Sur le traité de la réintégration des êtres
Voici un débat brûlant sur le sujet de la doctrine de la Réintégration des êtres qui ne manquera pas de passionner tous nos téléspectateurs intéressés par le Martinisme (Ecole de pensée fondée sur la philosophie de Louis-Claude de Saint-Martin) ou le Martinézisme (celle de Martinès de Pasqually).
Jean-Pierre Bonnerot, en tant que théologien, défend le point de vue des églises conciliaires en s’appuyant sur les textes canoniques des évangiles et en prétendant que l’incarnation du Christ a déjà permis à l’humanité (ou du moins à tous les chrétiens) d’être réintégrée potentiellement.
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Face à ces arguments théologiques, Jean-Marc Vivenza, ainsi que Jean Solis, défendent le point de vue plus gnostique de Martinès de Pasqually en abordant notamment le problème de la Chute des Anges et de leur rébellion, ainsi les moyens théurgiques permettant de parvenir à la Réconciliation.
Jean-Pierre Bonnerot leur rétorque que cette chute angélique ne fait pas partie des doctrines officielles de l’église qui les a jugées comme des doctrines hérétiques lors des conciles antérieurs. Il va jusqu’à mettre en doute le fait que Martinès de Pasqually ait été vraiment chrétien, en avançant que les théories de ce dernier se rattacheraient plutôt à l’Ancien Testament.
Jean-Marc Vivenza lui répond qu’il s’agit bien là d’une doctrine chrétienne, mais d’origine gnostique qui a été occultées par les églises officielles, alors qu’elle constitue le fondement de tout le courant initiatique véhiculé non seulement par le Martinézisme mais aussi par la pensée d’Origène.


Jean-Pierre Bonnerot met en cause, aussi, la théurgie réparatrice qu’il juge dangereuse en citant notamment l’exemple de Robert Ambelain…
Un débat métaphysique passionné et passionnant, qui atteste si besoin était que la lutte extérieure entre l’église de Pierre et celle de Jean n’est pas encore révolue (dans un sens tant mieux, ndlr), et qui ne manquera pas de susciter de nombreux débats au sein des différents groupes de recherches.
Extrait de la vidéo
La réintégration en question, pour en parler avec nous, Jean-Marc Givenza, professeur de philosophie, et Jean-Pierre Bonnereau, écrivain et théologien. Alors, la réintégration en question, c'est une question qui a été posée par Jean-Marc Givenza, professeur de philosophie, et qui a été posée par Jean-Pierre Bonnereau, écrivain et théologien. La réintégration en question, c'est une question qui a été posée par Jean-Marc Givenza, professeur de philosophie, et qui a été posée par Jean-Pierre Bonnereau, écrivain et théologien.
Alors, n'y allons pas par quatre chemins, Jean-Pierre Bonnereau, en quelques mots, si vous deviez donner une synthèse rapide qui nous permettra de développer après, qu'est-ce que la doctrine de la réintégration ? La doctrine de la réintégration est, en fait, dans le fait simple que nous sommes déjà réintégrés par la résurrection du Christ. C'est-à-dire qu'à la suite de la chute dite originelle, l'homme avait quitté sa relation avec Dieu.
Et, l'homme étant incapable, par ses propres moyens, de faire alliance avec Dieu, toutes les alliances successives ayant échoué, Abraham, Moïse, quant aux premières tables de la loi, et ainsi de suite, et d'autres préalablement, Dieu s'incarne, meurt et ressuscite parce que la mort est la conséquence du péché, la conséquence du péché originel, et à partir de là, nous sommes donc réintégrés. Et, effectivement, dans les Écritures, nous retrouvons cette formulation sur laquelle nous sommes déjà réconciliés et réintégrés.
Notamment, saint Paul insiste beaucoup sur ce point. Alors, ça appelle tout de suite des questions extrêmement précises. Vous dites que ces termes sont déjà employés dans l'Écriture ? Oui.
L'Évangile, les Actes, écrits principalement en grec, un peu en araméen, un peu en hébreu, quels sont les mots exacts utilisés pour réconciliation et réintégration ? Par exemple, je vous le dis donc, à vous, les païens, dans la mesure même où je suis, moi, apôtre des païens, je manifeste la gloire de mon ministère dans l'espoir d'exciter la jalousie de ceux de mon sang et d'en sauver quelques-uns. Si, en effet, leur mise à l'écart a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration sinon le passage de la mort à la vie ?
Romains XI, XIII, XVI. Bon, il y a Romains V, X, aussi le deuxième Épître aux Corinthiens V, XVIII, XXI, ou le Colossien I, XIX, XXV, enfin je ne vais pas vous embêter avec tout ça. Cela étant, pour tout un chacun, on va dire tout un chacun, en tout cas pour le public un peu particulier qui nous écoute, sous ces termes-là, doctrine de la réintégration, ça n'existe pas avant Martinez de Pasqually à la fin des années 1760.
Est-ce que dès lors, à partir même du texte des Actes ou des Épitres, vous pouvez parler de doctrine de réintégration ? Oui, il y a dans le christianisme cette conscience effectivement que l'être est sauvé, la particularité, alors que l'homme est déjà réintégré, est. Et c'est là tout, je dirais, en revanche, ce qui reste à faire pour l'homme, qui a un passeport pour le salut. C'est pour ça que saint Paul dira au chapitre VIII aux Romains, c'est en espérance que nous sommes sauvés, parce que le Christ, dans la prière sociotale, au chapitre XVII, dit, je prie pour eux, mais je ne prie pas pour le monde, je prie pour ceux que tu m'as donnés et qui sont à toi.
C'est-à-dire, qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que le Christ nous sauve, mais ne sauve pas le monde. Et il revient à l'homme, en revanche, de sauver le monde. Alors, il y a non pas la réintégration, mais une réconciliation de l'homme, que l'homme doit accomplir avec Dieu, c'est-à-dire accepter son propre salut.
Et pour accepter son propre salut, c'est suivre l'enseignement des évangiles et accepter d'agir de telle sorte que, comme le dit la deuxième épître de Pierre au chapitre III, verset XI-XII de mémoire, l'homme peut, par ses bonnes actions, hâter l'avènement du jour de Dieu. C'est-à-dire que l'homme, par ses prières et ses bonnes actions, peut hâter l'avènement du jour de Dieu. Donc, il revient à l'homme, effectivement, c'est pour ça que, effectivement, le Christ précise, « Nul ne connaît le jour, ni l'heure, ni les anges, ni le Fils, seul le Père, parce que cela dépend de l'homme.
» Alors là, nous sommes vraiment dans un problème qui est extrêmement intéressant et qui n'est pas du tout la question posée par le martinisme, ni par le martinaisisme, mais qui est posée par le christianisme, c'est-à-dire le problème de la rédemption de la création de la nature, sur lequel les pères de l'Église ont beaucoup insisté, que Benoît XVI, qui est certainement l'un des plus grands papes que nous ayons jamais eus, à mon sens, c'est un avis personnel, dont il avait lui-même conscience et dont il a pu parler aussi.
Eh bien, cette rédemption de la nature, cette rédemption de la création, et non pas de l'homme, alors ce n'est pas la réintégration, ça fait partie de ce que j'appellerais la réconciliation de l'universel en Dieu, ce qui permettra d'arriver à l'apocatastase, à ce salut universel dont nul ne connaît l'heure. Jean-Marc Vivenza, est-ce que vous faites cette distinction entre réintégration et réconciliation ?
Ce n'est pas moi qui le fais, c'est l'écriture, et ce n'est pas simplement l'écriture, c'est toute la tradition spirituelle venant des évangiles, en passant par certains pères de l'Église, pas tous, jusqu'à ces initiés qui se sont faits les avocats de cette thèse, non pas de la doctrine, mais en tout cas de la perspective de la réintégration avant qu'elle ne soit considérée comme une doctrine. Que disent nos initiés du XVIIIe siècle pour mieux comprendre ce que disent les pères de l'Église et ce que dit l'écriture également ?
La réintégration s'imagine et doit se penser à partir d'une conception globale, non pas à partir de la venue du Christ, mais de l'histoire antérieure, de toute l'histoire qui, au fond, est l'histoire générale de l'univers, l'histoire de la cour divine. La première chute n'était pas celle d'Adam, c'est celle des anges. Et selon Martinez de Pasquali, cette chute a eu pour conséquence d'entraîner la constitution d'un monde matériel dans lequel les anges qui se sont rendus coupables de cette chute ont été enfermés.
Cette théorie n'est pas celle retenue par l'Église, n'est pas celle retenue d'ailleurs par la plupart des pères. Voilà, n'est pas celle retenue par le dogme, on va dire, en tout cas par l'Église apostolique et romaine.