Les Hommes au milieu des ruines, Julius Evola

Nous avons constaté une chose plutôt surprenante, que vous pouvez vérifier par vous-même : en tapant sur le moteur de recherche interne du site de France Culture la mention « Julius Evola », aucun résultat n’apparait. Aucun, vraiment. C’est très étonnant, notamment au regard des nombreux résultats que l’on peut obtenir en tapant n’importe quel autre nom de penseur traditionnaliste ou de dissident contemporain. Pourquoi une telle omerta ? Son œuvre est-elle dénuée de tout intérêt ? Ou alors considérée comme trop subversive ?

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Notre entretien se propose de combler cette lacune, assez incompréhensible par ailleurs, et va tenter une analyse critique, objective de ce penseur à travers son ouvrage paru en Italie au sortir de la seconde guerre mondiale : L’Homme au milieu des ruines. Nous nous risquerons même à en extraire certaines idées, les sortir de leur contexte historique, et à les transposer dans la période contemporaine. Cela afin de sonder la prégnance, sur certains points uniquement, de la pensée d’Evola aujourd’hui.

« Il faut lire Evola, car on n’y trouve pas ce qu’on lui reproche...»

Si, comme beaucoup d’entre nous, vous êtes effondrés par la déliquescence de « l’idéologie dominante », l’omniprésence obscène de cet « Argent Roi », « la dictature des puissances technocratiques » et « la perte de substance des peuples » ; cet entretien, apolitique et non prosélyte, vous fournira sans doute un certain nombre de clés de compréhension quant à la mesure de la « décadence » de notre civilisation. Décadence dont Evola se fit un scrutateur attentif dans cet ouvrage apocalyptique.

Précisons d’emblée que la feuille de route est d’ordre purement philosophique, métaphysique, loin des gesticulations qui « excitent et passionnent les masses ». Phénomènes hypnotiques constatés et dénoncés avec virulence par Evola, qui, notamment via la politique et l'économie, brouillent tous les repères sur un plan collectif et qui, ramenés à un niveau individuel, « nous détournent de notre axe fondamental et nous fait passer à côté de l’essence même de notre existence… ». 
Bienvenu dans la pensée héroïque de cet auteur, visiblement mis à l’index dans cette époque, et ce pays, la France, marquée par un rejet de la métaphysique et de toute forme de transcendance.

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Evola est un penseur de l’antiquité romaine, né à la mauvaise époque.

Nous sommes en 1953. Julius Evola, alors âgé de 55 ans, vient d’être acquitté par les tribunaux italiens de tous les soupçons qui pesaient sur lui. L’aura dont il est entouré, principalement dans les milieux d’extrême droite depuis le succès de son ouvrage « Révolte contre le Monde moderne », paru en 1934, demeure intacte.

Electron libre dans cette quête viscérale du sacré et de la transcendance, païen revendiqué, aristocrate, élitiste, anti-démocratique, Julius Evola fut un européen convaincu avant l’heure. Son positionnement atypique, car à la fois antirévolutionnaire et anticatholique (!), critiquant ouvertement les totalitarismes et toute espèce de massification des sociétés, synonyme pour lui de « désagrégation de l’individu, d’infantilisation », le maintint, par chance pour lui, à une relative distance* des régimes totalitaires de son époque : fascisme italien et national-socialisme allemand.

Sa critique virulente et sans appel de la modernité, de son libéralisme hédoniste, et de ses préoccupations matérialistes de « petits-bourgeois » qu’il vomit par-dessus tout (et dont se repaissent les populismes d’aujourd’hui et d’hier) lui confèrent une place à part, et de premier rang, dans les philosophes antimodernes.

Souhaitez-vous découvrir, à la suite de Jean-Marc Vivenza, la vision héroïque de ce penseur « mis à l’index » dans sa globalité par cette pensée mainstream / maelstrom qui manque profondément de nuance et de discernement. Ainsi, peut-être, parviendrez-vous à « rester debout », vaillamment, dans ce champ de ruines et de désolation...

* ses tentatives, nombreuses et appuyées, pour s’en rapprocher demeurent une tache indélébile dans son parcours.

Extrait de la vidéo

Bonjour Jean-Marc Vivenza, bienvenue pour cet entretien cet après-midi. Je suis très heureux de vous accueillir à nouveau. Vous êtes un habitué de Zaglitz TV. Néanmoins, je me permets de vous présenter avec deux, trois mots.

Vous êtes philosophe, écrivain, musicien, compositeur, donc vous avez un large éventail de talents. Et les écouteurs ici vous connaissent surtout pour vos différents apparitions ici autour de thèmes de l'ésotérisme, aussi des traditions comme Guénon et aussi Julius Evola qui est l'autre sujet d'aujourd'hui. Je pense que vous avez déjà fait une émission sur un autre livre de Julius Evola sur Chevauchée le tigre.

Et aujourd'hui notre sujet est un livre qu'il a écrit relativement tard dans sa carrière d'écrivain et qui s'appelle Les hommes dans les ruines, un livre qui a été édité en année 53, il me semble, et publié dans cette année-là. Bienvenue donc Jean-Marc. Merci pour vos propos d'accueil et tout disposer à aborder ce sujet. D'autant que ce livre représente une étape dans l'évolution de Julius Evola.

C'est un livre écrit après-guerre, après la publication d'une petite plaquette orientation pour les hommes au milieu des ruines. Comment, après les décombres de la seconde guerre mondiale, retrouver selon Julius Evola une attitude héroïque et maintenir une possibilité à la fois d'action mais aussi de vie, parce que le livre est empli d'indications à ce sujet, qui soit conforme à une attitude traditionnelle, tradition entendue telle que, Evola bien évidemment la pense et la considère.

Donc voilà un peu pour le contexte. Le livre est écrit dans un climat un peu particulier parce que Julius Evola est rentré depuis peu en Italie, il a été hospitalisé puisqu'il avait été atteint dans des bombardements à Vienne et il est inquiété par la police, en faisant d'ailleurs quelques mois de détention, au regard de l'influence qu'il pourrait avoir sur une partie de la jeunesse séduite par les idées dont il est porteur.

Alors il sera acquitté dans le procès qui lui est fait, mais néanmoins restent autour de lui quelques, on va dire, suspicions d'influence non souhaitées par les autorités politiques d'après-guerre auprès non seulement de la jeunesse italienne mais plus globalement d'une certaine élite intellectuelle européenne et puis surtout auprès de parties dont on soupçonne éventuellement qu'ils puissent reconstituer les anciennes formes politiques détruites à l'issue du second conflit mondial.

Voilà un peu pour le contexte. Tout à fait. Allons peut-être, pour comprendre ce contexte encore un peu plus profondément, un peu en arrière dans l'histoire. Vous avez parlé justement de l'influence qu'a pu avoir Julius Evola sur la politique d'avant-guerre, mais aussi de l'influence que la politique d'avant-guerre a eue sur lui, bien évidemment.

Et c'était ça la raison de son arrestation. Et je ne sais pas si dans l'édition française de son livre dont on parle aujourd'hui, il y a aussi, comme dans la version allemande que j'ai lue récemment, aussi sa défense qu'il a tenue devant ce tribunal qu'il a accusé, parce que je trouve ces vingtaines de pages qu'il a éditées là extrêmement intéressantes aussi en vue de ce livre dont on parle aujourd'hui.

Donc si nos écouteurs ont la chance de pouvoir mettre la main dessus sur cette défense, je crois qu'elle est très intéressante aussi. Mais alors, comment arrive-t-on là ? Comment arrive Evola, avec ces idées qu'il a eues depuis toujours, comment arrive-t-il à être accusé de défendre son raison passé ? Tout simplement parce qu'Evola est un auteur qui a une certaine consense du point de vue de sa ligne et de son discours.

Il a toujours défendu, loin des caricatures d'ailleurs qui lui sont accolées, une forme de position aristocratique. Il est d'ailleurs lui-même natif de la petite noblesse romaine. Il est né à Rome en 1898, je pense qu'il est bon de le préciser. C'est quelqu'un qui est issu du milieu de petite noblesse catholique et il a toujours, à travers son parcours, défendu une certaine idée, à la fois de l'Europe, de la culture, de la romanité, comme il le disait, et en même temps une posture à la fois aristocratique et chevaleresque qui s'est manifestée par différentes publications qui témoignent toutes de cette orientation, y compris à l'intérieur des régimes qui vont être directement impliqués dans le second conflit mondial, à l'intérieur desquels, que ce soit le fascisme italien ou le national-socialisme en Allemagne, il va faire entendre un discours tout à fait singulier qui n'a strictement rien à voir avec l'alignement sur des positions, on va dire, de politique classique.

C'est quelqu'un qui reste critique vis-à-vis du totalitarisme, précisément pour des raisons de refus de la massification et de la désagrégation de l'individu à l'intérieur de la masse. Il reste très ferme sur ces éléments-là et sa ligne de conduite lui fait avoir ce discours à l'intérieur du régime italien, il l'aura aussi en Allemagne, où il sera lu et connu, surtout après la publication et traduction de son livre « Révolte contre le monde moderne » publié en 1934, qui va être introduit en Allemagne après une traduction, où il sera invité à donner des conférences et, il faut le signaler, sera entaché d'une certaine suspicion par les autorités allemandes qui verront en évolat, bon, certes, quelqu'un de non complètement hostile au régime, mais néanmoins absolument pas aligné sur l'ensemble des visions techniciennes et prométhéennes du régime allemand.

Et voilà qu'on serve, même dans ces périodes, et je dirais presque surtout dans ces périodes,

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