Le Vodu, un système religieux de la vie de tous les jours

Peut-être avez-vous déjà vu, exposés dans des musées, des objets de culte vodu ? Pourtant, selon le prêtre vodu Basile Kligueh, ces artefacts n’auraient en fait jamais servi à pratiquer le moindre rituel. Voilà qui nous interpelle sur le fait que finalement, nous ne connaissons guère cette tradition qu’à travers des images d’Epinal.

Dans cet exposé très instructif, il ne sera pas question de poupées truffées d’épingles...Le ton est donné par l’évocation d’une voix, et de son chant du "signe".

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A partir de ce premier symbole, dont il nous livre une interprétation et un exemple d’application thérapeutique concrète, Basile Kligueh nous ouvre les portes d’un monde méconnu, exotique et pourtant résolument universel.

VoduVodu

Nous y découvrons une cosmogonie étonnamment analogue, dans ses fondements, à la kabbale : le monde visible y est dépeint comme la manifestation du monde invisible, ayant pour source unique un Être Suprême créateur de toutes choses.

Le mot "vodu" lui-même signifie d’ailleurs littéralement "Monde de l’Invisible".

Dans ce tableau ancestral venu de la lointaine Côte Ouest africaine, la notion de psychosomatique (récente en Occident) trouve naturellement sa place, et l’auditeur occidental se trouve dépaysé sans l’être.

Nous passons ainsi d’un référentiel culturel à l’autre sans jamais perdre le fil – le fil « rouge » pourrait-on dire, en référence au légba  (un objet rituelique très populaire de couleur "rouge" qui fut remplacé aux Antilles, suite à la répression exercée par les missionnaires européens,  par des images de St Thomas, et dont la cape est "rouge", aussi).

Et c’est précisément ce qui caractérise le vaudou selon Basisle Kligueh : "une religion qui s’adapte au temps et à l’espace".

Mais rien de plus naturel en somme (naturel est le mot) pour un art de l’invisible, que de se fondre dans le décor.

Souhaitez-vous entendre l’histoire d’Afà, Voku, et Kolo, le premier des 256 signes employés dans les consultations vodu ?  Découvrir comment se déroulent les initiations, et à quoi ressemblent les objets du culte ?

Basile Kligueh vous en dit plus au cours de cette conférence de 43 mn donnée à la Sorbonne - Colloque Politica Hermetica -  dans une parole vivante où l’esprit et la matière s’unissent, laissant émerger la magie primordiale du monde.

Extrait de la vidéo

Quel signe est tombé ? Le signe qui est tombé s'appelle Djungbe, la voie, le verbe.

Et qu'est-ce qu'il dit ? Il dit qu'un arbre ne porte pas le fruit d'un autre arbre.

Le baobab ne donne pas du piment, le piment ne donne pas des aubergines.

C'est ainsi, je suis la voie.

C'est le premier signe des 256 signes de la géomancie vaudou.

Ce même signe raconte l'allégorie suivante.

Peut-être avant de vous raconter l'allégorie.

Eh bien, je m'appelle Basile Cligué, je suis dans la banlieue lointaine de Paris.

Je suis à peu près à 100 kilomètres de Paris.

Et c'est souvent que je fais des recherches sur le vaudou en Afrique.

Et j'en ai fait une thèse en avril 1994 avec le professeur Jean Guillard.

Ici même à l'école pratique des hautes études.

Tout à l'heure dans le diaporama que je vous montrerai, je vous montrerai les bouquins que j'ai pu faire avec mes recherches.

Donc tout ce que je vais vous présenter, ce sont des recherches cliniques et théoriques qui remontent à plus de 30 ans déjà.

Alors, la chanson que je viens de vous donner, et je disais donc que c'est le premier signe de la géomancie vaudou qui dit ça.

L'allégorie de ce signe, l'une des allégories.

Je vais vous la raconter.

Avant, le pénis et le cou, les testicules sont des voisins.

Tous les deux sont des paysans.

Ils font de la culture de l'igname.

Colo, le vagin, est commerçante.

Celle-ci passe régulièrement devant les champs des deux voisins pour aller au marché de Yaminakoshi.

Un jour qu'elle passait, elle demande à Vecou de lui donner un peu d'igname.

Ce dernier refuse catégoriquement.

Un autre jour, c'est Avant qui était là.

Gentil et prévenant, Avant accepte de donner de belles ignames à Colo.

De retour du marché, Colo arrive à laurer des champs des voisins quand le ciel menaça et il se met à pleuvoir.

Colo se précipita pour s'habiter sous le hangar champêtre des deux voisins.

L'orage s'intensifia au point que nos cultivateurs commencent à prendre froid.

Colo proposa avant de la pénétrer pour se réchauffer.

Il ne se fait pas prier.

Vecou fonce à son tour pour se réchauffer aussi, mais Colo lui ferme la porte au nez pour son avarice.

C'est d'ailleurs pour cela que, même aujourd'hui, les testicules se précipitent, mais restent désespérément à la porte à cause de leur avarice.

Je suis content de vous faire rigoler, mesdames, messieurs, mais ne nous limitons pas à la seule image qui pourrait sembler fort érotique de ce mythe.

Chez les vaudoisans, c'est une histoire qui se raconte sans pudeur.

C'est la vie de tous les jours.

En consultation, face au patient, le prêtre traditionnel voit un homme qui, à cause de son avarice, se verra refuser les faveurs de la gente féminine.

Parce que l'on se rend compte après coup, l'homme aura tendance à multiplier ses partenaires.

C'est aussi là le piège pour l'homme.

Parce que la femme ne lâchera pas facilement prise, une femme tiendra l'homme par les pieds, une autre le tiendra par le cœur, et la troisième le tiendra par la tête.

Alors, le proverbe du même signe viendra nous dire, si l'un coupe avec une hache et que l'autre souffle sur le feu, tu tomberas très vite, quelle que soit ta force.

Face à une patiente, le praticien verra une femme possessive, emprise avec les hommes, incapable de se constituer prisonnier.

De ce fait, l'homme fuira devant la femme, et la femme recherchera continuellement un partenaire stable.

C'est d'ailleurs souvent elle qui fera les premiers pas.

En définitive, nous sommes face à une instabilité conjugale.

Cette instabilité peut être passagère s'il s'agit d'une consultation ponctuelle ou un destin à assumer s'il s'agit du fa-destin de l'individu.

Pour remédier à cet état de fait, le traduit praticien proposera des rituels qui auront pour objectif principal d'harmoniser l'individu avec son moi intérieur.

La plupart des rituels vaudous constituent des suggestions au psychisme de l'individu.

Ces suggestions peuvent se renforcer par des interdits.

Alors, les interdits deviennent des autosuggestions.

L'interdit pour l'homme peut être, par exemple, la polygamie, et pour la femme, d'observer l'absence sexuelle certains jours de la semaine.

Ça peut être aussi la même chose pour l'homme.

Généralement, la suggestion des rituels et l'autosuggestion des interdits guérissent d'abord le moi intérieur, le psychisme ou encore le côté invisible de l'individu.

Puis, le psychisme somatise dans le corps physique ou dans la vie de tous les jours.

Ce n'est pas de la magie, mais comment est-ce possible mécaniquement ?

Le terme vaudou, nous l'écrivons V-A-U-D-O-U, et non V-A-U-D-O-U.

Les anciens qui arrivent à phonétiser leur langue, quand je suis allé les voir et j'ai écrit le vaudou V-A-U-D-O-U, ils me l'ont lu Vaudou.

Je leur ai demandé comment est-ce qu'on l'écrit, alors ils me l'ont écrit de cette manière V-A-U-D-U.

Quand vous allez sur le terrain, c'est ce que vous allez avoir.

Et c'est seulement selon cet orthographe que le terme vaudou signifie quelque chose dans la langue des vaudouisans.

Et Dieu seul sait qu'il y a une multitude de langues chez les adyatados.

Alors, l'origine connue du vaudou aujourd'hui, c'est davantage sur la côte ouest africaine, ce que l'on appelle encore la côte des esclaves.

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