Coomaraswamy, un chercheur éclairé

Peu connu en France, A.K. Coomaraswamy (1877-1947), d'origine indienne, est un métaphysicien et un historien de l'art oriental, dont l'oeuvre s'appuie sur la doctrine traditionnelle éternelle ou Philosophia Perennis.
Porté sur les sciences (la géologie) puis l'action politique, il se spécialise enfin dans l'art traditionnel, hindou et bouddhique.

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 Peu prolixe sur sa vie, il évolue dans le cercle de Rabindranagh Tagore et autres artistes, correspond avec René Guénon qui l'influencera profondément.

Il entame alors une oeuvre colossale, une quarantaine d'ouvrages et une centaine d'articles, qui dépasse les domaines de l'art pour s'étendre à celui des mythes, des symboles et de la métaphysique, montrant l'accord unanime des différentes doctrines traditionnelles tant orientales qu'occidentales.

Il devient également le conservateur du Museum of fine arts de Boston. 

Extrait de la vidéo

Si Ananda Kumaraswamy est très connu dans les pays anglo-saxons, il l'est beaucoup moins dans les pays francophones, en partie à cause de l'attitude des orientalistes officiels.

Qui était-il ? Il a vécu dans la première moitié du XXe siècle. C'était à l'origine, au départ, un scientifique, qui ensuite s'est intéressé à l'histoire de l'art, essentiellement hindou et bouddhiste au départ, puis est devenu un traducteur, et dans la dernière partie de sa vie, a développé des exposés métaphysiques assez poussés.

Son propos porte essentiellement sur la tradition et sur les différentes formes de la tradition, essentiellement les formes artistiques, puisque c'était son centre d'intérêt principal dans une grande partie de sa vie.

Il était historien d'art, mais dans la dernière partie de sa vie, il s'est intéressé beaucoup plus aux formes initiatiques, aux exposés plus proprement métaphysiques, que ce soit au sein du bouddhisme, de l'hindouisme, du christianisme, de l'islam ou du taoïsme.

Son œuvre est considérable, elle représente des dizaines de milliers de pages, près d'un millier d'articles, et des dizaines d'ouvrages, le plus souvent indispensables pour ceux qui s'intéressent aux traditions orientales.

Présenter Kumarasomi place toujours celui qui s'y livre dans une situation un peu délicate, parce que lui-même refusait qu'on parle de sa vie.

Ce qui importait pour lui, ce n'était pas du tout ce qu'il était, ce qu'il avait vécu, mais ce qu'il exposait, dont il refusait toute propriété.

Effectivement, dans un exposé comme celui que je vais faire, qui va reprendre un petit peu les différentes étapes de sa vie, etc., inéluctablement, on va toucher à des choses dont lui n'aurait jamais parlé.

L'année de sa mort, un hindou, Dureï Rajasingham, lui écrivit pour lui demander l'autorisation de publier un recueil d'hommages le concernant, et sa réponse fut claire et concise.

Non. De même, il refusait en ces termes la proposition d'écrire une autobiographie.

Je n'ai aucune disposition, ni intérêt, et encore moins le temps de m'occuper d'un tel projet, qui de plus serait entièrement antitraditionnel.

De bon point de vue, ce serait asvargya, contraire à la volonté du ciel.

Ananda Kumaraswamy mourut quelques mois après cette déclaration, alors qu'il s'apprêtait à quitter les Etats-Unis pour se retirer en Inde, pour ne plus écrire, mais méditer sur la tradition de ses ancêtres.

Dans la même période, lors de son discours d'adieu à sa fonction de directeur de la section orientale du Musée des Arts de Boston, il soulignait d'eux-mêmes qu'il n'avait jamais bâti un système philosophique de son propre cru, ou tenté de créer une nouvelle école de pensée.

Il déclarait que toutes choses sont déjà dites, et que lui n'avait fait que réexposer, de la façon la plus fidèle qui soit, des doctrines qui remontaient, d'après lui, aux origines de l'humanité.

Et il était entièrement d'accord avec André Gide, qui affirmait que toutes les choses sont déjà dites.

Et il rappelait qu'il était convaincu que les cultures humaines, en dépit de leur apparente diversité, ne sont que les dialectes d'un seul et même langage de l'esprit.

C'est-à-dire qu'il existe un univers de discours commun transcendant les différentes langues.

Et c'est, ma foi, quand on s'intéresse aux traditions orientales, quelque chose que chacun peut vérifier assez vite, s'il se donne la peine de lire les textes fondamentaux des différentes traditions, surtout dans leur aspect métaphysique.

Il y a beaucoup plus de divergences entre les traditions au sein des rituels, des pratiques, que dans les exposés métaphysiques proprement parlés.

Comme il déclare, ce n'est pas le point de vue individuel de qui que ce soit que j'essaie d'expliquer, mais la doctrine qui est intrinsèque à la philosophia perennis, et qui peut être reconnue partout, où il n'a pas été oublié que la culture a son origine dans le travail, et non dans le jeu.

En tant qu'homme, Kumaraswamy n'a pourtant pas été un savant à l'abri derrière ses livres.

C'était un homme pour qui sa pensée ne devait pas se distinguer de sa vie.

C'était l'opposé de l'orientaliste ou de l'universitaire, pour qui il y a la pensée d'un côté, et puis son comportement, ses actes de l'autre.

Et c'est sans doute pour ça que son travail a aussi été très très mal accueilli par les orientalistes, notamment en France, à la suite de Louis Renou.

Effectivement, il ne faisait pas partie de la famille. On ne pouvait pas voir en lui quelqu'un avec qui on était à l'aise, parce que fondamentalement ses essais condamnent tout ce qui fait la matière ou le mode de vivre des orientalistes.

C'est-à-dire s'approprier une culture avec une certaine condescendance, en estimant que la culture que l'on a est supérieure à celle qu'on utilise.

Pour lui, c'était une monstruosité.

Cette divergence entre Kumaraswamy et les orientalistes est aussi une des raisons pour lesquelles son œuvre continue d'être lue aujourd'hui, alors que les études d'une grande partie des orientalistes de son temps sont tombées en désirétude.

Parce que ces études étaient tributaires de la mentalité ambiante de l'époque, alors que celles de Kumaraswamy se situaient en référence à quelque chose qui était extra-temporel.

Donc elles conservent aujourd'hui encore leur permanente actualité.

Maintenant, nous allons voir un petit peu, je vais essayer d'exposer brièvement, d'où venait Kumaraswamy.

Puisque s'agissant d'une introduction un petit peu à son œuvre, à sa personnalité, on ne peut pas faire totalement abstraction de ce que fut sa vie.

Ne serait-ce que pour en indiquer les grandes étapes et comprendre comment il en est arrivé aux conclusions auxquelles il est parvenu.

Et à écrire l'œuvre qui fut la « sienne ».

Kumaraswamy était le fils de Sir Muthu, un juriste hindou, membre du Parlement et d'une mère anglaise, Lady Elizabeth Beebe.

Son nom complet est Ananda Kentish Kumaraswamy.

Il est né à Colombo, à Ceylon, le 22 août 1877.

Son père est mort d'un problème rénal alors qu'il n'avait pas deux ans.

Et le jeune Ananda passe à son enfance avec sa mère en Angleterre.

C'est donc un hindou d'origine qui a été élevé sur un mode occidental.

Ce qui allait lui permettre d'avoir une ouverture sur les deux cultures.

Et son œuvre s'en ressent.

Il fit ses études de Wycliffe College de Stonehouse, où il étudia non seulement le latin, le grec et le français, mais aussi de nombreuses autres langues.

Ce don des langues va l'accompagner toute sa vie.

A la fin de ses jours, il lisait couramment une douzaine de langues, non compris celles qu'il possédait comme le chinois, mais avait besoin d'un dictionnaire pour utiliser.

Peu d'orientalistes aujourd'hui sont capables de la même prouesse.

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