La transe et le sacré

Les phénomènes de transe ont de tout temps existé et cependant, la pensée officielle dominante ne les prend pas vraiment au sérieux. Nous nous interrogeons pourtant: que se passe-t-il lors d’une transe ? Quelle partie de l’humain y est-elle convoquée ? Et par voie d’exclusion, quelle part d’irrationalité, ou de supra-humanité, une transe permet-elle de mettre en relief ? Pour répondre à cette question, nous avons convié autour de Michel Cazenave : Isabelle Celestin-Lhopiteau (psychiatre), Djohar SI Ahmed (psychiatre, secrétaire générale de l’Institut Métapsychique International, IMI) et Edouard Collot (Hypnothérapeute).

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56:36
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Si à présent, en France, 80% des centres anti douleur ont intégré l’hypnose dans leur traitement, la transe reste encore peu connue ou redoutée. Est-ce son côté mystérieux (mot qui a, rappelons-le, la même racine étymologique que le mot "mystique") qui effraye nos blouses blanches qui s’arquebouttent trop souvent sur leur "Vidal" comme un conquistador sur sa "Bible" ? Est-ce lié à une profonde méconnaissance de la culture chamanique qui a, elle, intégré la transe dans sa médecine ?
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Pour Edouard Collot "la transe nous ouvre sur une autre réalité et participe à ce que Carl-Gustav Jung nommait le processus d’individuation: la transe permet d’approcher des registres de la Psyché que nous n’arrivons pas à toucher au moyen des thérapies classiques … "
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Souhaitez-vous découvrir à quoi correspond "l’état vigile" de tout à chacun et comment faire pour quitter cet oripeaux ?
Dans quels buts thérapeutiques rechercher ces "états de conscience modifiée" ?
Réponses de nos trois intervenants dans cette table ronde de 54 min, filmée au Forum 104.

Extrait de la vidéo

Les phénomènes de trans sont connus depuis très très longtemps et je dirais qu'ils sont attestés dans toutes les autres cultures que la culture occidentale et encore il faudrait voir du point de vue de l'histoire de l'Occident s'il n'y a pas eu beaucoup de phénomènes de trans auquel nous ne donnons pas ce nom, je pense par exemple au possédé de Sameda au 18ème siècle dans lequel on voit que c'est quelque chose qui est très communément partagé mais on voit bien qu'aujourd'hui aussi souvent on a une espèce de réticence devant ce genre de phénomène comme si on n'arrivait pas à les penser, comme si on ne pouvait pas les faire entrer dans le cadre de notre pensée officielle, acceptée et dominante et justement nous voudrions réfléchir à nouveau au frais à ce genre de phénomène, se demander ce qui s'y passe exactement, ce qui est convoqué de l'humain et pour aborder ce sujet nous avons avec nous Isabelle Sélastin-Laureau qui est psychologue clinicienne au CHU, c'est-à-dire au Centre Hospitalier Universitaire dans l'Ordre, Dieu Crème l'Abyssètre, Johar Siramed qui est secrétaire général de l'Institut Méta-Psychique International qui en même temps est psychanalyste et spécialiste de la respiration allotropique et puis Édouard Sélastin-Laureau qui est de formation psychiatrique mais qui je crois qui est aussi hypnothérapeute dans la tradition érectionnienne au départ et qui je crois se tourne de plus en plus vers l'anthropologie, c'est-à-dire savoir ce que éventuellement nous pouvons recevoir effectivement des autres cultures. Alors déjà lorsqu'on parle de la trans, c'est la première question très provocante que j'ai envie de vous poser, est-ce qu'il faut prendre cela au sérieux puisque beaucoup de gens nous disent que c'est d'une seule manière de faire la pure illusion ? Je répondrai oui très au sérieux et puis on peut regarder en France ce qui se passe notamment dans les centres antidouleurs où je pense à peu près 80% des centres antidouleurs ont intégré la trans à travers l'hypnose et l'hypnose est notre façon actuelle et culturelle d'utiliser la trans qui est pratiquée dans un tas d'autres cultures et comme vous le disiez depuis très longtemps et on voit bien les effets dans le domaine de la douleur, de l'utilisation de cette trans avec une meilleure gestion de l'émotionnel liée à la douleur et puis même sur la sensation elle-même de la douleur et puis on voit aussi l'efficacité de la trans à travers l'hypnose pour un tas de pathologies différentes. Oui, alors j'insisterai aussi sur, en étant tout à fait d'accord avec toi, mais sur le fait que la trans nous ouvre sur un monde différent, c'est-à-dire une autre réalité. C'est pour ça que j'ai rejoint Jung dans la majorité de ses concepts et ses pensées car je trouve qu'effectivement la trans permet ce processus d'individuation car la trans permet de toucher des registres de la psyché qu'on n'arrive pas à toucher dans des contextes de thérapie classique. Alors en me présentant tu as dit d'obédience à Erickson, c'est vrai que je connais la fille d'Erickson, que j'apprécie Erickson bien que je ne l'ai pas connue, mais que ma formation initiale est plutôt psychanalytique, mais que j'ai rejoint le mouvement des thérapies éclectiques si tu veux dire qu'aujourd'hui je pense qu'effectivement on a besoin d'un ensemble d'outils de manière à pouvoir adapter notre pratique non seulement à l'évolution des personnes mais à l'évolution de la société et qu'on ne peut pas se figer dans une pratique à laquelle il faudrait que le patient se plie. C'est vrai que dans la trans, on retrouve les éléments fondamentaux de la psychanalyse. Alors je ne sais pas si j'en parle maintenant ou plus tard.

Oui, je peux rebondir là-dessus. Effectivement, je suis tout à fait d'accord avec toi que d'abord la trans est un objet extrêmement sérieux à étudier dans toutes ses dimensions parce que la trans effectivement c'est une appellation qui peut être un peu générique parce qu'effectivement il y a la trans hypnotique, hypnose ericksonienne, il y a la trans légère que l'on peut voir sur un divan d'analyste lorsque l'interprétation est porte et il y a la trans qui signifie passer d'un état à un autre et on sait que les états de conscience peuvent être codifiés, des états qui sont extrêmement favorables à l'accès à un matériel qui est impossible d'avoir ou de voir se présenter ou se présentifier lors d'approches classiques pour certains et aussi des expériences. La trans, on transite, on transire, pour reprendre le latin, vers des états élevés de la conscience, c'est-à-dire qui peuvent avoir effectivement, permettre au sujet de mettre à jour ce qui pose problème et qui était complètement fouillé dans les fin fonds de la vie psychique.

Moi j'aimerais juste au départ de cette table ronde dire quelque chose qui me paraît justement important de dire, c'est que Freud avait très très bien senti l'impact de la trans et l'avait tout à fait introduit dans sa technique parce que Freud dit trois choses qui à mon avis sont les plus fondamentales, il dit c'est très différent un homme qui pense d'un homme qui se regarde penser. Or cette phrase là indique clairement que Freud avait compris l'intérêt de la dissociation, sur laquelle on sait que Pierre Jeannet a tant travaillé. Par ailleurs il insiste pour dire que le patient doit se trouver dans un état de tranquillité, un état qu'il décrit comme étant l'état hypnoïde, il dit j'abandonne l'hypnosuggestion mais je conserve cet état propre à l'hypnose de tranquillité, d'espace intérieur etc. Et puis il dit que le praticien doit se trouver dans un état d'écoute flottante, donc quelque part il indique clairement que le niveau critique et de vigilance est abaissé et que c'est dans cet espace là qu'on va travailler, qui pour moi est un espace de trans.

Absolument, je suis tout à fait d'accord. Oui moi aussi et je trouve que là on est en train d'aborder ce côté sérieux et on voit à quel point que ce soit dans la trans au sens large, dans la trans hypnotique plus particulièrement, on touche à quelque chose de très sérieux puisqu'on touche à la vérité de la personne, on touche pas au personnage qui est la personne mais vraiment à la personne elle-même. Mais j'aime bien la provocation de demander quand même si c'est sérieux ou pas parce qu'il y a un côté je trouve qui n'est peut-être pas si sérieux que ça et qui est très précieux dans le changement. C'est-à-dire que souvent on a l'impression que pour changer qu'il faut contrôler et donc c'est sérieux, c'est intellectuel. Et l'intérêt de la trans c'est que justement on va lâcher quelque chose du contrôle. Si on regarde la trans des chamanes par exemple, on voit qu'il faut devenir un peu fou pour qu'il y ait un changement qui se passe. Mais il y a quelque chose de très similaire en hypno, c'est-à-dire que le patient arrive, vous me direz si vous êtes d'accord, mais le patient arrive focalisé complètement, immobilisé sur un symptôme et il a plein de stratégies rationnelles pour essayer de changer. Mais on voit que ça ne marche pas. On va lui proposer de rentrer dans cet état-là de trans et à ce moment-là il va lâcher le contrôle, lâcher son système habituel de pensée pour s'ouvrir à tout autre chose, s'ouvrir justement à plus de spontanéité. Il y a vraiment une ouverture qui lui fait quitter le personnage pour aller vers la personne qu'il est, être dans une plus grande perception. Alors j'aime bien ce côté-là, c'est pas si sérieux peut-être à certains moments, qu'il faut passer par quelque chose de lâcher prise, de lâcher le contrôle pour arriver justement à la personne et à ce qui est essentiel chez la personne.

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