Ces hommes qui ont fait l'Alchimie au siècle dernier
Patrick Burensteinas et Philippe Buchelot sont tous deux tombés dans le chaudron de l’Alchimie très jeune.
Leur connaissance de cet "Art Royal" est donc vaste, tant d’un point de vue historique que pratique.
Cet échange, animé par Cédric Mannu, lui-même biographe d’Eugène Canseliet, nous propose donc une visite de l'alchimie du XXème siècle et de ses éminentes figures:
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Souvent hommes de science, connus et moins connus….
Nous aborderons ainsi des personnalités aussi diverses que Fulcanelli, Pierre Dujols alias "Magophon", André Savoret, Eugène Canseliet, Roger Caro, Jean Dubuis, mais aussi Achille Lebel, Jean-Julien Champagne.
Nous aurons aussi le plaisir de découvrir les figures alchimiques représentant l'école grecque, et d'aborder des personnalités comme Paul Decoeur.


A travers cette mosaïque de personnages, ce sont différents courants de l'alchimie qui seront visités avec, émaillés ici et là, quelques fragments du Grand Œuvre, dont nos deux intervenants tenteront de soulever certains voiles, pour notre plus grand plaisir.
Extrait de la vidéo
Bonsoir, vous êtes nombreux à nous regarder ce soir, ce dont nous nous réjouissons, donc avec nous ce soir Patrick Duensteinas qui est alchimiste, auteur d'un certain nombre d'ouvrages sur le sujet de Bonallois avec dernièrement un ouvrage tout à fait remarquable et assez atypique avec une impression en plus qui s'est faite dans tout un tas d'aspects de démarches de qualité si je me souviens bien avec des gravures pressées à l'ancienne donc peut-être un petit mot là-dessus Patrick pour commencer Oui, on a voulu, l'alchimiste étant lié à la tradition et à la transmission donc on a voulu suivre ce chemin et donc j'ai fait un fonds de dotation pour pouvoir récupérer tous les livres d'alchimie originaux et pour pouvoir les sortir du système financier.
C'est pour permettre aux cherchants de pouvoir accéder à ces livres gratuitement donc on est en train évidemment de bâtir ça, on a déjà un certain nombre de livres intéressants et puis toujours dans la même tradition j'ai eu envie de faire un ouvrage d'alchimie c'est à dire c'est des alexandrins et puis il y a cette gravure et évidemment l'idée c'est de dire aux cherchants amusez-vous, fouillez, cherchez et puis même si vous ne comprenez pas tout de suite il y aura des ambiances, il y aura des choses qui vont peut-être dépasser les livres.
C'est ce qu'on voit avec les livres anciens d'alchimie aussi, c'est que c'est pas forcément celui qui l'a écrit qui est important mais c'est les mains par qui s'est passé, les notes qu'on va trouver en bas de page, ça devient un objet vivant et donc cet objet est devenu un objet vivant, on l'a appelé l'hectaglion puisque il y a cette gravure et on a fait une version tout public donc bon marché et on a fait une version de luxe pour justement amener de l'argent aux fonds de dotation, c'est à dire que 100% des bénéfices qui sont faits pour cet hectaglion là vont pour la fondation qui va nous permettre d'acheter des livres pour les cherchants.
Alors avec nous aussi ce soir pour répondre un petit peu aux questions qui se poseront en deuxième partie et puis pour réveiller le débat avec Patrick Durenstein-Nasse, nous avons le plaisir d'avoir Philippe Buchelot qui est historien, notamment historien d'alchimie et par ailleurs aussi astrologue, astronome en partie et même alchimiste à César. Philippe ? Oui bonsoir, on peut dire ça oui à César parce que effectivement le travail en alchimie est très exigeant, rencontrer le monde tel qu'il est aujourd'hui et de faire un peu en alchimie c'est un petit peu chercher des conditions exceptionnelles, c'est possible pour certaines personnes moins facilement pour d'autres et bon c'est vrai qu'il faut parfois un petit peu se batailler avec la vie quotidienne pour dégager du temps, pour continuer la recherche, pour surtout continuer à ce que le laboratoire soit effectif et plus un rêve et plus comme pour beaucoup de gens actuellement je pense, une quête qui est un petit peu inaccessible parce que les conditions pour réaliser un laboratoire alchimique deviennent de plus en plus difficiles lorsqu'on n'est pas plongé dans un contexte qui est favorable dans ce sens donc effectivement je suis aussi alchimiste et je dirais que c'est malheureusement ce que je peux le moins développer concrètement actuellement mais ça ne m'empêche pas de rester quand même très attentif à tout ce qui s'est produit et notamment je salue forcément la publication de l'Heptalion de Patrick von Schreinemann qui est effectivement la dernière publication alchimique qui respecte la tradition alchimique en date, c'est la seule de plus d'ailleurs.
Donc on voit là ce parcours Patrick entre laboratoire, oratoire, oralité du texte et puis pratique spirituelle d'une métallurgie sacrée pour essayer de dégrossir vaguement ce que pourrait être une définition sommaire d'un courant alchimique. Je pense qu'il y a deux, pour moi en tout cas, encore une fois tout ce que je dis n'engage que moi mais pour moi dans les voies alchimiques, en dehors de la voie sèche, la voie humide, la voie royale, il y a deux choses.
Il y en a une qui est purement mécaniste, c'est-à-dire qu'on imagine que la pierre philosophale c'est des morceaux de quelque chose caché dans quelque chose d'autre et qu'il va falloir aller les chercher à l'intérieur, les récupérer avec une passoire ou une petite cuillère et ensuite les assembler. C'est-à-dire qu'en réalité la pierre est déjà dans la matière première et il suffit de justement extraire les principes.
Il y a un autre courant qui ne dit pas du tout que la pierre n'est pas de ce monde. C'est-à-dire que la seule chose qu'on est capable de faire nous c'est un réceptacle, une coupe et si cette coupe est correctement faite, si elle est suffisamment pure, alors il peut tomber quelque chose d'autre à l'intérieur. Comme on dit tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et peut-être qu'on va retrouver cette espèce de communion entre le haut et le bas.
Alors ça veut dire, et encore une fois c'est quelque chose que j'ai vraiment envie de dire maintenant, c'est que pour moi l'alchimie n'est pas une proto-chimie. C'est-à-dire que ce n'est pas une ancienne chimie et puis c'était des gens un peu simplets qui ont trouvé des trucs par hasard et puis ensuite ils ont donné ça à la chimie. Moi je ne pense pas. Je pense que leur motivation n'était pas du tout dans la matière.
D'ailleurs on parle de pierre philosophale et pas de pierre technique. Donc pour moi il y a une démarche qui est philosophale. Il n'empêche que, comme le disait Philippe, pour moi le labore est indissociable. C'est-à-dire qu'on doit se confronter à la matière, on doit travailler avec la matière.
Parce que si on ne fait aucune coupe, rien jamais ne pourra me descendre à l'intérieur. Et si c'est de coupe, quand je dis coupe, il faut entendre réceptacle, quelque chose de capable de recevoir, quelque chose et surtout de le retenir, pas seulement de le recevoir, mais de le retenir. Et là on va voir à l'intérieur le fameux laboratoire. C'est-à-dire que peut-être que le laboratoire ce n'est pas l'endroit où on travaille, mais c'est peut-être à l'intérieur du creuset qu'il y a le vrai laboratoire entre le rouleau et le bain.
Alors pour rentrer un peu plus dans les détails du laboratoire, dans l'alignée d'un fulcanelli ou d'un corselier, on a beaucoup entendu parler d'un minerai qui est l'antimoine, pour son nom plus technique, Stibine, désigne aussi un minerai très précis qui n'est pas simplement le métal, mais extraite, mais est effectivement un sulfure. Donc peut-être pouvez-vous nous éclairer un petit peu, tous les deux, sur ce que représente le laboratoire au regard de ce sulfure, extraction ou pas extraction, qu'est-ce que ce travail peut avoir ?
Déjà la première chose, c'est qu'on ne parle jamais de la matière première. C'est-à-dire que vous savez en alchimie on dit beaucoup de choses. Mais d'ailleurs Fulcanelli dit à un moment l'antimoine est la matière première, puis un peu après il dit l'antimoine n'est pas la matière première. Et il a effectivement raison.
Donc il y a quelque chose d'assez intéressant avec les alchimistes, c'est qu'ils parlent de leur antimoine. On ne parle pas d'un antimoine vulgaire, on parle d'un antimoine. Alors rien ne prouve que c'est de l'antimoine et que le grand oeuvre commence par ça.