La magie sexuelle
Depuis la nuit des temps, les hommes et les femmes usent de la magie sexuelle. A travers l'emploi de talismans et de filtres d'amour, de rituels précis et de pratiques ascétiques, ils détournent en effet la sexualité de la procréation ou du plaisir en vue d'obtenir des pouvoirs spéciaux et d'agir sur la réalité : favoriser la vie amoureuse, vaincre l'impuissance, empêcher l'infidélité, se faire aimer de quelqu'un, ou encore trouver l'extase, se fondre dans le divin.
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Sarane Alexandrian revient sur le sujet en nous expliquant comment elle fut utilisée par les autorités religieuses ou politiques, qu’elle était son importance au cours des différentes périodes de l'histoire. Il poursuit en évoquant les grands théoriciens ou praticiens de la magie sexuelle que furent, entre autre, Julius Evola, Aleister Crowley, Pascal Beverly Randolph, Maria de Naglowska et Joséphin Péladan. Les pouvoirs de la sexualité: affabulation ou réalité? Réponse dans cet exposé de 66 minutes.
Extrait de la vidéo
Qu'est-ce que la magie sexuelle ? Je vais faire un exposé sur la magie sexuelle que j'ai étudié dans plusieurs livres et articles, toujours de façon différente et complémentaire, en apportant des événements nouveaux. Pour définir la magie sexuelle, il suffit d'indiquer son but principal. C'est utiliser la sexualité, non pour la procréation ou pour le plaisir, mais pour obtenir des pouvoirs spéciaux permettant d'agir sur la réalité.
Pour ça, il faut associer la sexualité à des rites, à des formules incantatoires et à des pratiques ascétiques particulières. Mais il y a un autre aspect de la magie sexuelle, qui consiste à favoriser la vie amoureuse par des procédés magiques. Par exemple, se faire aimer de quelqu'un en lui administrant un filtre d'amour, en accomplissant un avoutement, vaincre l'impuissance en portant un talisman fabriqué exprès, empêcher l'infidélité d'une femme ou d'un mari par des sortilèges, etc.
Ces deux formes de la magie sexuelle ont été pratiquées dès la plus haute antiquité et ont donné lieu à des actions extraordinaires chez les individus et parmi diverses communautés. Dans mon histoire de la philosophie occulte, la dernière partie s'intitule « La magie sexuelle » et traite presque exclusivement de la magie noire, c'est-à-dire de la magie qui invoque le diable ou un de ses démons pour se réaliser.
La civilisation gréco-romaine ne connaissait pas la magie noire parce qu'elle ignorait le diable et dans sa mythologie, elle n'avait aucun protagoniste qui lui était comparable. Ce sont les croyances judéo-chrétiennes qui ont fait apparaître, dès les premiers siècles de notre ère, Satan et qui ont assimilé toute la magie au satanisme. C'est dans l'histoire de la sorcellerie qu'on trouve d'abord la méthode et les principes de la magie sexuelle de l'Occident.
Les sorciers et les sorcières des campagnes étaient des paysans auxquels les villageois attribuaient des pouvoirs surnaturels qu'ils avaient acquis par leurs accointances avec leur diable. Certains se protestaient avec indignation contre cette calomnie, mais d'autres la revendiquaient parce que ça les faisait redouter et qu'ils en tiraient profit. En effet, on venait leur demander de tous côtés des remèdes ou des procédés de maléfice pour se tirer vengeance des ennemis.
Par exemple, ce sont les sorcières qui fabriquaient les filtres d'amour. Les filtres d'amour avec des plantes hallucinogènes comme la bellodone, la justiame, le stramoine qui provoquaient des hallucinations, des visions, des danses frénétiques ou de la stupeur. Mais ces filtres provoquaient aussi des empoisonnements mortels. C'est en buvant un filtre d'amour que lui avait donné sa femme la duchesse de Plèze que Charles VI bourrut.
Quand on interdit sous peine de mort la fabrication de ce genre de breuvages, on fabriqua à la place des poudres, ce qui était moins nocif, des poudres qui contenaient les mêmes ingrédients, desséchées et pulvérisées, et qu'on lançait sur la personne à séduire. Au Parlement de Paris, par exemple, en 1480, on a jugé un étudiant qui avait voulu se faire aimer d'une jeune fille en lui mettant dans son corps décolleté entre ses seins un rouleau de parchemin vierge contenant une poudre incitante à l'amour.
L'avocat du jeune homme dit qu'il était excusable car il ne lui avait pas fait prendre une potion pour l'empoisonner. Mais l'avocat de la jeune fille dit que le fait qu'il lui ait administré une poudre faisant agir contre sa volonté le rendait aussi condamnable. Ce qui prouve que la justice prenait au sérieux les cas de magie sexuelle et ne le considérait pas du tout comme des superstitions populaires.
Ce sont les sorciers qui fabriquaient les anneaux magiques pour se faire aimer. Mais ce sont les sorcières qui étaient spécialisées dans le nouement de l'aiguillette, c'est-à-dire le fait de rendre à un homme impuissant le jour de ses noces par une cérémonie, par un acte qui consistait à nouer trois fois un lacet de pantalon, le lacet qui servait à fermer la braguette, et cela pendant la cérémonie du mariage.
La sorcière était généralement payée par un rival malheureux qui voulait se venger, naturellement, de celui qui lui dérobait sa bien-aimée. Pendant la cérémonie du mariage, le nœud était fait trois fois à trois moments différents et le marié était censé ne plus pouvoir accomplir l'acte conjugal ni la nuit de ses noces, ni la nuit suivante. Et ce qui est extraordinaire, c'est qu'effectivement, il y a des plaintes continuelles d'hommes qui se sentent impuissants en ayant l'impression qu'ils ont été ensorcelés de cette façon-là.
C'est un phénomène d'autosuggestion, à tel point que les jeunes filles, les jeunes mariés, avaient pris l'habitude, au moment de la cérémonie de danse, de laisser, quand on leur passait au doigt l'anonyme sian, de les laisser tomber par terre. Ça évitait que leur mari aurait, elle, une aiguillette douée. Et le rituel d'Evreux, en 1606, je crois, quelque chose comme ça, a interdit aux jeunes mariés de faire ce geste dans l'église sous peine d'excommunication.
Alors, les médecins et les théologiens ont examiné toutes sortes de solutions pour que ces cas d'impuissance soient guéris et finalement, ils ont admis que la seule façon, c'était de retrouver la sorcière qui avait fait les nœuds et de lui demander de les défaire. Et on a en cite différents cas où ça s'est passé, où le mari est redevenu normal et impuissant après cette chose-là. Vous voyez que, donc, dans ces mœurs, il n'y a pas du tout, ce n'est pas uniquement des superstitions comme ça fugitives, ce sont des croyances enracinées.
Ce sont des croyances enracinées auxquelles des gens naïfs adhèrent, mais encore des gens très savants. Et ils le font au nom des traités de théologie, au nom de toutes les considérations qu'on fait sur la démonologie. L'existence de la sorcellerie a fini par causer des troubles et des inquiétudes constantes dans les campagnes. Naturellement, chaque fois qu'il se passait quelque chose, que les choses allaient de travers, on l'attribuait à des sorciers ou à des sorcières.
La sorcellerie était une cause d'inquiétude et de trouble dans la population. Tout ce qui allait de travers lui était imputé. Un champ dévasté par la grêle, un troupeau de bétails qui mourait, des maladies qu'on ne comprenait pas, comme l'épilepsie, la fausse couche d'une femme, etc. Ce fut une bulle du pape 1908 en 1484 qui déclencha dans toute l'Europe les grandes persécutions des sorciers et des sorcières.
L'Inquisition les assimila à des hérétiques et multiplia contre eux les procès et les condamnations aux bûchers.