Au-delà de Darwin, pour une autre vision de la vie 1/2
La vision darwinienne classique nous dit que l'évolution est un phénomène imprédictible et que si celle-ci devait se reproduire un jour, dans les mêmes conditions, sur une autre planète, elle donnerait des résulats complètement différents.
Pour Jean Staune, une autre vision est possible. S'appuyant sur des résultats scientifiques récents venant de la paléontologie, la biochimie ou la génétique, il montre que, comme tous les autres phénomènes, l'évolution obéit à des lois et est donc en partie prédictible et reproductible.
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Cette thèse confirme les intuitions de précurseurs comme Pierre Teilhard de Chardin.
Sommes-nous donc le résultat accidentel d'un processus imprédictible ou notre existence s'inscrit-elle dans un processus ayant une logique quelconque? Réponse de l'auteur dans cette première vidéo conférence.
Extrait de la vidéo
Donc, bonsoir à tous pour cette avant-dernière soirée de ce programme semestriel.
Aujourd'hui, comme vous le savez, c'est moi qui fais l'intervention sur le thème « Au-delà de Darwin, pour une autre vision de la vie ». C'est en fait, comme disent les anglo-saxons, un « work in progress ». C'est en fait une présentation des idées principales qui seront dans mon prochain ouvrage, qui doit apparaître logiquement fin septembre, début octobre, sous ce titre.
Donc, dans pas très longtemps, il n'est pas encore écrit, mais certains chapitres sont déjà écrits.
Et donc, je vais vous présenter quelques-unes des idées maîtresses pour qu'on puisse en discuter, évidemment.
Et puis ensuite, dans une deuxième partie, car il y a deux parties très différentes, je vais présenter des choses qui ne seront pas dans le livre, peut-être dans un livre suivant, mais celui-là n'est pas encore signé, ni commencé, et qui ont lieu plus, je dirais, à des problèmes de façon politique de parler de ces questions-là, de tous les débats autour de l'évolution.
Et donc, ce sont des choses qui sont plus de l'ordre.
Donc, la deuxième partie est sur les manipulations darwiniennes, la première partie est sur la biologie elle-même.
Donc, la deuxième partie est beaucoup plus sur des questions, je dirais, de stratégie, de politique, pas au sens politique-politicienne, mais au sens, justement, de lobbying pour les idées et d'autres.
Donc, c'est deux parties bien distinctes, et donc, je propose qu'on fasse un débat sur chaque partie, puisque, justement, elles sont toutes les deux très distinctes.
Donc, pour cette première partie, et donc, j'allais dire la plus noble, puisqu'on s'occupe de questions fondamentales, la question que je pose ici, c'est, l'évolution est-elle reproductible et prédictible, ou bien donnerait-elle des résultats complètement différents si elle devait recommencer dans un environnement identique ? C'est une question énorme qui est discutée par beaucoup de scientifiques, le plus connu étant Stéphane J. Gould, dont un certain nombre d'entre vous ont certainement lu la plupart des ouvrages, et Gould accumule les phrases.
Je n'ai pas voulu faire des choses avec trop de transparents, donc je pourrais vous référer aux ouvrages de Gould, mais principalement des ouvrages comme La vie est belle, par exemple.
Dans La vie est belle, il prend la faune de Burgess Shell, c'est une faune qui est très ancienne, d'à peu près 530 millions d'années, et il montre, en gros, qu'il y a toute une série de bestioles extraordinairement diverses dans cette faune d'il y a 530 millions d'années, et que beaucoup de ces bestioles n'ont aucun descendant actuel, d'autres ont donné comme descendant les crabes, les araignées, les mollusques, etc., et puis il y a Pikaïa.
Pikaïa, c'est une petite bestiole qui ressemble un peu à un gros ver, mais avec déjà une espèce de corde, c'est-à-dire un embryon de colonne vertébrale.
Et donc Pikaïa, pour Gould, est l'ancêtre de tous les vertébrés, et donc de nous-mêmes les mammifères.
Et donc le raisonnement de Gould est le suivant, si Pikaïa avait disparu et n'avait pas connu de succès il y a 530 millions d'années, on ne serait pas là pour en parler, et les choses seraient totalement différentes.
Et donc Gould redit et redit sans cesse cette idée, si vous rejouez en quelque sorte l'évolution, si vous repartez, bien sûr sur une planète dans des conditions identiques, on ne va pas aller sur Vénus où il fait 400 degrés, ou dans une planète où il n'y a que de l'acide chlorhydrique dans l'atmosphère, non.
Si on est sur une planète où il y a de l'eau et effectivement des conditions proches de l'eau et de la Terre, parce qu'une planète où il n'y aurait que de l'eau, c'est aussi possible, ça serait évidemment très différent aussi.
Donc la grande question c'est celle-ci, sur une planète qui aurait des conditions de température, de pression, de présence d'eau proches de la Terre, si on rejoue le grand jeu de l'évolution, est-ce que, oui ou non, on retrouvera quelque chose d'identique ?
Et l'idée de Gould, c'est de dire évidemment non, et sur ce plan-là, il faut noter, et c'est intéressant, que toutes les écoles darwiniennes sont d'accord.
Si vous demandez à Richard Dawking, dont je dirai un petit peu tout à l'heure dans ma deuxième partie, même si ça ne fait pas le centre du sujet des manipulations darwiniennes, mais je vous dirai un petit peu comment effectivement Gould et Dawking se font la guerre avec des mots qui sont parfois bien pires que les mots qu'on peut entendre entre créationnistes et darwiniens, c'est quand même intéressant de savoir ça, eh bien ils sont au moins d'accord tous les deux sur une chose, ils sont d'accord sur le fait que l'évolution, l'espace des possibles est très très vaste.
Pour Dawking, il est encore plus vaste que pour Gould, et pourtant Gould insiste énormément sur cette contingence, sur ce hasard, sur le fait que effectivement si tel événement, si le météorite n'était pas tombé sur la tête des dinosaures, vous savez, il y a 65 millions d'années, si il y a 530 millions d'années, comme je l'ai déjà dit, Pikaïa n'avait pas réussi à s'en sortir, eh bien on ne serait pas là et il n'y aurait peut-être jamais eu d'êtres vivants organisés sur Terre.
Donc, Dawking, lui, a un raisonnement qui est différent, mais qui va exactement dans le même sens.
Il y a un espace des possibles, vous voyez, ça c'est l'ancêtre commun ici, et ça c'est une trajectoire, une trajectoire dans le chemin de l'évolution, et là vous avez un joli demi-cercle, comme ça, et ici vous avez les hommes, les chimpanzés, les chiens, et puis là vous avez les calamars, et puis là vous avez les bactéries, et puis là vous avez les plantes vertes, etc., etc., et chaque trajectoire par l'ancêtre commun et par une série d'ancêtres arrive ici, ou là, ou là, et chaque trajectoire a une probabilité quasiment nulle de se produire, mais évidemment quand on gagne au loto, on avait une probabilité quasiment nulle de gagner, parce que récemment, un espagnol a gagné, je ne sais pas, à 130 millions d'euros, je crois, à l'euro-million, sa probabilité était infime, mais bon, il y a bien un vainqueur.
Donc, il y a des vainqueurs au grand jeu de l'évolution, simplement, si on fait les tirages, eh bien, les vainqueurs ne sont pas les mêmes, donc c'est pour ça qu'il faut bien comprendre cette logique, la logique de cette vision, c'est de dire, l'espace des possibles est immense, absolument gigantesque, et donc, une trajectoire qui part d'ici, et qui arrive à un endroit précis, n'a pu se produire qu'une seule fois, pas seulement sur Terre, non, non, non, une seule fois dans l'histoire de l'univers, un certain nombre d'entre vous était ici, vous vous rappelez ce que Michel Morange a dit à la fin, je me rappelle très bien, il était par là, il était en train de circuler par là, et il disait, à un moment, je lui ai posé la question, je lui ai dit, est-ce que vous êtes pour une vision darwinienne, il ne peut pas y avoir un autre être vivant, identique sur une autre planète, pas forcément l'être intelligent, j'avais sorti l'argument de dire, si on trouve un extraterrestre totalement tentaculaire et qui ne ressemble à rien de connu, mais qui nous envoie une photo dans laquelle il tient, par exemple, par exemple, un chat dans les bras, eh bien, justement, ce sera une preuve contre le darwinisme, et Michel Morange a sursauté, a dit, ah oui, c'est justement ce à quoi je ne crois pas, la possibilité d'avoir un chat ou d'avoir un être vivant identique à un être vivant terrestre sur une autre planète.
Donc, c'est ça qui me paraît la question centrale, et un certain nombre d'entre vous ont, bien sûr, lu mon ouvrage, Notre Existence a-t-elle un sens ? Vous savez peut-être qu'il vient de franchir les 25 000 exemplaires, je précise au passage, j'en suis assez fier parce qu'il se vend encore à 300 exemplaires par mois, plus de 2 ans après sa sortie, donc ça montre qu'il s'est vraiment enraciné, contrairement à notre époque de zapping où les choses durent pendant 3 mois ou 4 mois et disparaissent.