La Divine Conception du retable 3/5
Dans ce troisième volet de 57 minutes, Jean Clergue-Vila décrypte le thème de "la divine conception" niché au sein du fameux retable d'Issenheim de Matthias Grünewald. Partant de la crucifixion du Christ et de ses souffrances, il développe les différentes étapes de l'initiation intérieure de l'homme qui doit en passer par la purification pour atteindre à l'illumination et réaliser l'unification de la terre et du ciel dans sa chair. Pour cela, il s'essaye à une interprétation alchimique de deux panneaux, le "Concert des anges" et la "Vierge à l'enfant", qui sont autant d'entités hiérarchiques nécessaires sur l'échelle du salut.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !


Il revient ainsi sur la lumière divine, le regard de l'ange conducteur, le soufle de feu et la transmutation de la lumière en son, éléments présents lors de la fécondation de l'âme.

Il revient ainsi sur la lumière divine, le regard de l'ange conducteur, le soufle de feu et la transmutation de la lumière en son, éléments présents lors de la fécondation de l'âme.
Extrait de la vidéo
Et bien bonjour, ou bonsoir peut-être, voilà donc la troisième fois que nous nous retrouvons devant ce retable et que nous en pénétrons peu à peu le mystère, voire les arcanes.
Nous avons vu précédemment, donc dans le premier film, comment Grunewald, ce peintre dont nous ne savons presque rien, nous montre par contre son souci d'observation et de réalisme dans le processus de la crucifixion.
Une crucifixion, je dirais, très technologique, par la réflexion qui l'accompagne et comment Grunewald, et d'ailleurs quelques autres, parce qu'il semblerait que Martin Schoengauer comme Hans-Solbein l'Ancien, qui sont ses contemporains, avaient également une réflexion dans ce sens et qui est très éloignée des crucifixions à l'italienne telles que nous les connaissons chez Montaigna, Raphael ou autres, et qui sont des crucifixions tout à fait exaltées.
Là, nous avons vu que le Christ est pratiquement supplicié dans une position tout à fait innomineuse et que, excusez-moi l'expression, mais nous ne sommes plus devant un homme, mais pratiquement une viande fixée sur des crocs.
C'est vraiment le bas du bas du bas que peut atteindre l'espèce humaine dans ce supplice réservé aux esclaves sous l'Empire romain et dans lequel, sinon sur un plan théologique, si on veut estimer que le Fils de Dieu s'est fait homme, il s'est fait homme jusqu'au bout, jusqu'à un stade presque à être considéré comme un animal.
Ça, c'était la première partie.
Dans le second film, on s'était rendu compte qu'il y avait une indicible harmonie dans ce tableau, malgré l'horreur qui souffle sur les témoins.
Cette indicible harmonie nous a conduit à trouver justement un centre d'harmonie, un point à partir duquel toute l'œuvre se composait.
Ce centre nous avait permis quelques tracés, entre autres un tracé global, un grand cercle qui passe par les doigts du Christ et qui enserre le manteau de Jean, de Marie, celui de Jean-Baptiste.
Ayant trouvé ce centre d'harmonie, qui est intéressant du point de vue de la composition picturale, nous nous sommes rendus compte que nous avions des intersections très particulières et nous avons pu en déduire toute une géométrie symbolique avec un carré de la terre, un cercle du ciel et puis un grand cercle de l'extrémité du ciel.
Il y avait un rapport d'harmonie entre la terre et le ciel par l'intermédiaire du fameux rectangle dit doré, c'est-à-dire au nombre d'or.
Ces tracés continuaient et nous nous sommes posés la question de pourquoi nous étions dans une telle complexité qui ne se justifie plus du tout, ni sur le plan esthétique, ni sur le plan de la géométrie sacrée et nous avons eu une esquisse de propositions à partir d'une conception un peu platonicienne du ciel et en nous rappelant que dans l'académie de Platon en Athènes, il y aurait eu une inscription « nul n'en précise, il n'est géomètre ».
Géomètre s'entendant par celui qui mesure la terre comme nous le connaissons aujourd'hui mais une terre qui n'est pas seulement minérale ou liquide mais qui est également disons gazeuse aérienne et que le ciel, l'atmosphère fait partie intégrante de la terre et qu'au-delà du ciel, l'astral également peut-être que etc.
Donc dans la conception platonicienne, il se marque et où il se propose un certain nombre de degrés allant de la terre vers le ciel et il semblerait que les propositions de tracé qui nous sont faites dans cette scène de la crucifixion correspondent à peu près à cette conception.
Nous rappelons que ce retable a été peint dans les années 1505-1516 et qu'à ce moment-là, le néo-platonisme issu de la Renaissance italienne entre autres de Florence mais aussi d'Europe ou de Naples battait son plein et se répandait en Europe.
Avons-nous là un témoignage de ces platonismes de la Renaissance ?
La question est posée et nous tenterons un peu plus tard et surtout dans le prochain film de faire un point sur cette question, point de suspension bien entendu car je crois que nous ne pourrons nous arrêter sur une position définitive en quelques instants.
Nous nous sommes arrêtés la dernière fois sur une explication concernant le panneau Henry et entre autres le sceau brisé qui était ici.
J'avais fait allusion au texte de l'Apocalypse où vous savez qu'un livre scellé est ouvert et que chaque fois qu'un sceau est brisé, il est dit « le sceau est brisé, entrez et voyez ». Puisque nous avons obtenu l'autorisation d'ouvrir ce panneau, nous allons le faire et d'une façon qui ne se fait plus depuis peut-être 150 ou 200 ans, entre autres depuis que le retable a été démonté pour une meilleure exposition et que maintenant les panneaux sont dispersés si on peut dire dans la chapelle du musée d'Utterlinden à Colmar.
Des panneaux qui vont nous ouvrir sur un tel mystère, ça ne se trouve pas brutalement, on va écarter tout doucement et jeter un œil sur ce mystère.
Tout d'abord, essayons d'oublier cette scène de la crucifixion puisqu'à l'instant même de la mort de Christ, d'être livré dans les Évangiles, l'obscurité s'est faite, le soleil s'est moiné.
Eh bien, il ne surgit pas grand-chose.