Crowley et l’occultisme britannique du XXème siècle

Lors de notre entretien de juin dernier, Pierre Barrucand avait accepté de nous relater ses souvenirs de la scène occultiste française. Une scène qu’il fréquenta assidument pendant près de quatre-vingt années et dont il est devenu l’un de ses doyens. Plus qu'un « témoin privilégié », c'est bel et bien à une sorte de « sentinelle » que nous avons à faire.... Rappelons que notre homme a été le contemporain de l’occupation nazie, de la Gestapo, qu’il fut médaillé de la Résistance, et encore aujourd'hui, ce qu’il déteste par dessus tout, c’est ce qui ressemble, de près ou de loin, à une police de la pensée, de chasse aux sorcières.

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Un mal très francais, endémique même, qui depuis les Cathares, les Templiers, l’Inquisition, la Terreur, la collaboration, a souvent ébranlé notre beau pays (l'a-t'il quitté au juste ?) ; et c’est ce même souffle de liberté, de tolérance, qui le fit s'intérésser à des voies spirituelles très alternatives… .

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Pierre Barrucand est le premier qui importa Aleister Crowley en France !

Souhaitez-vous faire un flash-back dans ce XXème siècle pour le moins agité, savoir en quelles circonstances, il découvrit l'oeuvre de Crowley en compagnie de Robert Amadou (cf. leur revue La Tour Saint-Jacques), lors de la projection parisienne d'un film du (alors jeune)  Kenneth Anger ?

Et plus précisément, dénouer les subtiles jeux de pouvoir qui assombrirent le devenir de l'Ordo Templi Orientis (O.T.O.), donna du fil à retordre à Karl Kellner (1851-1905) et à sa suite Theodor Reuss (1855-1923), par ce même électron libre, provocateur et perturbateur nommé Aleister Crowley ?

Eléments de réponses dans cet entretien réunisant Pierre Barrucand à Jennifer Marty.

Extrait de la vidéo

Vous êtes connu pour avoir écrit un certain nombre d'articles sur Alastair Crowley. Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à cet occultiste ? Effectivement, ce qui m'a intéressé, c'est l'hostilité violente de Guénon contre Crowley. Je ne connaissais rien à ces histoires et je me suis dit, mais qui est ça ?

J'ai eu l'occasion, ainsi dans mes aventures, de voir des phénomènes très curieux. Il se trouve que les rares Crowleyiens de France, à l'exception de Boucher, qui a écrit un livre très honorable, sont des gens qui se sont intéressés à Zaglovska. Mais il y a quelqu'un que j'ai vu chez lui, c'est Yisrael Rogatz. Je me demandais à York ce qui était devenu Yisrael Rogatz.

Elle m'a dit, c'est devenu un genre de psychanalyste. Il habite les Etats-Unis. Alors finalement, j'ai pu apprendre qu'il vivait à Los Angeles. Et me trouvant à Los Angeles, à titre mathématique, j'ai pris contact avec lui, je ne sais plus comment, et il nous a reçu, ma femme et moi, et il nous a fait pénétrer dans une pièce un peu isolée où il y avait des dessins que je connaissais très bien.

Il a été charmant. Il est devenu effectivement un genre de... Il fait partie de ces, je crois qu'il est mort maintenant, il faisait partie de ces nombreux mouvements aux Etats-Unis qui ne sont pas les psychanalystes, mais qui le sont dans un certain sens. Vous voyez, lui n'étant pas du tout intéressé par les idées de Freud en particulier, mais par des formes de guérison, par...

Moi je l'ai connu, il était un homme charmant. Ce qui était très bien, c'est qu'Amadou, quand il était gentil, c'est-à-dire qu'il habitait dans une bourg-tibourg, il me signale qu'il va y avoir au Musée de l'Homme une projection du film de Kenneth Anger qui s'appelle Introduction au Dôme du Plaisir. Et j'y étais allé, c'est ainsi que j'ai connu Kenneth Anger, avec qui j'étais en très bons termes. Il y avait une femme, qui était une femme de cinéma, dont il avait entendu parler étant enfant, et qui était une Croléienne.

Ça l'avait intéressé, et puis voilà, ça a eu lieu au Musée de l'Homme. C'est un film assez étrange d'ailleurs, parce que vous avez vu ça. Il a évolué vers autre chose, qui est le satanisme laveillen. Je ne sais pas si vous savez ce que c'est.

Ah, le satanisme laveillen est quelque chose de très particulier. C'était un... qui ne semble pas avoir eu tellement de rapport avec Croléen. Le satanisme laveillen est en réalité, il parle de l'idée du diable, en disant qu'il n'existe pas.

Qu'il n'existe pas. Que c'est en nous. Et que c'est en quelque sorte l'incarnation de ce qu'il y a de meilleur en nous, individuellement. Si vous voulez, c'est très spécial.

Très particulier. Seulement, c'est encore un provocateur, assez curieux. Au dire de certains, vous auriez rencontré Gérald York. Pouvez-vous nous parler un petit peu de cette rencontre ?

Croléen, avec ses qualités et ses défauts, était tout sauf un organisateur. Le résultat, c'est que l'AA n'a pratiquement pas existé. Ce n'est pas une dissidence, c'était presque lui tout seul, en quelque sorte, l'AA. Ceci dit, vous allez trouver à la Nationale des choses sur Croléen.

Mais là encore, je crois qu'Amadou avait joué un certain rôle là-dedans, qu'il fallait se procurer ça. Ce qu'il y a, c'est que si caractériellement, Amadou était devenu un personnage impossible, sur le plan intellectuel, il était valable. Pouvez-vous nous parler de Gérald York, le disciple d'Alistair Crolé ? Comment l'avez-vous rencontré ?

Eh bien, très simplement, mais attendez, là encore, il y a des histoires. Je me suis rendu à Londres, et je devais, ça a été réalisé, avec Kelsanguer, nous devions aller voir York. Alors, York n'habitait plus Londres. Il habitait, son fief, à la limite du pays de Gérald.

Mais, il a voulu me faire connaître un homme qui était dans un triste état, enfin, je veux dire, attendez, qui s'appelait Kedès Grant, un autre Kedès. Alors, Kedès Grant est un homme qui s'était formé des idées, à lui, qu'il considérait comme plus ou moins croléennes, et il avait demandé à Gerber, il lui avait envoyé, et Gerber, je vous ai expliqué que c'est un homme qui est essentiellement le gardien, un peu comme ces vieilles filles qui restent fidèles à leur père, ça fait très anglais, Gerber a répondu par une excommunication, et Kedès Grant était visiblement dans un état de dépression profonde.

Il n'y a rien à en tirer, quoi, c'est un homme qui était dans une phase dépressive aiguë.

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