L'esprit de la Rose-Croix 2/2
Dans cette deuxième partie, Jean-Marc Vivenza nous dévoile le sens profond de la pensée philosophique qui anime les mouvements initiatiques depuis des siècles. Il clôt son exposé en revenant sur le symbolisme de la rose et de la croix, sur les écrits de René Guénon, puis sur les rapports qu'entretinrent la Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Extrait de la vidéo
Deuxième aspect, deuxième partie, deuxième regard, concernant l'histoire et la doctrine des Rose-Croix, l'influence contemporaine, en donnant d'ailleurs à ce terme de contemporain une exception relativement large et également relativement antérieure, puisque, en prenant son ancrage, sa source, sur les premiers éléments du rosicrucianisme tels que développés au dix-huitième siècle, siècle d'émergence de la franc-maçonnerie, dans laquelle les Rose-Croix, ou ceux qui se déclarent comme tels, puisqu'il n'y a pas de société à proprement parler, Rose-Croix, vont donc trouver un terrain d'accueil plus que favorable, contribuant à la création de nombreux grades, dont celui, ô combien célèbre d'ailleurs, de souverains princes Rose-Croix.
Et terrain donc qui va contribuer à la célébrité de personnalités emblématiques. Parmi personnalités emblématiques, rattachées, ou se rattachant au rosicrucianisme au dix-huitième siècle, il en est deux dont il nous faut parler, le Comte de Saint-Germain et Joseph Balsamo, dit Cagliostro. Cagliostro, sur lequel nous nous arrêterons un peu, puisque le Comte de Saint-Germain, titre personnel, me semble présenter un peu moins d'intérêt sur le plan traditionnel.
Joseph Balsamo, donc Cagliostro, était natif de Palerme, c'est donc un Sicilien, va avoir une existence relativement mouvementée pendant le temps d'une vie relativement brève. Il est né en 1743 et il quitte ce monde en 1795, courte vie donc, qui s'achève assez brutalement, il est vrai, à Rome, alors qu'il était emprisonné dans les geôles de la police pontificale. Il aura voyagé pendant le temps de sa vie dans de nombreux pays d'Europe, il s'est rendu en Angleterre, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Russie, en France, il fait parler de lui également à Bordeaux, à Lyon, où il installe, dans la capitale des Gaules, en décembre 1784, sa loge mère, la sagesse triomphante, et puis surtout au Paris, comme vous le savez, se retrouvant impliqué dans la délicate affaire du collier de la Reine, ce qui le conduira rapidement pendant dix mois, dix mois entiers, à goûter au charme du régime carcéral de la Bastille.
Il est expulsé du territoire à sa sortie de prison, il se remet de nouveau en chemin, il se rend à Bruxelles, il passe par Bâle, par Vienne, par la Savoie, il fait d'ailleurs une cure thermale à Aix-les-Bains, Cagliostro, c'est vrai que le climat est agréable dans ces régions, et il rentrera enfin en Italie, où, après quelques étapes à Roverdo, Trente et Rome, il est arrêté et transféré au château Saint Ange, le Castel Sant'Angeli, le suprême tribunal de la Sainte Inquisition, après une instruction de dix-huit mois, prenez quand même le temps, à l'époque on vivait avec une certaine largesse dans ces domaines, temps pendant lequel on verra même son épouse Lorenza Feliciani témoigner contre lui, en raison des éléments contenus dans son dossier, et donc la Sainte Inquisition prononce une sendance de condamnation à mort sous les motifs d'hérésie, d'activité maçonnique anti-chrétienne, de complot contre la royauté, de scandale au regard des moeurs, sentence qui est tout de même commuée en détention à perpétuité, pourquoi ?
De par l'acceptation par l'accusé d'une cérémonie d'abjuration publique de ses péchés au cours de laquelle seront solennellement brûlés, on imagine un peu la Seine à Rome, vous imaginez la populace, l'excitation, les moines de la Sainte Inquisition sont brûlés, donc ces décors maçonniques livrés au feu, ces livres et ces titres ésotériques. Il meurt le 28 août 1795, certes derrière les épaisses murailles de la forteresse San Leo, officiellement frappé par une crise d'apoplexie.
Bon, d'après ce que l'on peut savoir c'est que le régime s'était quand même de manière significative adouci à l'intérieur de sa prison et que Cagliostro entretenait ses geôliers sur divers sujets dont on peut imaginer la teneur, quoi qu'il en soit c'est quand même une fin relativement brutale. Pourquoi cette attitude assez sévère des autorités de la sainte église romaine sur ce sujet ? La singulière pensée de Balsamo, de Giuseppe Balsamo, celui que ses disciples désignaient comme le grand cofte du point de vue doctrinal porte sur l'unicité foncière de Dieu, sur son unité regardée comme fondant la religion naturelle, selon ses termes, à laquelle tous les hommes sont appelés.
Religion noachite qui pour lui était en réalité le véritable christianisme, le christianisme originel, dit-il, dont Jésus-Christ, la seconde personne de la trinité, est néanmoins relativement absent au profit du seul dieu commun aux juifs et aux musulmans. Cagliostro se revendique en effet d'un dieu que l'on pourrait qualifier, pour faire court, de judéo-islamique associant une magie et une théurgie, le tout sous-tendu par une doctrine, qui s'inscriront dans les pratiques rituelles de son système afin que l'homme puisse enfin recouvrer son intégrité physique, sa perfection morale, son immortalité, lui conférant de nouveau son statut d'élu, accomplissement ritualisé de la philosophie naturelle, ce sont les termes de Cagliostro, et surnaturelle, qui s'acquièrent par le culte et la pratique de la religion parfaite que l'éternel a accordé.
On pourrait dire d'ailleurs, si l'on voulait préciser la question, que le rite et la maçonnerie de Cagliostro présentent un caractère égyptien de par leur essence philosophique relativement distante du christianisme. Jean-Baptiste Villermose a d'ailleurs perçu à l'époque rapidement, assez vite, le problème,