L’église gnostique chaote
Eglise gnostique chaote : "Trois mots, trois fautes !" affirmerait sans conteste un représentant de l’église catholique romaine. C’est malheureusement pour lui beaucoup plus complexe que cela. Explications : dès ses origines, le christianisme fut paré d’une couleur mystérieuse avec des éclats subtils, quasi-ésotériques, telles que le Logos, la Sainte Trinité, les deux natures du Christ, le Saint-Esprit, les guérisons, le mystère de l’Ecclésia "lorsque vous serez deux à prier en mon nom, je serai parmi vous…" (Matthieu 18.19).
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Ces considérations ne sont nullement des syncrétismes ou des anachronismes New-Age. Il suffit en effet de se référer à des textes, des lieux ou des penseurs parmi lesquels on peut citer l’Evangile de Jean, Origène, la Bibliothèque d’Alexandrie, Valentin, Denys l’Aréopagite, Evagre le Pontique, Jamblique etc.


L’Eglise gnostique se situe dans le prolongement de cette recherche d’une connaissance universelle et vit le jour au XIXème siècle avec comme figures tutélaires les grandes figures de l’occultisme de l’époque. Citons les noms de Joseph René Vilatte, Jules Doinel, Jean Bricaud, Constant Chevillon, Robert Amblain et Armand Toussaint. Ces prêtres occultistes, "évêques gnostiques", se déclarent apostoliques, c’est-à-dire que depuis l’Eglise d’Antioche fondée en l’an 38 par Pierre, et grâce à une suite ininterrompue d’évêques qui se sont succédés et ainsi transmis leur "pouvoir consécratoire", leur filiation demeure valide. Il faut néanmoins préciser que l’histoire du Christianisme constitue aussi une suite ininterrompue de schismes, d’excommunions en tout genre…. Si bien que la filiation des groupes ou des individus passent par des églises autocéphales et jacobites.
Est-ce selon vous une entrave à l’exercice de la prière ? A la manifestation du Saint Esprit ?
Pour Jean Solis (auteur, éditeur dans la vie civile et membre de l’EGC, Eglise Gnostique Chaote) : "Rome nous considère comme valide mais illicite !».
Souhaitez-vous donc découvrir les spécificités "chaote" c’est-à-dire anarchiste*, de cette église gnostique, et en particulier sa singulière coloration "dionysiaque", ici explicitement revendiquée ?
Réponses de Jean Solis dans cet exposé enregistré à Cordes sur Ciel (Tarn) qui nous rappelle si besoin était que "Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures" (Evangile de Jean, 14.2).
* voir la vidéo sur Hakim Bey à ce sujet. Hakim Bey est un mystique soufi contemporain anarchiste.
Extrait de la vidéo
Alors l'église agnostique chaotique, c'est une des petites églises, entre guillemets, qui fait partie de la communion des églises catholiques universelles dans la gnose chaotique. Elle est relativement récente dans sa constitution, parce qu'on ne peut pas parler de constitution étant donné sa vocation et son structure typiquement anarchique. Elle fait partie de ce renouveau après 30 ou 40 ans de relative inactivité ou alors de secrets importants dans les églises agnostiques.
Elle correspond aussi à une vision très basique du christianisme, aussi bien du point de vue politique que du point de vue social. Cette vision basique, c'est quoi ? C'est qu'au départ, les premiers chrétiens, c'étaient des clandestins, des catacombes, des gens dans les clairières qui se réunissaient en secret. Il faut aussi rappeler que, nonobstant la présence de quelques intellectuels très brillants dans les tout premiers siècles du christianisme, les premiers chrétiens, c'était avant tout des gens du peuple, des gens pauvres, des gens persécutés, qui souvent se réunissaient pour leur communion, se réunissaient chez des patriciens, chez des grands bourgeois, en secret.
La chaote, c'est la commémoration dans les actes et dans la communion de cet état de fait passé. Elle n'est pas si différente que ça des autres églises gnostiques en le sens où les rituels qui sont pratiqués sont des rituels qui comprennent l'ensemble des canons de célébration et de consécration partagés par toutes les églises apostoliques du monde. D'ailleurs, elle bénéficie, comme la plupart des autres églises gnostiques, d'une très importante transmission apostolique totalement valide et régulière.
Elle est chaote aussi parce qu'elle a un aspect, un côté magique, alors pas au sens diabolique du terme, mais au sens où on s'aperçoit que dans le processus de la messe, dans le processus eucharistique, il y a quelque chose qui procède du changement de paradigme, quelque chose qui procède de la magie, de la projection des intentions, de la projection des désirs. Et ça se retrouve dans n'importe quel rituel eucharistique, quel qu'il soit, y compris celui du canon romain.
Alors on met l'accent là-dessus. On met l'accent aussi, pour en revenir à ce qu'étaient les premiers chrétiens, sur le fait que, fondamentalement pour nous, le message chrétien est un message d'émancipation et de libération. Le chrétien, fondamentalement, n'est pas quelqu'un qui admet l'ordre institué ou constitué avec son corollaire qui va, à l'époque, on va dire romaine, des premiers siècles, à l'esclavage.
Et actuellement, nous sommes dans la société du spectacle et l'esclavage, il est idéologique au sens mercantiliste. Il est idéologique au sens où, et là on rentrerait dans des considérations politiques, où sous les dehors de la démocratie, on nous impose des idéologies libéralistes et mercantilistes de façon très très infuse mais parfaitement réelle, et bien la chaotique rappelle le devoir d'émancipation de l'individu dans sa quête spirituelle.
Le devoir absolu de liberté. C'est aussi pour ça que la chaotique s'inspire en grande partie du philosophe Akimbe. Akimbe qui rappelle ce qu'est l'anarchisme ontologique, ce qui consiste à ce que chacun soit responsable de tout le monde. Ce n'est pas le refus du pouvoir, c'est le refus que le pouvoir soit relégué à une caste et que personne en dehors de cette caste ne soit responsable.
Le véritable anarchisme c'est que chacun est responsable de tous. Et c'est la raison pour laquelle d'ailleurs la chaotique n'a pas de patriarche, la chaotique n'a surtout pas de pape ou de choses comme ça. Encore une fois, comme la plupart des églises agnostiques actuelles, l'église agnostique chaotique est dans la filiation apostolique qu'on appelle Syro-Jacobite d'Antioche. Alors ça a l'air un petit peu barbare comme ça, mais l'apôtre Pierre, avant de créer ou soi-disant créer, parce que ça c'est des choses historiquement discutées, l'église de Rome, a commencé par créer la communauté d'Antioche, Symmémio Arabon en l'an 38.
Et il a fait les premiers évêques à Antioche. Et en fait, d'évêque en évêque, c'est ce qu'on appelle la succession apostolique, c'est le fait de transmettre les pouvoirs consécratoires d'évêque à évêque, donnant la seule validité d'une église. Ce sont transmis depuis l'an 38 jusqu'à la plupart des églises agnostiques aujourd'hui. Sachant qu'il y a eu deux nœuds, on va dire, par rapport à notre église et nos églises sœurs avec lesquelles nous sommes en communion.
Il y a eu un nœud à la fin du XIXe siècle qui correspond au renouveau du mouvement agnostique au sein de différentes filiations des églises apostoliques. Où là, certains personnages comme Jules Douanel, René Villatte, Mgr Alvarez, etc. ont permis de réveiller l'esprit agnostique dans l'indépendance par rapport aux grandes églises constituées. Le deuxième nœud, c'est dans les années 60, avec en particulier la création de l'église rosicrucienne apostolique.
Celui qui a réveillé était Armand Toussaint. Armand Toussaint, évêque et patriarche, à partir duquel ont été créés de nouveau un certain nombre d'évêques qui, soit au sein de l'EHRA, soit de façon errante au sein d'autres églises, ont permis l'émergence d'autres branches. Ce qu'il faut savoir, c'est que tout ça ne génère pas de querelles de clochers. C'est simplement qu'au sein de la communion agnostique en général, il y a quelques différences d'accentuation de certains points de la philosophie agnostique.
C'est-à-dire qu'une église va être constituée pour travailler la gnose d'un certain point de vue, plus que d'un certain autre. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on peut cohabiter entre la Nestorienne, la rosicrucienne apostolique, la Johannite templière, la cahote et d'autres, parce que nous faisons la même chose, mais nous le faisons en accentuant différemment, mettant une accentuation, une ponctuation différente dans la liturgie et dans la philosophie qui est en amont de la liturgie.
Et c'est vrai que la cahote, c'est plus un aspect anarchiste, c'est plus un aspect libertaire, et c'est quelque chose qui met beaucoup l'accent sur la recherche, sur la recherche ésotérique et philosophique. Alors la gnose, c'est fondamentalement plus un état d'esprit qu'un mouvement constitué. Encore une fois, la gnose, elle était antérieure au christianisme. On peut même se demander dans quelle mesure la gnose en tant qu'esprit et l'ésotérisme en tant que langage ne forment pas finalement une seule et même chose.
C'est une façon de considérer les choses et aussi une façon d'aborder le même sujet ou certains sujets sous des aspects différents. La gnose, elle a existé, je dirais, à l'intérieur des cultes égyptiens ou pythagoriciens. Elle a existé à l'intérieur des différents cultes de Mitra, d'Isis, etc. Pourquoi ?
Parce que de tout temps, il y a toujours eu l'aspect extérieur des religions et l'aspect intérieur qui, plus on va vers l'intérieur et vers le langage intime de la spiritualité, moins il y a d'exotérisme et plus il y a de compréhension individuelle et de développement individuel, j'allais dire d'émulation intérieure quelque part. Cette gnose a emprunté comme véhicule le christianisme dans les tout premiers siècles du christianisme avec quelques noms célèbres qui nous sont restés comme Valentin, comme le pseudo de Nile, Aréopagite,