Esotérisme et droites radicales 2/2

Les termes « ésotérisme » et « droite radicale » ont actuellement un grand nombre de traits communs : tous deux sont des contre-cultures et ses partisans rejettent d’une manière comparable (et non analogue) la société. Tous deux réunissent sous un même vocable des sensibilités très hétérogènes. Tous deux visent une certaine forme d’élitisme, de verticalité : dans l’aristocratie, la monarchie ou dans la mystique.

Depuis une trentaine d’année, ces deux acceptions, qui se sont toujours situées hors de l’opinion publique dominante, font l’objet d’un même ostracisme, de plus en plus nourri et presque devenu banal.

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Toutes ces caractéristiques communes en font-il pour autant les deux pis d’une même mamelle ? Et celle-ci a-t-elle nourri simultanément l’histoire des idées, des faits, en France, en Allemagne ou en Italie?
Pour répondre à ces questions, nous avons réunis autour de Jean Solis : Jean-Yves Camus, Stéphane François et Christian Bouchet.

La première partie (50 min) de cette table ronde aborde la sphère politique française : quels sont les faits qui ont mené la pensée politique actuelle française vers un tel niveau de démagogie, quasi infantilisante, et comparable à un western: avec « ses bons » et « ses méchants ».

Est-ce la résultante de la société du spectacle et de notre irrépressible soif de distraction? Du rôle croissant des médias ? Ou bien le mal serait-il plus profond : dans le refoulé traumatique de la seconde guerre mondiale, où nous aurions jeté pêle-mêle « dans la même boite à ordures » selon Jean-Yves Camus des faits et des idées sans aucun rapport les uns aux autres. D’où la dérive syncrétique et obscure actuelle.

Cette première partie nous donne aussi un rappel de la signification de mots que nous utilisons souvent, sans toujours bien connaitre leur distinctions: « extrême », « radicalité », « gauche », « droite », « ésotérisme », « conservateur », « réactionnaire », « populisme », « nazisme », « fascisme »,… autant de notions à manier avec une certaine rigueur – et prudence- si l’on veut éviter la confusion.

La seconde partie (50 min) va s’intéresser au contenu doctrinal des différentes droites radicales et les liens qu’elles ont pu entretenir avec l’ésotérisme et les ésotériciens de leur époque : Franc-maçonnerie, Golden Dawn, sectes néopythagoricienne etc…

Quelle filiation intellectuelle pouvons-nous établir entre Joseph de Maistre, René Guénon et Julius Evola ?

Et quelle fut l’influence de leurs doctrines sur le cours de l’histoire ?

Millénarisme chrétien, pensée contre-révolutionnaire, courants légitimistes, cathos-tradis ?

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Toute réflexion métaphysique, interprétation métahistorique ou doctrine politique s’interrogent sur la nature de la marche du monde : la providence réalise-t-elle l’histoire ?

Quelle vertu accorder au "marché" ? Se régule-t-il par lui-même ?

Quel rôle doit-être celui de l’Etat ?

Le cours des évènements s’inscrit-il dans un cycle évolutif (Âge d’or ?) ou bien dans la décadence (Âge sombre)?

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Autant de questions atemporelles et passionnantes, associant ésotérisme, philosophie et politique, abordées ici avec une certaine gravité… qui ne doit pas nous faire oublier que l’amour de son prochain et la quête du beau, du juste, du vrai sont pour nous tous la voie !

Extrait de la vidéo

Comment concrètement l'ésotérisme est venu à la droite radicale ? À quel moment on peut décrire le fait ? Moi ce que je disais précédemment, c'est qu'à mon sens, à partir du moment où le mouvement légitimiste perd tout espoir de restauration, il passe à la fois dans la radicalité politique et parallèlement dans l'ésotérisme. Mais l'a précédé dans cette démarche le courant nondorfiste, et le courant nondorfiste qui n'a jamais eu grand espoir, mais qui devient franchement une radicalité et en même temps un ésotérisme, principalement avec l'affaire Vintrass.

Alors expliquez, ça contient quoi en termes d'ésotérisme déjà ? Le nondorfisme c'est un faux Louis XVII, enfin nondorf est un faux Louis XVII, qui va générer des idées théologiques marginales, et qui va regrouper autour de lui un certain nombre de personnes, il y a eu beaucoup de monde dans le mouvement nondorfiste à ce moment là, un certain nombre de personnes dont une qui s'appelle Vintrass, et qui Vintrass va créer autour de lui toute une secte dissidente du catholicisme, un catholicisme aberrant, avec énormément de références bibliques, des apparitions d'Hostie et tout ça, et toute une eschatologie qui va se greffer là-dessus.

Et ça on le connaît bien parce que c'est l'abbé Boulan, et là on rentre dans l'histoire de l'ésotérisme français général, pas forcément des radicalités, puisque c'est la lutte avec ces Julesbois, je crois la lutte entre l'abbé Boulan et Julesbois, enfin bon, énormément de choses, c'est le début du rosicrucianisme contemporain, c'est Anistas de Guaita, c'est des choses comme ça, là on a un continuum entre le nondorfisme qui est une radicalité, et qui est un ésotérisme, et qui nous amène directement à un ésotérisme qui n'est pas forcément lié à une radicalité, même si les gens dont on...

Il va y avoir une appropriation, c'est-à-dire qu'on va lancer quelque chose qui va, en roulant, récupérer les théories des cycles, récupérer les théories du rosicrucianisme... Il n'y a pas de théorie des cycles chez nondorf, il y a l'Atlante du grand monarque, je ne pense pas qu'il y ait de théorie du cycle non plus chez Guaita. Non, non, non, pour rebondir sur ce que vous disiez, non, ça va apparaître après.

C'est plus tard, les cycles, oui. Les premières théories des cycles, c'est chez Blavatsky, chez Théosophe, et la théorie va être nettoyée, purifiée et reconceptualisée après par Guénon. Mais pour rebondir sur ce que disait Christian Boucher, c'est vrai qu'à partir de ce moment-là, il y a autre chose qui se grève sur ce millénarisme chrétien, c'est la pensée contre-révolutionnaire qui va commencer à apparaître au sein du milieu légitimiste et qui va se développer, pas uniquement chez des ésotéristes d'extrême droite ou ce qu'on pourrait appeler d'extrême droite, mais il y a une pensée contre-révolutionnaire qui va devenir dominante à ce moment-là.

Cette idée de décadence, cette idée de retour, de renouveau, ça c'est venu un petit peu plus tard, mais c'est quand même devenu quelque part... Ce qui est amusant de voir, c'est que vous avez cité Blavatsky, la théorie des cycles de Blavatsky, ce n'est pas un cycle descendant, c'est un cycle ascendant. Donc en fait, on va commencer par avoir une théorie des cycles qui va être une théorie des cycles positive, c'est-à-dire qu'on va de mieux en mieux, et cette théorie des cycles va être reprise par l'un des radicalités de droite qui vont en faire une théorie des cycles descendante.

Et je me demande, je me trompe peut-être, mais je me demande si ça n'a pas été fait par les ésotéristes allemands les premiers. Et auparavant, on est dans une théorie des cycles descendant qui situe la césure, non pas à la Révolution française, je crois que c'est très important de le préciser, mais au minimum à la contre-réforme, si ce n'est au Moyen-Âge. C'est-à-dire que l'âge d'or se termine de toute façon au Moyen-Âge, et absolument à la contre-réforme.

La fin de l'âge d'or, c'est les Templiers quand ils sont... C'est-à-dire que de toute façon, avant la Révolution française, la Révolution française n'est pas un événement subi. C'est le résultat d'un processus, alors là on rebondit sur les théories conspirationnistes, d'un long processus de subversion d'un ordre qui a connu son apogée dans le Moyen-Âge. Et cette théorie du Moyen-Âge comme société traditionnelle européenne, on va la retrouver par exemple chez un Guénon.

Guénon considère que le début de la fin, le début de la décadence, c'est la Renaissance. Pour tout le monde, la Renaissance, c'est la renaissance, donc la fin du Moyen-Âge. Guénon dit non, c'est l'inverse. Parce que c'est à partir de ce moment-là que les idées de sécularisation vont commencer à apparaître, où on va commencer à évacuer Dieu du monde.

Et pour Guénon, c'est le début de la fin. On retrouve un peu cette idée-là chez Huismans, son littérature également. Oui, justement, c'est à ça que je pensais. Huismans va être influencé par toutes les idées ésotériques de l'époque, d'abord en décadant, mais il va être influencé par Vintras, par Boulan.

Mais il y aura une synthèse aussi de fait, et c'est ce que j'avais perdu tout à l'heure que je retrouve, c'est la science chrétienne. Une des premières formulations d'un ésotérisme contemporain, on va la retrouver chez certains ecclésiastiques au XIXe, qui vont mettre en place une sorte de science chrétienne qui va être très bien analysée par Jean-Pierre Laurent et Émile Poulat. Et cette science chrétienne va être un peu marginalisée, on va la retrouver par la suite dans des milieux catholiques assez marginaux et assez extrêmes, plutôt légitimistes, contre-révolutionnaires.

Et à partir de ce moment-là, cette science chrétienne, cette science symbolique, ces études de cycles va se retrouver dans des milieux, on va dire, très marqués. Alors, moi, je regarde toujours ça avec mes connaissances limitées. Je constate que c'est ce que vous avez tous plus ou moins dit tout à l'heure, que c'est devenu un petit peu le fond de pensée d'une certaine droite radicale, il y a cette théorie des cycles, il y a une idée du grand monarque, il y a une théorie qu'il existe un pouvoir absolu qu'il faut aller chercher...

Le grand monarque n'a pas de rapport avec la théorie des cycles ? Ça peut. Est-ce que Saint-Yves d'Alvedre n'avait pas fait une convergence de ces deux éléments ? Est-ce qu'il y a besoin, pour la droite radicale, est-ce que c'est devenu une constante d'aller chercher des ressources dans ces formes d'ésotérisme, que ce soit l'Agartha, que ce soit le grand monarque, que ce soit l'idée d'une source de pouvoir ou de puissance permanente à laquelle il faut aller puiser, et pour cela il faut y mettre les moyens, qu'est-ce qu'il y a là-dedans ?

Et à quoi se raccroche-t-on quand on est de droite radicale ? Si on parle de la droite radicale contemporaine, c'est-à-dire aujourd'hui, ici et maintenant, je ne suis pas convaincu que les idées ésotériques y jouent un rôle même marginal. Ils y jouent peut-être un rôle, mais vraiment à la marge. Aujourd'hui, c'est du courant extrêmement marginal.

À mon avis, on est dans le fantasme de journalistes, on n'est pas dans la réalité du terrain. On a une droite radicale qui déjà n'est pas très importante, mais on n'a pas un courant ésotérique qui est insignifiant. Ma connaissance, c'est quasiment pas représenté, c'est de moins en moins représenté, sans doute. Donc l'âge d'or de l'ésotérisme de droite, c'était quoi ?

C'était Evola ? L'âge d'or ? Non, c'est le 19ème. C'est la fin du 19ème, début du 20ème.

Ce n'est pas ce qui a marqué le plus les esprits du grand public, en tout cas. Il y a une chose, je ne sais pas si on va en parler un moment ou l'autre, mais je crois que tout ce qui a flossé complètement le débat, c'est Bergier et Powell. Tout à fait d'accord. Le matin des magiciens.

Ça, c'est la pire saloperie qui n'est plus à rien. Ça veut dire qu'ils ont trivialisé le sujet, pour vous ? Non, ils ont raconté des conneries. Ils n'ont pas simplement trivialisé le sujet, s'ils n'avaient fait que trivialiser le sujet, c'est-à-dire faire un travail de vulgarisation un peu lâche, ça aurait encore été moindre mal.

Mais sur ce sujet, comme sur d'autres d'ailleurs, ils ont tout bonnement, pensez-vous à l'expression,

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