Le Yin et le Yang
Issus du livre du Yi King (le livre des changements), le Yin et le Yang sont les deux piliers autour desquels s'organise la pensée chinoise depuis 3000 ans, nous dit Cyrille J.-D. Javary. Désignant le deux versants de la même montagne, ils expriment le changement permanent sur lequel l'homme doit ajuster son agir.
L'idéogramme chinois du Yin décrit le moment où l'on passe du soleil vers la pluie, celui du Yang, le moment où l'on se dégage de la pluie pour aller vers le soleil.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Considérés comme des "vecteurs" plutôt que des états, le Yin et le Yang, qui marquent toute chose depuis la création, réunissent. Etrangers à la pensée occidentale qui sépare et oppose, à l'origine des dilemmes qui fondent nos tragédies personnelles, ils peuvent ainsi nous reconduire vers une pensée unitive et harmonisante, à une vision plus pacifiée de la vie.
Extrait de la vidéo
Bonjour, nous allons nous intéresser aujourd'hui à un couple célèbre Yin et Yang. Yin et Yang sont presque devenus des mots français, mais malheureusement, ils sont restés bien chinois. Leur usage dans la langue française est souvent caricatural. Par exemple, le 26 mai 2008, dans un éditorial de Libération, Laurent Geoffrin, qui parlait du tournant pris par le Parti Socialiste, titrait « Le Yin ou le Yang ? » et dans son article, il brocardait « Le Yin moderniste opposé au Yang archaïque ». Ce n'est pas tout à fait de cela dont il s'agit en chinois.
Yin et Yang sont les deux piliers sur lesquels s'organise la pensée chinoise, et cela depuis 3000 ans, et ce sont des manières de voir. C'est comme tout ce qui correspond à la Chine, à tout ce qui vient de Chine. Pour bien comprendre de quoi il s'agit, il faut savoir comment ça s'écrit.
Yin et Yang sont issus du Yiqin. Le Yiqin, c'est le livre de base de la pensée chinoise et son nom veut dire en chinois « classique des changements ». Il est basé sur l'idée que le changement est la seule base stable sur laquelle on peut bâtir une stratégie efficace. Mais de quel changement s'agit-il ?
Pour commencer, nous allons voir comment on écrit le mot « changement » en chinois.
L'idéogramme qui correspond à l'idée de changement, c'est celui-là en chinois.
Il se prononce « yi ». Mais ça, c'est la forme actuelle qu'il a depuis 2000 ans avec l'écriture au pinceau. Jadis, les Chinois écrivaient avec des tubes de bambou plein d'encre et les idéogrammes avaient une forme plus visuelle. La forme ancienne de ce même idéogramme est la suivante.
Ce rond, c'est le soleil et ce dessin de quelque chose qui tombe, c'est la pluie. Donc, changement, c'est soleil et pluie. Autrement dit, le premier sens de l'idéogramme « yi », c'est les changements de temps. Son deuxième sens, c'est simple, facile, car il n'y a rien de plus facile que de passer du soleil à la pluie et de la pluie au soleil, il suffit de laisser du temps au temps. Et son troisième sens, c'est loi fixe. Et là, on commence à rentrer dans le vrai mode de pensée chinoise, dans la dialectique chinoise. Mais au début, on est un peu surpris. Comment se fait-il que le même idéogramme veuille dire à la fois « changement » et « loi fixe » ? Et bien, comme on l'a déjà suggéré, parce que la seule chose qui ne changera jamais, c'est que tout change toujours tout le temps. Comment si tout change toujours tout le temps ? Il faut pouvoir se repérer dans ce continuel changement de manière à pouvoir y ajuster son agir de la manière la plus efficace qui soit. Et c'est pour cela que yin et yang ont été inventés.
Reprenons le caractère yin-changement et étirons-le. Puisque le soleil a tendance à monter, mettons-le en haut. Et puisque la pluie a tendance à descendre, mettons-la en bas.
Et entre les deux, nous allons insérer yin-yang.
Même quand on n'est pas familier de la lecture des caractères chinois, en regardant les mots yin et yang, on voit tout de suite qu'ils ont une même partie commune. Cette espèce de B à longue que, qui est sur la gauche de chacun des deux idéogrammes. Ce signe représentait à l'origine les tertres rituels en argile damée où avaient lieu les cérémonies officielles dans la Chine de la haute antiquité. Et ces tertres rituels, ces collines, ont pris ce nom car la plus ancienne signification de yin et yang existe toujours avec des vieux mots français que les montagnards connaissent bien, adrès et ubac. Adrès, le côté de la montagne qui est exposée au sud, là où le soleil arde, vieux verbe qui veut dire chauffer, qui nous a laissé ardents. Et ubac, le côté de la montagne exposée au nord, là où les nuages s'accumulent et où donc ils rendent le soleil opaque. Opaque et ubac, c'était dans l'ancien français le même mot. De cela, on tire une première conclusion fondamentale. Yin et yang sont l'adrès et l'ubac de chaque situation, c'est-à-dire les deux versants de la même montagne. C'est essentiel parce que nous avons en Occident l'habitude de penser par séparation, par opposition, alors que ce qui intéresse les chinois, c'est au contraire ce qui va permettre de relier ce que nous opposons. Et c'est pourquoi, nous le verrons, la plus répandue des traductions de yin et yang est hélas la plus inexacte. C'est hommes et femmes qui sont des catégories fixes, alors que yin et yang sont les emblèmes du changement. Donc s'ils ont cette même partie commune à gauche, qu'est-ce qui les différencie ?