La musique comme voie spirituelle

Depuis l'aube des temps, la musique représente un chemin pour les sages. Dans notre société "moderne" où règne l'image, où s'impose le bruit, il est essentiel de redéfinir ce qu'est l'écoute, véritable voie d'accès au spirituel sur laquelle nous conduit Dominique Bertrand dans cet exposé de 33 minutes.

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Extrait de la vidéo

En fait, si on regarde l'histoire de la musique, on s'aperçoit d'abord qu'elle est une histoire.

Parce que lorsqu'on parle de musique, très souvent, on se retrouve dans un concept général qui semble éternel et qui traverserait les frontières, comme ça, d'une manière transparente.

Mais la musique a une histoire et, particulièrement dans la culture occidentale, cette histoire est marquée par un certain nombre d'étapes, d'évolutions, qu'on peut faire démarrer à Pythagore.

Pythagore a, on va dire, mesuré la gamme et donc donné une sorte de rationalité harmonique à un concept qui commençait à naître et qui était le Logos.

Et comment Pythagore a donné au Logos la dimension du nombre en s'appuyant sur les résonances musicales.

Alors, la légende, c'est que Pythagore, se promenant près d'une forge, entend des sons, évidemment, les sons de la forge, et il a l'intuition à ce moment-là que les rapports entre les masses des marteaux et les sons sont en relation.

Et donc, cette intuition, il la mesure et il découvre que ce sont des nombres entiers.

Et les rapports de nombres entiers qui structurent les grandes consonances sur lesquelles s'appuie la musique.

Et à partir de là, il bâtit ce modèle qu'on appelle la musique des sphères.

Ce rapport qu'il y a entre la matière et les nombres devient comme une sorte d'articulation qui lui permet d'ouvrir tout cela au cosmos, c'est-à-dire que tout ce que nous voyons dans l'univers et tout ce qui bouge dans l'univers serait relié par des rapports harmoniques.

Voilà l'invention de Pythagore.

Et à partir de là, ce Logos, on va dire, qui est à la fois de l'ordre du nombre et de la musique, devient comme le socle d'une pensée qui se développe et qui devient la pensée occidentale.

Pendant tous les premiers siècles, on va dire, de l'Occident, la pensée tourne dans cet espace de la musique des sphères et dans cette propriété quasi divine que les nombres prennent comme des supports symboliques.

Alors, le côté grec a été traduit en termes chrétiens où la musique des sphères est devenue le chœur des anges, mais à partir de là, Saint-Augustin, qui était platonicien, et Platon hérite lui-même de Pythagore, ou Boès, qui est le grand théoricien du Moyen-Âge, qui est aussi pythagoricien, continue à soutenir cette image de la musique des sphères.

On est là dans le cadre d'une musique qui est comme la musique grecque.

La musique médiévale occidentale est une musique modale.

Alors, voilà un terme technique dans lequel on peut entendre quelque chose.

La musique modale, c'est d'abord une mélodie, essentiellement une mélodie, qui est fondée sur une note de base qui sert de référence permanente à la mélodie.

Et lorsque plusieurs personnes chantent ensemble, elles chantent toutes la même voix, il n'y a pas plusieurs voix.

Là, nous sommes dans une musique strictement modale qui est fondée sur une référence unique, une note qui est immuable du début jusqu'à la fin du morceau.

Si nous l'interprétons, ce phénomène, imaginons par exemple le chant grégorien dans une chapelle romane, tous ceux qui chantent, chantent la même chose en même temps.

Donc, nous avons affaire à une sorte d'identité entre le « je » et le « nous ».

C'est d'une seule voix que se manifeste la relation à Dieu.

Et puis à partir de là, on voit s'opérer une mutation, c'est l'apparition d'une deuxième voix, puis d'une troisième voix, puis d'une quatrième, puis d'une cinquième.

Et progressivement, les lois modales vont devenir floues.

C'est-à-dire que cette prolifération de plusieurs voix va donner une épaisseur d'abord à la mélodie modale qui, au départ, est strictement linéaire.

Là, il y a une épaisseur, il y a une troisième dimension qui arrive.

Et toute la musique de la Renaissance est donc une sorte d'immense arborescence musicale à partir du tronc modale.

Et à un moment donné, il va y avoir une mutation, qui est que toutes ces notes simultanées vont s'organiser selon de nouvelles lois, qu'on appelle les lois de l'harmonie ou les lois de la tonalité.

Alors cette révolution, elle est importante et elle a été pour moi le point de départ d'une méditation sur le fait qu'en même temps que les lois musicales changent et s'élaborent et s'autogénèrent et s'autocréent, si on peut dire, et bien simultanément nous avons dans tous les domaines de la pensée des mutations radicales.

On va situer ça exactement, on va dire, 17e siècle, en musique c'est Monteverdi et en même temps, nous avons Galilée qui va retourner le ciel sur lui-même, si on peut dire, Descartes qui va faire exactement la même chose en postulant que la question essentielle n'est plus Dieu, mais Ego.

Et tous ces basculements de la pensée correspondent à cette entrée dans un nouvel espace musical.

Alors, ce qui a été ma question, d'abord seul l'Occident a opéré cette mutation, on peut dire que la singularité de la culture occidentale en musique, c'est la musique tonale, à partir de là, la question à laquelle je n'ai pas de réponse, c'est que s'est-il passé à ce moment-là pour que cette floraison et cette fécondation si particulière de la musique modale se déploie dans la musique occidentale, c'est-à-dire quand je dis musique tonale, je dis Mozart, Bach, Beethoven, c'est-à-dire ce qu'on appelle la grande musique.

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