Les six clés de l'intelligence du vivant
Devant le constat de la crise économique, démographique, écologique et symbolique actuelle, l'homme doit redéfinir la bonne place de chacun des systèmes dans lesquels il évolue tout autant que le sens de son rapport au monde. Pour Luc Bigé, la nature en perpétuel conflit créateur d'équilibre, d'harmonie et de beauté, est un véritable modèle dans lequel puiser des solutions. L'intelligence du vivant, organisateur des différents règnes de vie, peut ainsi nous guider pour aborder la crise.
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Quelles sont les solutions pour demain ? Quels sont les chemins qui s'ouvrent à l'homme face à cette incontournable mutation? Réponse de l'auteur dans cette conférence vidéo (organisée par l'Entrepot et l'Université du Symbole) de 28 minutes.
Extrait de la vidéo
Si on regarde l'évolution des espèces à présent, la vie a cette chose extraordinaire, c'est qu'elle est passée par cinq grandes crises, cinq grandes apocalypses, entre guillemets, cinq grandes extinctions, on dit aujourd'hui, et qu'elle a survécu, elle a continué à s'exprimer sur la Terre. La première, qui est liée au Permien, il y a 290 millions d'années à peu près, a fait qu'il y a eu jusqu'à 95% des espèces vivantes qui ont disparu.
Je ne parle pas des individus, évidemment, je parle des espèces. 95% des espèces. Et pourtant, la vie est repartie avec une floraison d'espèces nouvelles. Le mot vie, en grec, c'est bios, biologie, biochimie, etc.
Mais bios désigne aussi l'arc. Je voudrais juste vous donner une situation d'Héraclite. Le nom de l'arc est arché, son œuvre est mort. Arché, voulons dire vie, archétype, arché.
Donc la vie est à la fois agent de mort, l'arc, la flèche qui va donner la mort, et bien sûr, agent de vie. Donc que nous dit l'étymologie grecque ? Elle nous dit, au fond, que nous dit Héraclite, en tout cas. Il nous dit en permanence cette chose suivante dans ses fragments.
Il nous dit, au fond, l'existence est due à la tension permanente entre des contraires. La vie est la tension permanente entre le vivant et la mort. Il nous disait, le monde est une harmonie de tension, tour à tour tendue et détendue, comme celle de la lyre et de l'arc. La nature a inventé cette chose extraordinaire, qui est le fait que l'harmonie naisse du conflit.
La nature, un chaman un jour, qui avait passé trois mois seul dans la forêt amazonienne, me disait, je lui ai demandé ce que tu as découvert d'important au cours de ces trois mois, et il m'a dit, ce qui m'a le plus frappé, c'est l'extraordinaire harmonie du vivant, où tout interagit en permanence et, en même temps, il aurait pu rajouter, créer de la beauté. Donc la nature a inventé cette chose étonnante que, par le conflit, elle crée l'art, alors que l'être humain, évidemment, dans son inversion, a inventé quelque chose qui s'appelle l'art de la guerre.
Vous voyez, là encore, on pourrait réfléchir sur le sens du conflit. Dans la nature, le conflit, c'est-à-dire la question de la vie et de la mort, c'est quelque chose qui permet en permanence le maintien et la transformation des systèmes vivants. Il y a du reste un biologiste qui a écrit un ouvrage qui s'appelle La sculpture du vivant, je ne sais pas si vous l'avez lu, qui explique ça exactement de la même manière.
Il nous dit, au fond, chaque cellule, à chaque instant, ou dans les heures qui viennent, peut mourir, c'est son environnement qui la maintient en vie. C'est le signaux qu'elle reçoit de son environnement qui la maintient en vie. Je vous invite aussi à voir ça dans nos vies, c'est-à-dire, à chaque instant, nous sommes dans le lieu du paradoxe, dans la conscience de la vie et de la conscience de la mort.
C'est en réalité ça qui sculpte notre réalité et notre existence. Donc ça, c'est un des premiers enseignements, entre guillemets, si on regarde qu'est-ce que le vivant. Le vivant c'est à la fois, c'est bios, c'est à la fois la vie et c'est à la fois l'arme de mort. La vie est une espèce d'harmonie qui est le fruit d'un équilibre, plutôt qui est le fruit d'un conflit permanent entre une force de vie et une force de mort.
Et les cellules vivent ça à chaque instant. Donc si on regarde l'évolution des espèces, on peut décoder 6 clés qui lui auront permis le passage, la survie, le développement pendant 4 milliards et demi d'années. Donc les 6 clés, on va les développer ensemble. La première, c'est l'intelligence du vivant.
Juste quelques exemples, comme ça. Il existe un papillon qui s'appelle le calima, qui pour échapper à ses prédateurs, prend exactement la forme d'une feuille. Mais il ne se contente pas de prendre la forme d'une feuille. Il prend, sur cette feuille dans laquelle il est déguisé, il dessine une pseudo-moisissure, une pseudo-piqure d'insectes et des pseudo-fiants d'oiseaux.
Comme ça, il est sûr de ne pas être repéré et personne ne vient le manger. Il existe également des orchidées qui font que leurs fleurs ressemblent tellement à des abeilles femelles que les abeilles mâles s'y précipitent, ce qui facilite bien évidemment la pollinisation. Il existe au large de la Corse une grande moule qu'on appelle la pina, pays de Zena, et la pieuvre la convoite. Alors, que fait la pieuvre ?
Elle attend patiemment que la moule baille. Lorsque la moule baille, elle prend un petit caillou et la met dans la valve pour empêcher qu'elle se referme. Et puis après, évidemment, elle va manger la moule. Non-contente d'avoir mangé la moule, elle rentre dans la coquille de la moule, elle enlève le petit caillou, elle se cache et elle attend tranquillement ses autres proies.
Donc en fait, qu'est-ce qu'elle fait cette pieuvre ? Elle ruse pour manger la moule, elle a bon gîte, bon couvert et une cachette pour la chasse future. Un dernier exemple, il existe des cellules qu'on appelle les foraminifères, qui fait partie du groupe des protozoaires. Parmi ces foraminifères, il y a un type qui sécrète, à partir de sa propre biologie, une espèce de cote de maille qui va la protéger.
Une autre qui va chercher du mica au fond de la mer pour construire cette même cote de maille. Une troisième qui fait des chausse-trapes, des pièges avec du mica. Et une quatrième... Non, je crois que c'est tout, il n'y en a que trois.
Qu'est-ce qui fait ça ? C'est une cellule unique qui sait faire ça. C'est une cellule unique. Donc vous voyez qu'on peut poser l'hypothèse qu'il y a une forme d'intelligence dans la nature.
Je ne dis pas que les êtres vivants sont intelligents, mais qu'il y a une forme d'intelligence dans la nature qui organise les différents règnes de la nature. Et en fait, qu'a fait l'homme ? Quelle est la particularité de l'homme ? C'est de s'être approprié l'intelligence du vivant et de l'avoir personnalisé en quelque sorte.