L’approche des 3 Portes dans la tradition bön tibétaine

Nicolas Gounaropoulos présente ici les grandes lignes d’une approche contemporaine du bouddhisme bön, celle des 3 Portes (« the 3 doors »). Cette approche, développée par Tenzin Wangyal Rinpoche (1961 - ) se base sur trois piliers que sont : le corps, la parole, la conscience. Au cours de nos vies respectives, chacune de ces portes peut se transformer en creuset de souffrance. Le corps (1) dans lequel nos expériences de vie s’impriment. La parole (2) à travers laquelle, tel un dialogue continu mais muet, on s’identifie à ces souffrances.

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Et la conscience (3) de laquelle nait le doute, nous fait perdre confiance, et oublier nos qualités profondes.

L’antidote à ces souffrances se trouve dans le « Refuge Intérieur », cet espace intérieur qu’il faut identifier puis nourrir, et qui nous fait comprendre que ce n’est pas notre corps qui a mal mais bien notre identité qui est douloureuse.

Ce refuge intérieur, « dans lequel l’expérience est complète »  et où l’on saisit concrètement l’impermanence de toutes choses (thème central du bouddhisme – « on arrête pas les nuages qui passent dans le ciel » nous rappelle à cet effet Nicolas Gounaropoulos) et que l’on peut atteindre par la pratique de certaines méditations.

Pour lui de résumer :  « parfois, nous désirons tellement devenir Bouddha, un être réalisé, que nous oublions que nous sommes humains et que nous réprimons ou rejetons nos tendances et expériences humaines. La vision des 3 Portes reconnaît le pouvoir infini du refuge pour accueillir tous les aspects de notre expérience, même ceux que nous ne voulons pas voir ou n'aimons pas. À mesure que nous devenons intimes avec nos peurs et notre douleur, nous découvrons à quel point nous sommes humains et apportons de l'amour et de l'ouverture à ces tendances. »

Souhaitez-vous découvrir cette qualité d’espace ? Selon vous, s’agit-il de pacifier, ou de maitriser le mental ?

Extrait de la vidéo

Je viens de Belgique et j'ai commencé à pratiquer la méditation il y a environ 35 ans et j'ai commencé à enseigner il y a 25 ans donc j'ai longuement pratiqué dans la tradition du Zen et du Chan. Et puis dans la tradition tibétaine, principalement avec deux enseignants, Tenzing Wangyal Rinpoche et Thempa Dukte Lama, avec qui je pratique toujours et donc j'en parlerai peut-être un petit peu plus tard.

Mais ce que je voulais vraiment aborder en premier lieu, c'est là où j'ai pu pratiquer. Donc quand j'ai commencé à enseigner, une de mes premières expériences était d'aller dans les prisons, donc j'ai vraiment pu amener cette pratique régulièrement, de manière vraiment hebdomadaire, créer des groupes en Belgique. Et donc c'était vraiment une expérience magnifique. Et puis j'ai continué aussi dans plein, plein de lieux différents, dans le monde de la pratique.

Donc voilà, c'est un peu, quelque part, l'essence de ma vie. Et je pense vraiment que j'enseigne aussi au grand public, autant que j'enseigne à mes collègues. Et je pense que c'est vraiment une expérience magnifique. Et puis j'ai continué aussi dans plein, plein de lieux différents, dans des lieux pour personnes qui sont dans des programmes parce qu'ils sont dépendants de drogue ou dans des associations de personnes qui ont le cancer.

Je suis allé dans les écoles, donc voilà, c'est un peu quelque part l'essence de ma vie. Et je pense vraiment que j'enseigne aussi au grand public, autant que je peux. Mais ça m'a vraiment appris quelque chose. Parce que pour moi, c'était le meilleur enseignant.

C'était d'aller dans toutes ces directions, chez ces personnes, voir un peu. Et donc la première chose que j'ai réalisée, c'est qu'en fait, en général, les gens doivent aller vers les traditions qui sont parfois, je ne vais pas dire qui limitent un peu, au niveau culturel, au niveau de la langue, etc. Mais c'est plutôt de voir comment la tradition peut aller vers les gens et dans des domaines où normalement, elle ne doit pas être.

Donc quand je dis tradition, c'est plutôt une pratique un peu plus profonde. Et donc, je continue toujours à pratiquer de manière très traditionnelle et j'ai mes enseignants qui sont magnifiques. Mais j'ai aussi pratiqué longtemps, comme j'expliquais avec Tenzing Wangalrimpoche, qui a développé une approche qui s'appelle l'approche des trois portes. Qui n'est pas quelque chose de nouveau, qui est quelque chose qui est plutôt basé sur l'essence de ces vieilles traditions qui sont plus que millénaires.

Mais qui vont, quelque part, ramener l'accent sur des choses assez simples et en priorité sur l'approche de ce qu'on appelle le refuge intérieur. Et donc, c'est vraiment ça que j'ai envie de vous présenter aujourd'hui et de prendre un peu de temps pour parler de cet espace de refuge. Et donc, quelque part, j'ai pu vraiment voir à quel point, quand j'allais dans les prisons, quand j'allais dans ces centres pour personnes dépendantes de drogue, à quel point ils rentraient directement dans l'expérience.

Et ça, c'était assez étonnant parce que parfois, on a l'impression qu'ils font des choses très complexes. Mais en fait, quand on amène les gens dans cette essence simple, en fait, ils ont accès à l'expérience. Et c'est tout à fait normal parce que, quelque part, c'est la base de leur expérience. C'est la base de notre expérience à tous.

Donc, comment est-ce qu'on pourrait décrire le refuge ? Pour moi, cet espace de refuge, c'est un espace dans lequel l'expérience est complète. Et donc, on peut parler d'une première chose qui est l'impermanence. Pour moi, qui est vraiment cette idée de pilier central de la pratique.

Tout change tout le temps. Tout est en mouvement. Les choses se transforment, apparaissent et disparaissent. Et je pense que pour nous, c'est une cause de grande souffrance.

En fait, on aspire tous au bonheur et c'est vraiment quelque chose de très sain. Mais souvent, on a tendance à créer notre bonheur en lien avec des objets extérieurs. Et il y a une réalité, c'est que l'impermanence est là et que tôt ou tard, ces objets sont amenés à se transformer. Et en général, ça amène beaucoup de souffrance en nous ou de la résistance.

Et donc, en général, je dis toujours aux gens quand ils viennent, c'est qu'est-ce qu'on a mis sur pause quelque part ? Quelles sont les choses pour lesquelles on est en résistance par rapport à cette notion d'impermanence ? Et donc, l'idée du refuge, c'est d'aller découvrir un espace qui est indépendant de ces objets extérieurs. Et donc, un espace qui est accessible tout le temps, qui a toujours été là, qui sera toujours là.

Et comment entrer dans cet espace de refuge ? Et ici, on va parler des trois portes, parce que cette approche s'appelle l'approche des trois portes, à travers le corps, à travers la parole et à travers la conscience. Donc, on va vraiment prendre le temps de détailler un peu tous ces aspects-là. Donc, la première chose, c'est le corps.

On peut vraiment observer à quel point nos expériences de vie s'impriment en nous. Et elles s'impriment principalement de différentes manières, mais je vais parler de trois manières. La première chose, c'est qu'elles s'impriment dans notre corps. Donc, ça veut dire quoi ?

On peut vraiment sentir à quel point des tensions peuvent apparaître. On rend du travail, on a les épaules complètement nouées. Donc, tous ces processus, c'est comme des empreintes qui s'inscrivent dans notre corps, qui sont en lien avec nos expériences de vie. Ça, c'est la première chose.

La deuxième, c'est au niveau de la parole. On peut voir à quel point notre souffrance, parfois notre douleur, s'exprime au niveau de notre parole, que ce soit par rapport au dialogue mental ou par rapport à l'expression de nos douleurs. Il y a parfois des gens qui parlent en boucle de leurs douleurs, de leurs souffrances. Ils sont tellement identifiés à ça que c'est un dialogue continu au niveau verbal.

Et le troisième aspect, on pourrait dire au niveau de la conscience, ça veut dire que ces expériences douloureuses de vie vont amener du doute en nous. Ils vont nous faire perdre confiance ou on va sentir qu'on est quelque part séparé de la vie, déconnecté. On ne va pas reconnaître nos qualités profondes. Donc on peut voir à quel point cette expérience douloureuse, petit à petit, peut créer ce qu'on appelle un corps de souffrance.

C'est un mot que je ne sais pas si ça le résume bien, mais ce corps de souffrance n'est pas juste lié à une identité corporelle qui a mal, mais plutôt à une identité douloureuse. Et en général, on est plus ou moins identifié à ça dans notre vie. On n'est pas à 100% dans ce corps de souffrance, et heureusement, à certains moments, et je pense que tout le monde a une partie qui peut être quelque part douloureuse, qui est le résultat de nos expériences de vie, de nos empreintes, et qui parfois se manifestent et sont réactivées par ce qu'on est en train de vivre.

Donc, quelque part, l'idée de pouvoir trouver un endroit qui est complet, dans lequel il n'y a vraiment rien à faire, dans lequel on peut vraiment aller s'installer, laisser faire, est quelque chose de vraiment libérateur. Et quelque part, ça rejoint l'essence de toutes les vieilles traditions, d'aller trouver cet espace qui est totalement complet, totalement unifié, on va dire. Et donc, on va commencer peut-être par la première porte, qui est le corps.

Et peut-être on peut faire un petit exercice pour commencer, juste quelques instants. C'est de vous proposer de juste vous poser quelques instants. D'essayer d'avoir une posture un peu droite, confortable. Simplement prendre trois grandes inspirations et expirations.

Vraiment laisser de côté tout ce qu'on a fait avant de venir, tout ce qu'on va faire après, tout ce qui est inutile maintenant. Et puis, on peut juste amener notre attention sur notre corps. Sans jugement, sans étiqueter, sans essayer d'interpréter, mais plutôt revenir dans notre corps et juste être présent à ce qui se passe. Ça peut être des choses agréables, désagréables, ça peut être neutre.

On peut faire le lien, mais ce n'est pas le but, mais avec des choses qu'on est en train de vivre pour le moment, avec ce qu'on a expérimenté ce matin, en venant. Encore quelques instants.

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