Chamanisme et magie animale

Le chamanisme jouit actuellement d’un regain d’intérêt en Occident. Un Occident qui s’aperçoit après deux siècles de progrès, de productivisme et de commerce effrénés que revenir à des fondamentaux tel que "respecter la nature", "faire Un avec elle", "identifier ses différents règnes" est plus que jamais essentiel. La COP21 qui se tient en novembre 2015 à Paris (certes il n’y sera question que du volet climatique) marquera probablement une prise de conscience importante pour notre société et les Hommes qui la composent. Espérons-le.

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L’Homme n’a pas l’exclusivité de la conscience.

Deux millénaires de judéo-christianisme ont provoqué une coupure radicale entre Homme et Nature. Le résultat : l’homme est devenu un être composite, fragile, incapable de sentir le monde invisible qui est autour de lui. Les animaux (et les véritables initiés d’où qu’ils proviennent) ont su préserver ce lien. Ce lien, c’est justement ce que les chamanes entretiennent dans leur ascèse quotidienne ainsi que lors de leurs cérémonies. Des cérémonies pensées comme tremplin : coopérer avec le règne animal pour percer le voile des apparences et tendre vers le transcendant. Une reliance dont les visées sont essentiellement thérapeutiques et non à "se retourner la tête à coups de psychotrope"… Une déviance matérialiste caractéristique de notre modernité dont chamanisme, Tantra et nombre de voies traditionnelles sont frappés, pensons-nous utile de rappeler ici.
A l’aide de nombreux exemples issus de la tradition soufie ou indienne, ou encore des travaux du préhistorien Jean Clottes ou de Mircea Eliade, Erik Sablé nous donne ici à comprendre les raisons de ce regain d’intérêt:

L’homme moderne (re)trouve dans le chamanisme ce qui fait cruellement défaut à sa propre culture occidentale.

Souhaitez-vous mieux connaitre cette vision animiste du monde ? Une vision que rallient de nombreux scientifiques actuels ?
Réponses d’Erik Sablé (prenez connaissance de son livre paru chez Dervy ici) dans cet entretien mené par Jocelin Morisson.

Extrait de la vidéo

Bonsoir à tous, merci de nous retrouver pour cette nouvelle émission, ce soir pour parler de chamanisme et de magie animale, on est en compagnie d'Eric Sablé, bonsoir Eric. Bonsoir. Merci d'avoir accepté l'invitation à participer à cette émission, on remercie tout de suite les équipes techniques de Bagliss TV, les internautes peuvent poser leurs questions dans la deuxième partie de l'émission en intervenant par le chat, je leur dirai, donc merci à tous de votre participation en avance.

Eric Sablé, vous êtes là parce qu'on va parler d'un livre qui s'appelle Chamanisme et magie animale, avec une deuxième partie qui est l'oiseau dans le voyage spirituel de l'âme. Donc pour vous présenter, on peut dire que vous êtes philosophe, vous êtes traducteur également, qu'est-ce que vous diriez de plus sur vous-même ? Je suis surtout maintenant écrivain et puis conférencier et voilà je dirige une petite collection chez Dervis aussi, la collection Chaman de Sagesse, je pense qu'on peut résumer les choses comme ça.

Alors, donc ce livre est paru chez Dervis également, donc lettres et l'esprit, qu'est-ce qui vous a amené vous à vous intéresser au chamanisme ? A la base, mon chemin spirituel, ce sont des expériences intérieures qui m'ont amené à m'intéresser au chamanisme en fait, c'est-à-dire qu'il y a eu tout un aspect du règne animal que j'ignorais complètement, qui m'est apparu dans des périodes de crise, dans des périodes de souffrance.

On peut dire les choses simplement, j'ai été aidé par des animaux, par le règne animal. Le règne animal m'a aidé non pas des animaux physiques, mais en quelque sorte une espèce de relation avec un aspect subtil du règne animal. Et du coup, ça a commencé à m'intéresser ce rapport particulier avec le règne animal et j'ai cherché dans les différentes traditions, qu'elle était celle qui avait vécu, où il y avait des êtres qui avaient vécu des expériences comme la mienne, et c'est comme ça que j'ai découvert le chamanisme.

Ça remonte à l'enfance, cette relation privilégiée particulière avec le nom d'animal, ça remonte donc à l'enfance, et c'était lié aussi au contexte familial ou pas du tout ? Ah non, pas du tout, c'est pas du tout l'enfance, c'est quelque chose qui date il y a une quinzaine d'années. D'accord. Oui, pardon, c'est beaucoup plus récent.

Beaucoup plus récent, oui, oui, oui, tout à fait. Alors dans le livre, vous parlez du chamanisme, mais vous parlez aussi en fait de la relation à l'animal dans plusieurs spiritualités, plusieurs formes de spiritualité, il n'est pas uniquement question du chamanisme, mais c'est vrai que le rôle, la présence de l'animal est peut-être plus marquée dans les pratiques qui relèvent du chamanisme, et vous parlez également de la préhistoire, de l'homme de la préhistoire, dans nos contrées à nous, en France notamment, qu'est-ce qui distingue en fait la relation à l'animal dans ces trois modes d'existence, donc le chamanisme, les hommes préhistoriques, et donc les différentes spiritualités, comme la spiritualité indienne notamment, à laquelle vous faites référence régulièrement ?

Justement, c'est qu'il y a une vision commune, c'est surtout ça qui m'a beaucoup intéressé, c'est-à-dire que ce soit dans la préhistoire, dans le chamanisme, ou dans certains saints de la spiritualité indienne, on retrouve cette vision commune du règne animal, et qui s'oppose complètement à la nôtre, c'est-à-dire qu'il y a une sorte d'opposition à notre vision du monde animal, où l'on considère, maintenant on a un petit peu dépassé la vision cartésienne, qui considérait l'animal comme une mécanique, on donne quand même une petite part de conscience à l'animal, mais que ce soit dans le chamanisme, dans la préhistoire, ou chez ces grands mecs spirituels comme Ramana Maharshi, ou Mahananda Mohi, le rapport à l'animal est complètement différent, c'est-à-dire qu'ils considèrent l'animal comme étant l'équivalent en quelque sorte de l'être humain, c'est-à-dire qu'on peut dialoguer avec le règne animal, on n'est pas dans un monologue, c'est-à-dire que l'homme n'a pas l'exclusivité de la conscience, mais il y a possibilité d'un dialogue justement avec le règne animal, et je pense que c'est ça qui distingue ces deux visions du monde qui sont complètement opposées, la vision du monde occidental de la modernité, et celle justement du chamanisme ou de l'homme préhistorique, ou du grand saint indien.

D'accord, il y a possibilité de communiquer avec l'animal à titre individuel ou collectif, avec des armes collectives, ou même avec le règne animal dans son ensemble, il y a différents niveaux d'échange finalement. Oui, c'est-à-dire que les anciens considéraient que chaque espèce était en quelque sorte unique et qu'il y avait la possibilité de rentrer en contact par exemple avec ce qu'ils appelaient le dieu des crocodiles ou le dieu des corbeaux, c'est-à-dire que chaque espèce animale était comme une entité à part, séparée, ce qui est évidemment complètement contraire à la théorie transformiste de l'évolution, puisque là, on considérait qu'une espèce animale était comme l'expression d'un archétype.

Donc là encore, on retrouve cette opposition, cette vision du monde complètement différente. Alors nous, on a toujours tendance à croire que notre vision du monde est objective, qu'elle est la juste, qu'elle est juste, qu'elle est bonne, mais lorsque l'on plonge un peu dans ces visions différentes du monde, ces visions justement qui amènent ce rapport différent avec la nature, ce rapport différent avec le règne animal, on s'aperçoit que notre vision du monde n'est pas plus objective que celle d'Igibaros par exemple, qui eux ont un autre rapport à la nature, un autre rapport à l'arbre, aux animaux de la forêt ou à la maladie.

C'est un rapport complètement différent. Donc là, je pense qu'il y a comme des perspectives ou des visions du monde différentes. Et la nôtre n'est pas meilleure que celle de ces peuples premiers, en quelque sorte, ou ces peuples anciens. Nous considérons, nous, que nous avons raison.

Mais précisément, je pense que c'est simplement une illusion, parce que nous sommes plongés, nous sommes conditionnés d'une certaine façon. Mais que pensez-vous de ceux qui disent que finalement la spiritualité, c'est une forme supérieure de relation à Dieu et à la nature aussi, par un travail de la conscience, de l'esprit, alors que le chamanisme, ce sont des pratiques finalement du passé, qui sont ancrées dans la matière, dans la matérialité aussi.

Est-ce que le chamanisme est toujours d'actualité finalement, et pour quelles raisons précisément ? Je pense qu'effectivement, il y a une différence entre, par exemple, je ne sais pas moi, des textes comme le Yoga Sutra de Patanjali, enfin la voie du yoga, et puis la voie chamanique. Effectivement, il y a une différence très nette. C'est absolument certain, qui a été un peu matérialisé par Mircea Eliade, qui part d'un côté d'extase, l'extase du chaman, et puis l'anstase du yogi.

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