Esotérisme et christianisme

Esotérisme et christianisme, un paradoxe? Si pour la plupart des théologiens catholiques, ils sont incompatibles, il reste pour d'autres conciliables. Existe-t-il une doctrine cachée ? Jésus a-t-il transmis un enseignement secret à ses apôtres?

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De la Philosophia Perennis à la philosophie occulte, des écrits de Marsile Ficin (1433-1499) sur le célèbre et mystérieux Hermès Trismégiste à ceux de Pic de la Mirandole (1463-1494), tout concourt à attester la possibilité pour l'homme de connaître différents degrés de la réalité et d'en être transformé à travers un processus d'illumination permettant d'accéder au principe supérieur.
Quels sont les griefs des institutions religieuses par rapport au tenant de l'ésotérisme chrétien? La dimension exotérique du christianisme s'oppose-t-elle à sa dimension ésotérique? Ne sont-elles pas plutôt les deux facettes d'une même tradition riche de leur mariage? Autant de points que soulève Jérôme Rousse-Lacordaire dans cet exposé de 54 minutes dans lequel il analyse la lente élaboration de la critique catholique de l'ésotérisme.

Extrait de la vidéo

Est-ce que l'esotérisme et le christianisme sont les mêmes choses ?

L'ésotérisme et le christianisme, ça peut sembler à beaucoup un paradoxe, et effectivement dans bien des milieux catholiques, catholiques de tous ordres, que ça soit des théologiens, des exégètes, ou ce que l'on appelle parfois des simples fidèles, au contraire des membres de la hiérarchie ecclésiastique, évêque, etc.

Dans bien des milieux catholiques, il est entendu qu'ésotérisme et catholicisme, et même plus largement, esotérisme et christianisme, sont radicalement incompatibles et totalement hétérogènes l'un à l'autre, et que donc l'expression pourtant fréquente d'ésotérisme chrétien serait une contradiction dans les termes.

Et on ajoute en général que le Christ a dit, je vous cite, c'est un passage de l'évangile de saint Matthieu, « Rien n'est voilé qui ne sera révélé, rien n'est caché qui ne sera connu, ce que je vous dis dans l'oreille, dites-le au grand jour, et ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour, et ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits. » Bien sûr, mais est-ce que quand on argumente à partir de cette phrase de Jésus, est-ce qu'on n'oublie pas un peu, pour les besoins de la cause, qu'il y a bien dans ces paroles-là, avant la proclamation publique, un temps qui est celui de la discrétion, de l'ombre et du murmure ?

Et est-ce qu'on n'oublie pas aussi que bien des pères de l'Église, et pas des moindres, je n'en cite que quelques-uns, Irénée de Lyon, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origen, Basile Le Grand, Saint Cyril de Jérusalem, donc que ces pères de l'Église et d'autres tenaient pour absolument assurer que le Christ avait transmis un enseignement secret, réservé à quelques-uns de ses disciples, et que ceux-ci, ses disciples, l'avaient à leur tour transmis de la même manière, parce que, comme le rappelait par exemple saint Basile Le Grand à la fin du quatrième siècle, il faut distinguer entre ce que l'on tient de l'enseignement écrit, et qui peut être livré à tous, et ce que l'on tient seulement de la tradition orale, secrète et cachée, et qui ne doit pas être divulguée par écrit.

Et enfin, est-ce qu'on n'ignore pas aussi, et d'abord peut-être, que l'ésotérisme n'est pas essentiellement ce qui est secret, ce qui est mystérieux, et ce qui est réservé à quelques-uns ?

Et sur ce sujet, j'ajoute que bien des critiques de l'ésotérisme, qui émanent d'autorités catholiques, bien des critiques, surtout parmi les plus récentes, ont une visée pastorale, c'est-à-dire qu'elles s'adressent aux fidèles catholiques pour les orienter et les assister dans leur vie chrétienne, en répondant concrètement aux questions qui se posent effectivement aujourd'hui.

Voilà ce que l'on peut appeler une visée pastorale.

Or, on connaît le succès populaire de l'ésotérisme, ou peut-être de ce qu'on croit être l'ésotérisme, et il est donc légitime que les autorités catholiques s'interrogent sur ce fait, cherchent à y répondre.

Mais pour que ces réponses, pour que ces discours catholiques soient entendus de ceux à qui ils s'adressent, il faut qu'ils soient tout simplement audibles, c'est-à-dire qu'ils procèdent réellement des questions qui se posent et des pratiques de ceux qui se les posent, sans s'appuyer a priori sur un argument d'autorité qui supposerait que la question, celle que nous nous posons, ésotérisme et christianisme, donc qui supposerait que cette question est résolue avant même que l'on ait examiné ce sur quoi elle porte.

Or, comme je le disais en commençant, la réponse majoritaire de ceux qui ont quelque autorité hiérarchique ou intellectuelle dans l'Église catholique est le plus souvent une réponse qui part du postulat qu'ésotérisme et christianisme sont depuis toujours irrémédiablement inconciliables et donc irréconciliables, et sans même qu'on prenne la peine d'examiner de manière un petit peu approfondie ce qu'est l'ésotérisme, quelle est son histoire et comment les chrétiens qui s'en réclament vivent cet ésotérisme.

Et en ne tenant pas compte de tout ça, on ne fait que tenir un discours inaudible de ceux à qui on veut s'adresser.

C'est pourquoi j'aurais voulu procéder ici de manière à déterminer si, effectivement, tout ésotérisme ou n'importe quel ésotérisme est de soi incompatible avec le christianisme.

Ce que je me propose donc, c'est de chercher à d'abord cerner quels sont les griefs que ces autorités intellectuelles ou institutionnelles du catholicisme ont énoncés à l'encontre de l'ésotérisme pour voir s'ils correspondent réellement à ce que défendent les tenants d'un ésotérisme qui se dit chrétien.

Est-ce qu'ils parlent de la même chose tout simplement ?

Et un examen même superficiel des rapports entre les autorités catholiques et l'ésotérisme qui se dit chrétien montre que, quoi qu'on dise parfois, ça n'a pas été avant la fin du XIXe siècle et même avant le début du XXe siècle que la critique catholique a entendu aborder l'ésotérisme en tant qu'exotérisme.

Et ça alors même que l'ésotérisme était apparu et s'était développé de manière repérable à partir de la fin du XVe siècle, donc quatre à cinq siècles auparavant.

Et qu'en se développant, il avait suscité des controverses, mais des controverses qui pendant longtemps n'ont pas porté sur ce qui fait que l'ésotérisme est de l'ésotérisme, sur ce qui fait que les courants controversés étaient des courants ésotériques.

Donc on va essayer de suivre cette très lente élaboration sur un peu plus de quatre siècles de ce qui allait devenir la critique catholique de l'ésotérisme.

Et on va suivre ça autour de trois grands thèmes, le thème de la philosophia pérennis, le thème de l'initiatique et le thème du gnosticisme.

Alors commençons donc par la philosophia pérennis.

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