la danse du Temps : ici il n’y a pas d’absolu, pas d’idoles en face desquelles on vous demande de vous prosterner. Le seul effort consiste à comprendre que la manifestation de ce Temps est cyclique : tout nait, se développe puis décline et retourne à la nuit.
Une perception intuitive de ce Tout : cyclique, en cercle et non linéaire
Pour décrire ce mouvement, l’image la plus appropriée est la danse sans fin des saisons. C’est précisément ce dont va nous parler Marc Sokol dans ce reportage, en se basant principalement sur le diagramme Yin Yang. Un diagramme simple, qui parle à tout le monde, et dont l’universalité ne contrecarre pas la portée métaphysique : une subtile alchimie qui mêle "l'épais et le subtile", dense et simple à la fois, un alliage rare qui est indéniablement la marque de toute la pensée chinoise taoïste.
Saisons de l’année, de la journée, de la vie…
Savoir entrer dans la danse des saisons est bien plus qu’une idée un peu hygiéniste, bien au-delà d’un n-ième message qui s’adresserait aux adeptes d’une quelconque "mode" spiritualiste. Non, pour les anciens chinois c’est l’essence même de la sagesse, harmoniser nos saisons intérieures avec les saisons de l’année, c’est au sens fort un acte spirituel, initiatique : harmoniser l’esprit avec les quatre énergies, les quatre saisons...
Une invitation que vous propose Marc Sokol devant les caméras de Fabian da Costa.
Extrait de la vidéo
The end of all mankind is the end of all mankind. The end of all mankind is the end of all mankind. Si la pensée chinoise ne fonctionne pas à partir de concepts qui s'expriment par des phonèmes, elle fonctionne à partir d'idéogrammes mais également de symboles. C'est une pensée symbolique, analogique, emblématique.
Et je vous propose qu'on regarde l'emblème principal, le plus connu, le plus médiatisé, mais aussi effectivement l'emblème central de la tradition chinoise qui est celui-ci. Tout le monde, un jour ou l'autre, a vu cet objet-là. Souvent peint en blanc et noir et non pas en rouge et noir, on reviendra dessus à voir pourquoi il est là représenté rouge et noir. Cet objet, on en fait des t-shirts, on en fait des planches de surf, de toutes sortes de choses.
Mais il est intéressant de revenir un petit peu à son mode de fabrication et à sa signification. D'abord, il s'appelle Tai Chi. Tai Chi, ça veut dire le fait suprême. Ça n'a rien à voir, c'est pas le Tai Chi, c'est pas le Chi de Chi, de Qigong.
Par contre, c'est bien le Chi de Tai Chi Chuan. Tai Chi Chuan veut dire Chuan, le point, la boxe de cet emblème. Cet emblème s'appelle Tai, le plus grand, Chi, le sommet, le fait. Donc Tai Chi Chuan veut dire la boxe du sommet suprême.
Et cet objet-là s'appelle Sommet suprême. C'est un titre, disons, honorifique pour dire qu'il représente la totalité. Donc, je vous propose de revenir, de voir comment un peintre chinois décrit cet objet. Peint, excusez-moi, comment il élabore cet objet.
Alors, tout d'abord, il peint, il prend un cercle qu'il peint intégralement en noir. Ça, c'est comme le retour à un état premier. Ce n'est pas rien, ce n'est pas vide, mais en même temps, il n'y a pas d'ordre. Il n'y a pas de haut, il n'y a pas de bas.
Ça fait référence à un état qu'on appelle dans la tradition chinoise le ciel antérieur. Avant, avant l'ordre. On l'appelle parfois Hongtun. Hongtun est un idéogramme, ce sont deux idéogrammes assez complexes.
Moi, je l'ai compris comme ça, c'est comme des chariots de guerre. Il y a du bruit, il y a de la fumée, il y a des gens, il y a tellement qu'on ne voit rien. C'est-à-dire, c'est un état chaotique. On parle parfois de la soupe prébiotique.
Avant qu'il y ait quelque chose. Avant. Avant qu'il y ait quelque chose de défini. Une sorte d'état du tout possible.
Dans la tradition hébraïque, ça peut ressembler beaucoup à l'état qu'on appelle Tohu et Bohu. Tohu va Bohu. Vous savez, qu'on traduit parfois dans la Bible, c'est traduit par la terre était un forme et vide et l'esprit d'Elohim planait. Mais le terme qu'on traduit par un forme et vide, c'est Tohu va Bohu.
C'est une espèce d'état où tout est possible, mais rien n'existe en particulier. Ce noir-là, c'est aussi là où on revient pendant la nuit profonde, pendant le sommeil sans rêve. C'est aussi l'état de la méditation profonde. Éventuellement, l'intervalle entre les pensées.
C'est le retour à une profondeur archaïque. Quand on a dessiné, quand l'artisan, l'artiste a fait ce cercle noir, il trempe son pinceau dans la peinture rouge et il le pose. À partir du moment où on a posé le pinceau, on est sorti virtuellement du chaos primordial. Et l'ordre et quelque chose va se diffuser, monter, et il va le faire monter ainsi.
Cette espèce de tétard rouge qui va culminer en haut. Et en haut, il va laisser en creux un creux qui donne sur le noir. Et en bas, il va mettre en plus un petit œil rouge. Cet objet, on va s'en servir pour décrire le monde.
On va pouvoir décomposer ce cercle en deux, en quatre, en six, en huit, en douze, en vingt-quatre, suivant les besoins stratégiques. Mais il y a une chose que je voudrais tout de suite dire. Cet objet, on l'utilise depuis plusieurs milliers d'années, cet emblème. Mais personne ne s'est jamais prosterné devant et personne n'a jamais cru que c'était réel.
C'est une manière de dire. Des fois, je cite une phrase de Godard qui dit « Ce n'est pas une image juste, c'est juste une image. » Eh bien, c'est une image juste, mais c'est juste une image. C'est une manière de décrire.
Mais le réel, et c'est pour ça qu'il y a ce rapport, le réel est toujours plus mystérieux que tout ce qu'on va pouvoir dire. Donc, si vous voulez, on va pouvoir parler un peu des grands lieux qu'on a exprimés. Mais déjà, par la suite, on va dire Yang, on va dire Yin. Mais sous le rouge, il y a du noir.
Sous le noir, symboliquement, il y a toujours du noir. Voyez qu'on n'est pas dans un phénomène d'équivalence. On n'est pas du tout dans Yin-Yang comme deux éléments équivalents, comme les deux lions de chaque côté de la cheminée pour tenir la bibliothèque. On a tendance à voir les choses comme ça chez nous.
Jusqu'à un certain point, si on veut vraiment être rigoureux, il n'y a de montée que le rouge. Le noir apparaît quand le rouge lui laisse de la place. On peut faire la comparaison avec le jour et le ciel étoilé. Le soleil, relativement à nous, monte et descend.
Mais la nuit, le ciel étoilé n'apparaît pas. Il est là, il n'apparaît pas la nuit. Il est là même quand il y a le jour.