L'élève et l'initiateur
Après la caractérisation des rapports subtils et complexes de l’élève et de son initiateur, Jean Pataut spécifiera les qualifications particulières du maître, puis rappellera les droits et les devoirs de chacun dans cette alliance singulière.
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Extrait de la vidéo
Le domaine de l'élève et de son initiateur Ce soir, nous abordons un domaine très singulier et qui est celui des rapports entre l'élève et son initiateur, ou plutôt, à une gamme au-dessus, entre le disciple et son maître.
C'est un domaine complexe, aux multiples aspects, et qui est régi par des normes nombreuses et souvent très rigoureuses.
Deux remarques préliminaires.
C'est en qualité d'élève, de l'élève que je suis depuis environ un demi-siècle, que je parlerai ici, et non pas au titre d'initiateur, et bien sûr encore moins de maître.
Une deuxième remarque.
La multiplicité des observations à formuler sur ce sujet, comme la diversité de leur nature, fera de cet exposé une suite de notations successives, souvent dispersées, un peu comme s'il s'agissait d'un puzzle.
Ne soyez donc pas trop déroutés si nous passons très souvent et brusquement d'un domaine à un autre.
Quitte pour vous à reconstituer le puzzle.
Cet exposé comprendra trois parties, relatives d'abord aux principales spécificités des rapports si particuliers entre l'élève et son initiateur, ensuite aux caractéristiques et aux qualifications du maître, du maître-initiateur, enfin aux droits et aux devoirs d'une part de l'élève, d'autre part du maître.
Alors je me répète, trois parties.
La première est relative aux spécificités des rapports entre ces deux êtres, ensuite les caractéristiques ou les qualifications du maître, c'est très particulier, et enfin aux droits et aux devoirs de chacun des deux partenaires.
Première partie, disons les principales caractéristiques, les principales spécificités de ce rapport singulier.
En effet, au cœur de notre problème, il y a le problème de la transmission, le maître ou l'initiateur transmet.
Et la transmission n'est pas bien sûr celle qui se fait à l'école ou à l'université où le professeur enseigne un savoir, la géographie, la grammaire, une langue étrangère, un savoir qui ne modifie pas fondamentalement l'élève et qui n'implique pas une modification, enfin une structure particulière de l'être du professeur.
Dans le cas qui nous intéresse ce soir, c'est évidemment toute autre chose, parce que ce que le maître enseigne modifie l'élève, il est transformé par définition par cet enseignement, ou alors ce n'est pas une initiation.
C'est une première remarque fondamentale sur laquelle nous reviendrons au moins indirectement.
Une autre remarque sur ce sujet, c'est que l'enseignement de l'initiateur ou du maître n'est pas nécessairement un discours discursif et explicatif.
C'est le cas souvent dans ce qu'on appelle la gnose.
Dans la quête de la gnose, il y a souvent une explicitation de nature philosophique ou théologique.
Mais il y a une quantité d'écoles où ces choses n'ont pas cours.
Par exemple, dans le tir à l'arc japonais, l'élève apprend à tenir son arc, à tenir la flèche, etc.
Il y a très peu de discours discursif.
C'est encore le cas, par exemple, je saute volontairement du coq à l'âne, apparemment, dans l'antiquité gréco-latine et dans l'Égypte ancienne et encore maintenant, certaines écoles initiatiques font transiter l'élève dans ce qu'on appelle transiter dans les plans.
Dans les plans astrales ou au-dessus.
Cette opération se fait généralement pendant le sommeil.
Autrement dit, il n'y a pas là non plus de discours discursif.
Dans le hatha yoga, troisième exemple, l'élève est amené à prendre des postures qu'on appelle asanas et il y a assez peu d'explications du maître.
Le rapport de l'élève à l'initiateur est, suivant l'expression zen, c'est un rapport de mon âme à ton âme.
Le mot âme étant d'ailleurs pris dans un sens flou parce qu'il ne concerne pas que le psychique, il concerne aussi tous les plans de l'être, de l'être de l'élève, c'est-à-dire le physiologique, le psychique et ce qu'on appelle le spirituel ou si vous préférez le pneumatique.
Je reviendrai directement sur ces notions.
Autrement dit, le rapport de l'élève à l'initiateur et surtout du disciple au maître, c'est un rapport complet qui implique une forme de profonde intimité et qui est surtout caractérisé par la subtilité du rapport.
C'est surtout cela.
C'est toutes les difficultés d'en parler d'ailleurs.
Je voudrais faire une parenthèse de vocabulaire.
J'ai plusieurs fois utilisé le mot élève-initiateur-disciple-maître.
Ce n'est pas tout à fait la même chose et ces mots peuvent être pris de bien des façons.
Par exemple, le mot maître, dans le langage rosicrucien, concerne l'initié qui a franchi la porte des dieux, c'est-à-dire c'est un état initiatique ultime.
Dans le langage, je dirais, ésotérique de notre société, le mot maître est beaucoup plus flou et il me semble qu'il peut correspondre, je dis qu'il peut, non pas qu'il doit, qu'il peut correspondre à ce qu'on appelle aussi l'adepta.
Dans l'arbre de vie, l'adepta concerne l'initié qui atteint au moins Tifaret ou qui se trouve au-dessus de Tifaret.
C'est dans ce sens-là que j'utiliserai ici ce soir le mot maître.
Le mot initiateur, lui, n'a pas un sens très particulier, c'est une fonction, c'est celui qui initie, c'est dans ce sens que j'utilise le mot initiateur.
En réalité, l'initiateur peut se trouver à un niveau initiatique bien inférieur que l'adepta.
Il peut être lui-même sur la première marche de l'escalier, s'il initie quelqu'un qui est un peu plus ignorant encore que lui, il est déjà initiateur.