Introduction à la philosophie du Tao
"Les êtres multiples du monde feront retour chacun à leur racine. Faire retour à la racine, c'est être serein; être serein, c'est retrouver le destin. Retrouver le destin, c'est le constant. Connaître le constant, c'est l'illumination" écrit Lao Tseu.
Fondé à partir de plusieurs textes dont le "Tao Tö King" ("Le Livre de la Voie et de la Vertu") de Lao Tseu, le Taoïsme fait partie de la tradition chinoise ancestrale.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Pratiqué par 20 millions de fidèles, il est tantôt une "philosophie", basée sur le principe de la raison suprême, tantôt une "religion", orientée sur le moyen d'obtenir l'immortalité.


Pour Marc Halévy, il est un véritable art de vivre et de penser. le Tao est l'essence de toute chose, l'origine de toute existence et la source avant même que n'intervienne l'acte créateur. Son mode d'expression est d'être. S'exprimant dans la nature, il en ressort que pour être en harmonie avec le Tao, il faut s'harmoniser avec la nature.
Que sont les concepts de "wu-wei", de "fu", de yin et de yang, ou encore de "chi" sur lesquels repose le taoïsme? Quelles sont les pratiques à travers lesquelles il s'exprime? Réponse de l'auteur dans cette conférence vidéo de 56 minutes.
Extrait de la vidéo
Bonjour, donc nous nous retrouvons aujourd'hui pour parler du taoïsme, et tout de suite peut-être pour préciser que ce mot taoïsme est un mot un peu curieux. Taoïsme n'a pas de traduction en chinois plus exactement. On en a une multitude, un peu comme ce qui s'est passé avec les anglais en Inde, où on a parlé d'hindouisme, qui est une espèce de poubelle, un mot poubelle dans lequel on a mis toutes les tendances spirituelles et je sais si il y en a, indiennes.
Le taoïsme c'est un peu la même chose. Donc pour être plus précis aujourd'hui, je vais parler de la philosophie du tao, qui en chinois s'appelle le Tao Xia. Et le Tao Xia c'est donc la philosophie qui a été enclenchée par un maître bien connu qui s'appelle Lao Tzu et ses différents disciples, dont les plus fameux sont Chuang Tzu et Li Tzu. Alors cette philosophie du Tao Xia, elle apparaît grosso modo au 6e siècle avant l'ère chrétienne.
Et c'est donc une apparition qui est concomitante à ces autres apparitions très curieuses qui sont faites en même temps, le même siècle, à savoir les présocratiques en Grèce avec Héraclite, Parménide et les autres, les grands prophètes hébreux en Israël. C'est le siècle de l'apparition du Bouddha, c'est l'apparition des textes du Vedanta et les derniers Upanishads en Inde. C'est donc un moment tout à fait privilégié axial, disait Jaspers, un moment tout à fait privilégié d'histoire de l'humanité.
Donc effectivement, en Chine apparaît un monsieur qui s'appelle Lao Tzu et qui donc écrit un livre, un seul, le livre classique de la voie Tao et de la vertu, vertu dans le sens de sa puissance, comme on parle des vertus médicinales. Ce n'est pas des vertus morales. Donc ce livre est le support de beaucoup, beaucoup de légendes parce qu'en fait, on ne connaît à peu près rien de Lao Tzu. Mais la légende veut qu'il ait né après avoir été porté dans le ventre de sa mère pendant 81 ans, ce qui fait quand même un bail pour la pauvre dame.
81. Pourquoi ? Parce que le Tao Te Ching est un livre qui a 81 chapitres. Et donc on dit que Lao Tzu est né à l'âge de 81 ans avec de très, très longues oreilles, qui est un symbole de sagesse en Chine, et des longs cheveux et une grande barbe toute blanche.
Voilà. Ça, c'est pour la légende. On dit aussi que sa mère a été fécondée non pas par un homme, mais par un dragon blanc qui passait dans le ciel. Voilà.
Ça, c'est pour situer ce personnage. En fait, on n'en connaît rien. Et son livre, le Tao Te Ching, a clairement une origine au VIe siècle, mais a été ensuite retravaillé, complété, retravaillé, reclassé, etc., etc. Donc ça veut dire qu'on sait à peu près rien ni des auteurs du Tao Te Ching ni de l'ordre d'écriture de différents chapitres.
Peu importe. Est-ce que ce livre est tombé du ciel comme cela, dans un grand néant spirituel ? La réponse est non. Le Tao Xia, donc le travail de Lao Tzu, s'inscrit dans une vieille tradition qui date d'un millénaire avant et qui est répertoriée dans un livre célèbre qui s'appelle le Yi Qing, donc le classique des mutations, qui a été, lui, écrit à peu près au temps de Moïse.
Donc vous voyez, il y a comme un parallélisme curieux là entre l'évolution spirituelle chinoise et l'évolution spirituelle juive et occidentale. Donc ce Yi Qing est connu comme étant un livre d'oracles. C'est un livre curieux. Je ne vais pas en dire grand-chose ici sauf une chose qui est fondamentale.
C'est que c'est dans ce livre-là qu'apparaît le fondement de toute la pensée chinoise, à savoir cette dualité, cette bipolarité dont je reparlais tout à l'heure du yin et du yang. Ça, c'est fondamental. C'est le Yi Qing qui, pour la première fois, exprime ce symbole à double entrée que, bien sûr, Lao Tzu reprendra et qui est, dit-on, à la source de sa méditation et de sa philosophie. Donc voilà.
Le Yi Qing parle d'un certain nombre de trigrammes qui sont des successions de 3 états, yin ou yang, et toutes les combinaisons possibles. Et chacune de ces combinaisons donne lieu à des interprétations, etc., etc. Lao Tzu, vous disais-je, apparaît au VIe siècle. Donc on date en tout cas les premiers fragments du Tao Te Ching de ce VIe siècle avant l'ère vulgaire.
Un peu plus tard, cette philosophie de Lao Tzu qui est très métaphysique, qui est très précise, très abstraite, cette philosophie est reprise par un autre grand maître qui lui donne un air beaucoup plus pratique, beaucoup plus humain, beaucoup plus symbolique, beaucoup plus métaphorique. Ce second grand maître, c'est Chuang Tzu. Chuang Tzu qui donc, lui, je le répète, est probablement du IVe siècle. Et juste derrière lui, un autre maître, Li Tzu, apporte une touche beaucoup plus philosophique à l'ensemble.
Donc première touche, Lao Tzu, c'est métaphysique. Chuang Tzu, mystique. Li Tzu, philosophique. Mais fondamentalement, les trois forment un tout parfaitement cohérent qui donc s'appelle le Tao Xia.
Tao Xia, philosophie du Tao. Le temps passe. Le temps passe et quelques siècles plus tard, suite à des grandes bagarres entre taoïstes d'une part et confucianistes d'autre part dont je parlerai un peu tout à l'heure, pour se donner un air de respectabilité, le Tao Xia donne naissance à une religion structurée qui s'appelle le Tao Xiao qui continue encore aujourd'hui à être pratiquée avec un clergé extrêmement structuré, avec des rites extrêmement structurés.
Et ce Tao Xiao est en fait, et le mot est peut-être trop fort et peut-être un peu péjoratif, mais c'est un peu une dégénérescence de la philosophie du Tao. C'est une application de la pensée taoïste mais à des pratiques magico-alchimiques avec un but bien précis qui est d'atteindre l'immortalité. Alors que faut-il encore dire sur l'histoire du Tao Xia ? Eh bien c'est que vers le IIe siècle, il y a une rencontre intéressante.
Cette rencontre intéressante, c'est la rencontre entre des moines taoïstes dans la pure tradition de Lao Tzu et d'un moine bouddhiste qui vient des Indes. Ce moine bouddhiste, on le connaît, il s'appelle Bodhidharma. Et cette rencontre se fait, dit-on légendairement, dans un lieu bien connu, je pense, en Occident qui est le fameux temple de Shaolin qui est encore aujourd'hui considéré comme le lieu de naissance de tous les arts martiaux dont j'aurai l'occasion de reparler un tout petit peu tout à l'heure.
Donc Bodhidharma rencontre le taoïsme et quelque part là, un petit miracle alchimique se produit et naît une école taoïste qui s'appelle le Chan. Ce nom Chan est tout simplement une déformation en chinois d'un mot sanskrit qui est dhyana. Dhyana signifie tout simplement méditation. Donc autrement dit, Bodhidharma plus taoïsme donne Chan.
Et Chan c'est quoi ? C'est du taoïsme qui en plus fait de la méditation dans la veine bouddhiste. Ce Chan chinois peu à peu s'exporte, arrive en Corée et de Corée passe au Japon. Et là il prend un nom qu'on connaît vraiment très très bien.
C'est plus Chan en chinois, c'est Zen en japonais.