Physique contemporaine et Tradition occidentale
Si la tradition est communément l'ensemble des doctrines pratiques, religieuses ou morales, transmises de génération en génération, la Tradition admet une tout autre définition qui la pose comme l'héritage de l'ensemble des connaissances portant sur l'évolution spirituelle de l'homme.
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Intérieure à celui-ci, elle nous enseigne sur sa position dans le cosmos et sa relation avec les différents mondes. Stable et permanente, elle témoigne de l'unité dans la diversité. La science est, quant à elle, l'invention de théories nouvelles de plus en plus aptes à décrire la réalité. Basée sur l'expérimentation, qui est son "juge suprême", elle sonde la multiplicité du vivant.
Est-elle anti-traditionnelle pour autant?
Si la science et la Tradition semblent s'opposer, qu'en est-il de leur relation? Ne sont-elles pas chacune d'elles les signes d'une réalité unique et universelle? C'est à cette réflexion que nous invite Basarab Nicolescu dans cet exposé de 47 minutes.
Extrait de la vidéo
Physique Contemporaine et Tradition Occidentale Physique Contemporaine et Tradition Occidentale Permettez-moi de commencer par une citation de Rumi dans les livres du Dédan.
Et ce sera un peu la ligne directrice de ma conférence.
Alors, quelques mots sur Tradition, les mots Tradition, au singulier, au pluriel.
Les mots Tradition, provenant du mot latin tradere, qui signifie remettre, transmettre, portent en lui-même une contradiction qui est lourde de conséquences.
Dans une première acception, familière, usuelle, les mots Tradition signifient manière de penser, de faire ou d'agir qui est un héritage du passé.
Et il est ainsi lié aux mots coutumes et habitudes.
Dans ce sens, on peut parler des traditions académiques, des traditions de la comédie française ou des traditions newtoniennes.
Dans la science, la tradition représente une tentative de momification, de préservation à tout prix d'une certaine théorie, d'une certaine manière de concevoir la réalité.
Il est bien évident que selon ce premier éclairage du mot Tradition, la science est par essence anti-traditionnelle, car elle concerne la recherche de l'inconnu, l'invention sous la pression des faits expérimentaux, des théories nouvelles, des mieux en mieux adaptées à décrire la réalité.
Dans une deuxième exception, moins courante, la tradition signifie l'ensemble des doctrines, pratiques religieuses ou morales transmises de siècle en siècle, originellement par la parole ou par l'exemple, et aussi l'ensemble des informations plus ou moins légendaires relatives au passé, transmises d'abord oralement de génération en génération.
C'est donc cette définition.
La tradition englobe les différentes traditions, chrétiennes, juives, islamiques, bouddhistes, soufis, etc.
Et pour éviter toute confusion entre les deux, deux exceptions du mot Tradition, on peut les désigner par écrit, avec une majuscule, car nous nous référons à la deuxième tradition.
Dans la conférence parlée, évidemment, je ne veux pas mettre des majuscules.
Donc, la tradition concerne donc essentiellement la transmission d'un ensemble des connaissances sur l'évolution spirituelle de l'homme, sur sa position dans les différents mondes, sur sa relation avec les différents cosmos.
Cet ensemble des connaissances est ainsi inévitablement invariant, stable, permanent, malgré la multiplicité des formes assumées dans sa transmission et malgré des distorsions introduites par le temps et l'histoire.
Si la transmission est plus souvent orale, elle peut pourtant s'effectuer aussi par la science des symboles, par les écrits, les œuvres d'art, par les mythes ou les rites.
Et les connaissances traditionnelles s'inscrivent dans les temps immémoriaux.
Mais il sera vain, à mon sens, de rechercher une source de la tradition.
Dans ses racines profondes, la tradition peut être conçue en dehors de l'espace géographique et du temps historique.
Elle est éternellement présente, ici et maintenant, dans chaque homme, dans chacun d'entre nous, dans un continuel jaillissement.
La source de la tradition ne peut être autre que métaphysique.
En s'adressant à ce qui est essentiel dans l'homme, la tradition est une actualité immédiate.
Mais la tradition existe aussi dans l'espace et dans le temps.
Si son contenu est unique, la forme dans laquelle elle se manifeste, les langages dans lesquels elle s'exprime, sont d'une grande diversité, sous l'influence inévitable de l'histoire, de l'environnement culturel.
Une des idées fondamentales de la tradition, celle de l'unité dans la diversité, et de la diversité par l'unité, s'applique à la tradition elle-même.
La multiplicité des branches d'un arbre n'empêche pas l'existence d'un tronc unique.
Un arbre sans branches serait un arbre pourri, un arbre mort.
Alors, quelques mots sur science et tradition conçus comme deux pôles d'une contradiction.
Car tout semble séparer science et tradition.
La connaissance traditionnelle est fondée sur la révélation, sur la contemplation, sur la perception directe de la réalité.
A l'autre pôle, la connaissance scientifique, tout du moins sous sa forme contemporaine, la seule qui nous intéresse dans cette conférence, est fondée sur la compréhension de la réalité par l'intermédiaire du mental, par l'intermédiaire des constructions logiques et mathématiques.
La connaissance traditionnelle présuppose le silence du mental, par la suppression des associations logiques ordinaires, tandis que la connaissance scientifique est possible justement grâce à l'activation aussi intense que possible du mental.
La recherche traditionnelle accorde une très grande importance au corps, à la sensation, aux sentiments, à la foi, tandis que la recherche scientifique exclut le propre corps du chercheur, ses sensations, ses sentiments, sa foi, du domaine de l'observation et de la formulation des lois.
Le seul instrument appartenant au corps humain, toléré par la science, est le cerveau, le cerveau du chercheur, et ses structures logiques inhérentes et communes à tous les chercheurs.
Les différents appareils de mesures expérimentales sont supposés être dotés d'une objectivité intrinsèque, d'une indépendance quasi absolue de la volonté du chercheur lui-même.
La pensée traditionnelle a toujours affirmé que la réalité n'est pas liée à l'espace-temps, elle est.
Les chercheurs traditionnels s'imposent volontairement, par un travail long et acharné, une annihilation de sa propre identité spatio-temporelle dans le but de retrouver son être, son être véritable, par la dissolution dans la réalité unique, toute embrassante, qui n'admet pour être connue aucune séparation, aucune impureté due à la projection dans l'espace et dans le temps.