L'homme vert: Robin des Bois, Peter Pan et Santa Claus
« Robin des Bois, Peter Pan et le Père Noël représentent des incarnations archétypales liés à l’enfance, à ses rites de passage et nous emmènent de la verdeur primordiale à la maturité vermeille » nous dit Arnaud d’Apremont. L’auteur se livre ici à l’étude de ces personnages sous trois aspects. Successivement, l’auteur évoque « le chamane ou esprit de la Nature », ensuite « le seigneur du paradoxe - l’aide pour franchir le passage ». Et enfin « le justicier distributeur ». Le choix du « devenir adulte » ou « rester enfant » est une préoccupation majeure de la psychologie, avec ce questionnement récurrent qui nous renvoie à celui du mystère de l’incarnation et du paradoxe créateur.
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Si l’un des buts de la vie est de devenir adulte, de grandir, chacun est en droit de se demander : pourquoi grandir, pourquoi ne pas rester enfant ?. Surtout « quand l’enfance peut être assimilée à une forme de paradis originel vers lequel tout homme peut vouloir tendre dans un processus d’éternel retour… et dont les mythes se font l’écho » nous dit Arnaud d’Apremont.


La constitution de cette personnalité est bien l’une des bases du processus éternel de la création. Les mythes et les héros y ont contribué. Et, de ce point de vue, l’une des figures les plus essentielles et les plus originelles (voire la plus originelle au vu des gravures rupestres) est l’homme que l’on a appelé « sauvage ». Ou parfois l’homme vert, l’hommedes bois, en somme l’homme « élémentaire », dans tous les sens du terme.
Ne vous êtes vous jamais interrogées pour savoir si les figures héroïques de votre enfance ne plongeaient pas leurs racines dans une mémoire collective atemporelle que l’on peut appeler : inconscient collectif ? Ou Akasha ?
Réponse de l’auteur dans cet exposé de trente minutes.
Extrait de la vidéo
L'enfant est étymologiquement celui qui ne parle pas, c'est une idée qui naturellement va faire penser à l'apprenti dans bien des traditions ou bien des cheminements.
L'un comme l'autre sont au début d'un processus de transformation de l'être qui va les amener d'étape en étape à atteindre un certain niveau et à traverser un certain nombre d'étapes, de passer à travers ce qu'on aurait dit anciennement de trépasser.
Donc ça va entraîner des étapes de mort très claires, ce qui veut dire aussi qu'ils vont avancer sur un chemin périlleux, pour reprendre une terminologie qu'auraient les auteurs arthuriens.
Anciennement, ces étapes nécessitaient des aides qui étaient clairement identifiées.
L'étape de l'enfance, de l'adolescence, de la maturité, c'était 7, 14, 21 ans.
A chaque fois, il y avait des aides.
Il y avait des héros, des mythes, des contes qui étaient associés à chaque idée de passage.
Et cette thématique du devenir adulte est restée l'un des principes, l'un des thèmes majeurs de la psychologie moderne sur lesquels on a discuté.
Est-ce qu'il est utile de devenir adulte ? Est-ce qu'il est utile de rester enfant ?
Ça va être justement l'un des propos de cette intervention, d'évoquer ces genres de personnages à travers notamment Peter Pan, qui est vraiment le personnage principal de cette thématique de l'initiation, avec un personnage qui, lui, décide de rester enfant quand d'autres qui peuvent être liés vont, eux, décider de franchir le pas.
Alors, ces thématiques du passage nous renvoient à des propos qui peuvent sembler futiles.
L'intervention va évoquer Romain Desbois, va évoquer Peter Pan, va évoquer le Père Noël.
Ça peut sembler presque burlesque.
Et en même temps, ça fait appel à une thématique très profonde, justement, de ces aides dont on a besoin tout au long du passage et qui nous renvoient presque à l'origine des temps.
Car, in fine, ce sont des personnages qui nous renvoient au thème de l'homme sauvage.
L'homme sauvage qui est certainement l'un des premiers thèmes traités sur les peintures rupestres.
Cet homme vert qui va prendre plusieurs formes, ça va être à la fois le chamane, l'esprit de la nature, ça va être le seigneur du paradoxe, le seigneur du désordre, le seigneur du chaos, le seigneur de l'inversion.
Et ça va être le justicier ou le distributeur.
Et on va voir, on peut tout à fait le pressentir très très rapidement, que le Père Noël, que Robin des Bois ont ces triples approches.
On voit l'homme sauvage apparaître très tôt sur ses peintures, notamment dans les Cairnes, sur les peintures rupestres, associées, je parle de Cairnes, à cette racine indo-européenne qui est Caerène, qu'on va retrouver dans des dieux comme Cronos, comme Cernonos, comme Cernes, le dieu cornu, des dieux cornus avec cette racine qui exprime la puissance.
Et cette évocation de la puissance nous renvoie forcément à la notion d'arbre, d'arbre, de corne, de ce qui nous rattache à la fois par les racines au sol et ce qui nous rattache au ciel par la ramure.
Alors cette thématique de l'arbre, de l'homme sauvage, nous renvoie à la verdeur, à une verdeur qu'on va retrouver dès les textes anciens, par exemple à travers le combat des arbres, le cas de Godeux, les textes de Taliesin dans la tradition celtique, avec des réminiscences que l'on retrouvera chez Macbeth, avec la fameuse forêt en marche qui vient menacer Macbeth.
Cette relation entre l'homme sauvage et l'individu qui vient de la nuit des temps est très prégnante, notamment dans les traditions celtiques et nordiques.
On va le voir avec des textes anciens comme le cas de Godeux, le combat des arbres, les textes de Taliesin, on le retrouvera dans Macbeth avec la forêt en marche.
Et c'est vraiment une notion qui est essentielle et ce n'est pas étonnant que ces héros que je vais avoir l'occasion d'évoquer sont naissent dans cette tradition ancienne.
Il faut savoir que par exemple dans la tradition nordique de l'Europe du Nord, le couple originel a été créé à partir de deux troncs d'arbres, l'un le phrène, Ask, et Embla, qui va être la femme, qui est un orme, par trois dieux qui se baladaient sur le rivage et qui vont trouver deux branches ou deux troncs de cette essence.
Et c'est à partir de là que le premier couple humain va naître, ce qui montre quand même la relation très forte qu'il peut y avoir entre l'arbre et cette spiritualité essentielle.
Alors tout ça va se retrouver à travers quantité de petits personnages, de la littérature, des elfes, on va dire que le petit peuple, le petit peuple des fées, des génies, tout cet environnement, qui pour certains même deviendront le futur saint de la tradition chrétienne, va porter des tas de noms, Pug, les Farfadés, plus ou moins inspirés de Pan, donc Oberon, et vont devenir, in fine, Robin des Bois, avec sa bande de guérirons, de merrymen, ce qui même dans une forme de christianisation a pu devenir les hommes de Marie, de la Vierge Marie, comme une forme de protectrice de la forêt.
Je disais tout à l'heure que ces hommes sauvages avaient une triple dimension, donc à la fois chamane, à la fois justicier-distributeur, et à la fois prince du désordre.
Robin des Bois en est la parfaite démonstration d'emblée, puisque, bon, seigneur de la forêt, on le voit, il est protecteur de la forêt, on pourrait développer le personnage de Robin des Bois à l'infini, on sait que le début de son parcours se fait contre la loi de la forêt, c'est un petit noble, un petit noble saxon, qui est en rébellion contre la loi sur la forêt, qui a été imposée par la nouvelle hiérarchie nobilière normande, où plus du tiers de la forêt anglaise appartient à la couronne, et plus personne n'a le droit de chasser sur cette terre.
Donc, il se révolte, et là, Robin des Bois va apparaître comme le protecteur, en fait le protecteur d'une vieille tradition, le protecteur des anciens êtres de la forêt, de cette forêt qui commence à être détruite progressivement pour sortir de cet ancien ordre féodal, mais qui était détenteur d'un certain sens de la nature, c'est vraiment le protecteur de la nature, cette dimension chamanique que d'ailleurs certains films récents ont pu restituer, où on voit souvent dans des processions Robin des Bois adopter des cornes de cerfs, donc on retrouve vraiment cette dimension chamanique.
Distributeur, il a cette dimension, elle est bien connue, il vole aux riches pour redistribuer aux pauvres, il est là pour ordonner le monde et pour le mettre vraiment en forme.
Et puis, le seigneur du désordre, c'est très facile de le comprendre, il est un hors-la-loi, faut-il encore se demander hors de quelle loi, parce qu'effectivement, c'est pas forcément un bandit, il n'est pas forcément animé par des intentions malséantes, mais il est dit hors-la-loi, parce qu'effectivement, il est hors de la loi normande pour défendre un certain ancien ordre.