Le Grand Jeu et la Trandisciplinarité
Exposé de 34 minutes filmé lors du Colloque René Daumal, organisé par le CIRET (Centre International d'Etudes et de Recherches Transdisciplinaires). Basarab Nicolescu (président du CIRET) aborde ici l'approche transdiciplinaire définie entre autre par l'unité de la Connaissance, académique ou non, dans laquelle s'inscrit l'oeuvre de René Daumal.
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Extrait de la vidéo
RENÉ D'AUMAL Qui était cet homme, René D'Aumal ?
Un poète-philosophe ou un philosophe-poète ?
Un pataphysicien ou l'adepte d'un enseignement inconnu ?
Un romantique-mystique ou un mystique-romantique ?
Un chercheur de vérité ou un halluciné de l'absolu ?
Un saint, un martyre, un savant ou un prophète ?
Tout cela à la fois ou encore quelque chose d'autre ?
Pour tenter de répondre à ces questions, je me place dans le contexte de la recherche transdisciplinaire.
La transdisciplinarité concerne, comme le préfixe trans l'indique, ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les différentes disciplines, et au-delà de toute discipline.
Sa finalité est la compréhension du monde présent, dont un des impératifs est l'unité de la connaissance.
L'émo lui-même a été inventé en 1970 par Jean Piaget.
Le concept clé de la transdisciplinarité, dont je veux faire implicitement usage dans tout ce que je vais dire, mais pas très explicitement parce que je n'ai pas le temps, le concept clé est celui des niveaux de réalité.
Dans le contexte de notre colloque, il est suffisant de dire que la transdisciplinarité est une transgression généralisée.
Elle transgresse les frontières entre les disciplines académiques et non académiques.
Bien sûr, au grand désespoir des douaniers disciplinaires.
Les frontières entre sujet et objet, entre science et spiritualité, entre les domaines de la connaissance, entre les cultures et entre les religions, sans les confondre, mais en dégageant ce qui les traverse et les unit.
La transdisciplinarité est fondée sur une méthodologie rigoureuse adoptée par de nombreux chercheurs dans les mondes et l'ère monétique transdisciplinaire nous permet d'éclarer d'une manière nouvelle les différents domaines de la connaissance.
J'ai développé toute cette méthodologie dans mon manifeste de la transdisciplinarité qui est paru en 1996 aux éditions du Roche.
Donc c'est ainsi, armés de cette ère monétique transdisciplinaire, que nous essayons de suivre l'étonnant voyage des deux mâles de la transgression potentiellement destructrice de la période de la Revue Les Grands Jeux à la transgression constructrice dans la deuxième partie de sa si brève vie en aboutissant à l'unification de ces deux transgressions par les tiers cachés de la quête spirituelle.
Alors Domal, on l'a entendu tout au long de ses journées, ses colloques aussi, fut d'abord l'homme révolté.
La période de la Revue Les Grands Jeux fut celle d'une transgression destructive, d'une inscription dans ce qu'ils disaient, les fondateurs du Grand Jeu, l'histoire des cataclysmes.
Il suffit de lire Poème à Dieu et à l'homme, les clavicules d'un Grand Jeu poétique ou l'asphyxie et l'évidence absurde pour comprendre l'essence de sa révolte, la vue de l'absurde et la perception du moi comme cercle vicieux.
Plus tard, dans L'Envers de la Tête, Domal écrit, je cite, « Les plus graves et les plus étranges, c'est que nous avons peur, une peur panique, non pas tellement de nous voir nous-mêmes que d'être vus par nous-mêmes.
Telle est notre absurdité fondamentale.
Quelle est la cause de cette grande peur ?
Si nous avons peur de nous voir, c'est bien parce qu'alors nous ne verrons pas grand-chose.
Notre fantôme a peur d'être démasqué.
C'est par peur de cette horrible révélation que nous nous grimons et que nous nous grimassons. » Fin de citation.
En 1930, Domal était l'homme brûlé.
Il a beaucoup cherché, il n'a rien trouvé.
Sa santé était déjà affectée par des expériences fondamentales qu'on a évoquées ici, en compagnie de ses frères simplistes.
Sa déception était immense, car la seule issue qui se présentait à lui était l'impasse de la négation.
Fin de citation.
Son texte « Nerval et Nictalope » est d'ailleurs, à mon sens, celui qui résume le mieux ce qui fut la quête de Domal avant 1930.
Quête non pas d'un néantissement, mais des préparations.
Maintenant, je voudrais dire quelques mots sur quelqu'un qu'on a évoqué déjà ici, Marcello Gallucci l'a évoqué, ce que j'appelle les gardiens.
Les gardiens de la porte étroite.
Alexandre de Salzman.
C'est paradoxal, mais quand un homme est entièrement brûlé, il ne cherche plus une voie.
C'est la voie qui se présente à lui.
C'est précisément ce qui s'est passé par la rencontre, apparemment miraculeuse, à l'âge de 22 ans, avec Alexandre de Salzman, par l'intermédiaire du peintre Joseph Cima.
Et vous m'excusez, messieurs, mais je prononce « Cima » et non pas « Chima ».
Et d'ailleurs, on dit « Nicolescu » et non pas « Nicolescu ».
Voilà, Cima, c'est Cima, oui.
Donc Joseph Cima rencontre, qui marque la transition entre l'homme brûlé et l'homme accompli.
Je cite « J'ai rencontré un être humain, je ne l'aurais pas cru possible, et pourtant j'ai dû abandonner des biens comme des espoirs.
C'est l'espérance qui est lourde à porter. » Écrit d'Hommage dans la vie de Basile.
Il écrit aussi « Un an avant de mourir, et j'aurais sombré dans ma propre philosophie si au bon moment quelqu'un ne s'était pas trouvé sur ma route pour me dire « Voici, il y a une porte ouverte, étroite, et d'accès dur, mais une porte, et c'est la seule pour toi. » Amis de Kandinsky et de Rilke, membres du groupe Jugendstil, Alexandre de Salzman était, comme on l'a entendu par Marcello Gallucci, un remarquable peintre et dessinateur.
Ses couvertures pour la revue Jugend de Munich, et ses nombreuses illustrations dans la même revue, l'ont fait connaître dans l'Allemagne du début du XXe siècle.
Alexandre de Salzman a été aussi émetteur en scène reconnu, inventeur d'une nouvelle technique d'éclairage, qui aujourd'hui encore est utilisée.
En 1922, à l'occasion de la représentation des PDA en Zermelizand au Théâtre des Champs-Élysées, la revue Chose de Théâtre saluait Alexandre de Salzman, « un des plus remarquables artisans de la rénovation technique ».