Martines de Pasqually, le théurge inconnu
"Qui est Martinès de Pasqually (1727-1774) ?", telle est la question que posait jadis André Breton. Thaumaturge, théosophe et mage d'origine incertaine, il passe pour le fondateur de l'Ordre des Chevaliers Elus Coëns de l'Univers en 1761. Maître de Louis-Claude de Saint-Martin et de Jean-Baptiste Willermoz, il reste également l'inspirateur du courant ésotérique martiniste.
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Enquêtant depuis près de 20 ans, Serge Caillet, qui prépare une biographie du "théurge inconnu", nous a livré quelques éléments lors d'une conférence à la librairie l'Etoile du Mage, à Marseille.
Extrait de la vidéo
Le sujet qui nous rassemble ce soir, je l'ai intitulé « Martinez de Pasquali, le théurge inconnu ».
Alors ce titre, je l'ai emprunté à un homme à qui je voudrais d'emblée, avant d'entrer dans le vif du sujet, rendre hommage.
Je voudrais rendre hommage tout particulièrement, et vous l'aurez sans doute deviné, à Robert Amadou, qui nous a quittés le 14 mars 2006, et sans lequel je ne serais pas ici ce soir. Car Robert Amadou a véritablement, tout au long de sa longue vie, a marché sur les pas de Martinez de Pasquali, de différentes façons. Il a, vous le savez, étudié tout particulièrement l'œuvre, la pensée et la vie de Louis-Claude de Saint-Martin. Et on ne peut pas aborder Louis-Claude de Saint-Martin sans aborder Martinez de Pasquali.
Robert Amadou, encore une fois, a publié, vous le savez, un grand nombre d'inédits du philosophe inconnu.
Et parallèlement à ses recherches très poussées sur l'œuvre et la pensée de Saint-Martin, il a consacré un grand nombre de recherches à l'œuvre de Martinez de Pasquali. Il a retrouvé, d'ailleurs, dans les papiers de Saint-Martin, un certain nombre de documents qui relèvent de l'enseignement et de la pratique de Martinez de Pasquali. Et enfin, et peut-être surtout, il a publié deux éditions tout à fait magistrales du maître-livre de Martinez de Pasquali, dont on parlera tout à l'heure, c'est-à-dire du traité sur la réintégration.
Hommage donc, si vous le permettez, à Robert Amadou, encore une fois, à qui j'ai emprunté ce titre, Martinez de Pasquali, le théurge inconnu, et à qui, personnellement, je dois beaucoup et dont je peux même dire que je suis l'éternel débiteur.
Je voudrais aussi, avant d'entrer dans le vif du sujet, afin de poser un cadre tout à fait sommaire, je voudrais aussi vous proposer deux considérations liminaires. D'abord, un mot de Jacques Bergier. Jacques Bergier avait l'habitude de dire qu'il y a des hommes qui passent leur temps, leur vie même, à faire en sorte que l'on parle d'eux, et qui réussissent fort bien puisqu'on parle d'eux.
Et Bergier rangeait dans cette catégorie César, Napoléon et quelques autres. Et puis, disait encore Jacques Bergier, il y a des hommes qui, toute leur vie, essaient de faire en sorte que l'on ne parle pas d'eux, et qui aussi parviennent à ce qu'on ne parle pas d'eux.
Et dans cette deuxième catégorie, vous l'aurez compris, je voudrais ranger Martinez de Pasquali.
La deuxième considération, je l'emprunte à Carlos Castaneda. Vous savez que Castaneda, tel qu'il se présente, nous explique qu'il a eu un maître, un sorcier yaki, dont Juan Matus, et l'un des premiers enseignements du maître de Castaneda consiste à lui dire « efface ton histoire personnelle ».
Et en effet, Castaneda est parvenu à effacer son histoire personnelle, au point même que ses biographes contemporains, et encore une fois, Castaneda, c'est un contemporain, il est mort dans les années 80, il a publié des livres, il a eu des étudiants, il a fait des conférences, il est si bien parvenu à effacer son histoire personnelle et à brouiller les pistes que ses biographes contemporains sont même incapables de savoir où il est né.
Alors pourquoi effacer son histoire personnelle ? Eh bien, le maître de Castaneda lui disait qu'ainsi, il parviendrait à une plus grande liberté, car notre histoire nous enferme dans un carcan.
Alors effectivement, lorsqu'on se penche sur la vie, sur l'œuvre de Martinez de Pasquali, on ne peut qu'être surpris, pour ne pas dire ému, de constater que cet homme-là, Martinez de Pasquali, lui aussi, à sa façon, il a effacé son histoire personnelle.
Alors c'est émouvant lorsque l'on a une quête initiatique, très certainement, et c'est très ennuyeux lorsque l'on s'efforce de retracer la vie d'un homme comme Martinez de Pasquali, car en permanence, il nous échappe.
S'il y a une histoire officielle, qui est celle des Césars et des Napoléons, celle des hommes qui font en sorte qu'on parle d'eux, il y a très certainement aussi des hommes qui font une autre histoire.
Cette histoire dont on ne parle pas, et cette histoire-là, c'est celle qui m'intéresse, et j'ai peut-être tendance à croire aussi qu'elle vous intéresse, cette histoire-là, elle manifeste dans le monde, dans l'histoire précisément, quelque chose que l'histoire officielle, l'histoire d'Emmanuel Scolaire, ne nous révèle pas.
On a dit souvent que l'histoire officielle, c'est un peu l'histoire des crimes, et c'est une histoire par conséquent où le mal a une forte, très forte empreinte.
Eh bien, il y a une autre histoire, qui est beaucoup moins en surface, qui est celle de ces hommes dont on ne parle pas, et qui révèle ce que j'appellerais volontiers une historiosophie, c'est-à-dire une présence de la sagesse dans l'histoire, à travers des hommes qui sont porteurs de cette sagesse.
Et je crois, pour ma part, qu'on peut ranger Martinez de Pasquali dans cette catégorie-là.
J'ai rappelé le mot d'André Breton, qui justement, s'élevant contre l'histoire d'Emmanuel Scolaire, disait finalement « l'histoire qui nous intéresse, ce n'est pas celle-là ».
Ce qui nous intéresse, disait Breton, et il le prenait à titre d'exemple, c'est « nous voulons savoir d'où venait et où allait Martinez de Pasquali ».
Alors, j'espère que ce soir, nous allons essayer ensemble de répondre à la question que se posait André Breton « d'où venait et où allait Martinez de Pasquali ».
Nous sommes à Toulouse. On dit 760. Un homme se présente. Il parle assez mal le français.
Il se présente dans les loges maçonniques de Toulouse et particulièrement dans les loges dites de Saint-Jean-Réuni.
Et il se présente avec une fonction. Il se présente comme inspecteur général d'une grande loge dite de Charles-Édouard Stuart, c'est-à-dire du prétendant, dont nous savons, parce que lui-même nous l'a dit, qu'il n'a pas été maçon. C'est-à-dire que l'histoire de Martinez de Pasquali commence véritablement par une énigme.
Voilà un homme qui se réclame d'une grande loge dont on ne sait rien, laquelle aurait été dirigée par un personnage, Charles-Édouard Stuart, qui nie avoir été franc-maçon.
Afin de faire valoir ses droits, Martinez de Pasquali produit une patente. Cette patente est rédigée en anglais.
Elle a été conservée. Elle a été consultée à la fin du XIXe siècle par un historien qui s'appelait Loussel.
Puis elle a été perdue depuis. Je n'ai pas perdu tout espoir de la retrouver. Mais en tout cas, ce document est perdu.
Et nous n'en savons que ce qu'a bien voulu publier à l'époque le fameux Loussel.