René Daumal dans l'oeil analogue d'un poète contemporain

Conférence de 30 minutes filmée lors du Colloque René Daumal organisé par le CIRET (Centre International d'Etudes et de Recherches Transdisciplinaires). Zeno Bianu rend ici hommage à René Daumal en témoignant de l'influence de la méthaphysique orientale sur l'oeuvre du poète.

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Extrait de la vidéo

René Daumal dans l'œil analogue d'un poète contemporain.

C'est un titre qui veut dire déjà tout l'importance de Daumal dans mon parcours.

Daumal donc je l'ai rencontré à la fin des années 60 dans ce fameux cahier de l'herbe concernant le grand jeu.

Et je venais de découvrir le surréalisme, le surréalisme et ses grandes comètes comme Arthaud.

Et ce qu'il y avait de fantastique dans la découverte de Daumal et du grand jeu, c'est tout d'un coup la rencontre des deux chants qui me passionnaient très jeune, c'est-à-dire la poésie et la spiritualité.

Dans mon ordinateur, il y a un fichier spécial, singulier, précieux.

Une sorte de trésor secret, je l'ai intitulé poésie-spiritualité.

C'est là que je réunis tout ce qui me fascine à l'intersection de ces deux chants.

Tout ce qui constitue la mine dans laquelle je puise.

Poèmes indiens contemporains, classiques chinois, Haïku, Chant d'amour du 6ème Dalai Lama, c'est mon trésor.

Et c'est aussi un jugement, oh je commence par un lapsus, c'est aussi un gisement, sans jugement aucun, un gisement où se croisent des perspectives transversales dont on parlait tout à l'heure avec Jean-Philippe.

C'est-à-dire un espace absolument non-cloisonné, où se croisent donc le bouddhisme de Kerouac, l'Inde de Michaud, le yiking de John Cage, le tibet de Ségalène, les ragas de Coltrane, le théâtre baliné d'Artaud et bien sûr d'Aumale.

Donc comme je vous le disais, d'Aumale a surgi à la confluence de tout ce qui me fascinait.

Rimbaud et les métaphysiques orientales.

Dans une époque qui visait avec superbe et avec naïveté aussi un désir d'expansion généralisée de la conscience, qui s'est peut-être un peu égarée aujourd'hui.

Donc d'Aumale et sa volonté d'explorer tout le champ humain.

D'Aumale et sa vision d'un homme intégral, c'est peut-être ça qui m'a fasciné le plus, cette idée de cerner un peu toute la palette du champ humain, de notre champ profond.

Donc d'Aumale et sa vision de l'homme entier soit le contraire absolu, parce que tout est relié dans cette histoire là, on parle de d'Aumale ce matin.

Donc d'Aumale et sa vision d'un homme entier soit le contraire absolu des militaires chinois qui assassinent en ce moment nos amis tibétains.

Donc cet homme intégral entier dont je voudrais m'attacher ici à décliner les facettes.

Bon j'oubliais de dire que c'est par d'Aumale que je suis parti en Inde, que j'ai travaillé la musique indienne aussi, le chant et le sitar à Paris avec Narendra Bhattachou et en Inde.

L'expérience des expériences.

Mon ouverture je l'emprunte à un poète chinois du 9e siècle.

On appelle « phrase morte » une phrase dans le langage duquel il y a encore du langage.

Une phrase vivante au contraire est celle dont le langage n'est plus langage.

D'Aumale s'est toujours tenu du côté de cette phrase vivante.

Je voudrais le rejoindre justement ici en une sorte de spirale polyphonique.

En retentissant au sens de Bachelard, en m'autorisant à me reconnaître dans la matière que je traite.

Comment parler de D'Aumale autrement que sur un mode impliqué ?

Car il ne s'agit pas seulement d'un partage intellectuel, chose éminemment plaisante naturellement, auquel je puis être sensible, mais de la poésie comme vrai syntaxe de l'esprit.

Ce don commun à tout poète.

Et il répond fantastiquement.

Pour moi c'est une clé comme la spirale du grand jeu.

Ce don commun à tout poète c'est une liaison particulière entre les diverses vies qui composent notre vie.

D'Aumale est poète profondément parce qu'il déploie sans relâche toutes les diverses vies qui composent sa vie.

Parce qu'il est autant pataphysicien que métaphysicien et vice versa et continuement.

Parfois la route est bonne, parfois la route est mauvaise, mais tu la fais jusqu'au bout, tu la fais avec toutes tes vies.

Toutes les vies qui te composent.

Par un travail sur soi, au plus intime, à l'encontre de toute mise aux normes.

Pour D'Aumale, et c'est toujours la vraie question quand on en parle, il n'y a pas de compréhension intellectuelle du vrai.

Ce qu'on peut comprendre intellectuellement c'est une représentation du vrai.

C'est toujours une représentation du vrai.

Écoutons-le, la danse de tout notre corps s'est concentrée dans notre bouche et ne remue plus que des mots.

Pour D'Aumale, la raison discursive ne peut rien nous dire de notre immensité interne.

Voici une petite anecdote taoïste tirée de ce fichier dont je vous parlais tout à l'heure que je livre à votre méditation.

Une araignée rencontre un mille-pattes.

Une araignée rencontre un mille-pattes. Vous voyez la scène, donc on est dimanche matin.

Une araignée rencontre un mille-pattes.

Et lui demande, comment fais-tu pour marcher sans entremêler toutes ses pattes ?

Le mille-pattes s'arrête net, réfléchit longtemps et reste sans réponse.

Et lorsqu'il tente de se remettre en marche, c'est une pagaille indescriptible. Il chute.

La liberté des libertés.

Il y a chez tous les artistes que j'admire, et donc chez D'Aumale, une vision du monde, une globalité.

Toutes les œuvres, la moindre lettre, on va y revenir, sont comme les traces, les indices d'une entité irréductible.

Précisément quelque chose qu'on ne peut jamais réduire.

Ce qui me fascine toujours chez D'Aumale, c'est qu'il n'est jamais prisonnier d'une identité définitive.

Il échappe à tout ce qui grippe, à tout ce qui fige.

Il est poète parce qu'il vit sa vie comme une lecture amoureuse des êtres et des choses.

Et pour lui, l'art est toujours une affaire de présence au monde, de présence authentique.

Au lendemain, aux au-delà qui chantent ou qui déchantent, abandonnent tout espoir, rappelle la Bhagavad Gita.

D'Aumale fait clairement écho à cette phrase de la Gita, quand il parle de rejeter sans cesse les béquilles de tous les espoirs.

J'ai retrouvé, je ne vous le cache pas, ce matin dans le métro, un extrait assez extraordinaire d'une lettre adressée à André Roland Renéville à propos de cette volonté implacable de dénier tout espoir, tout espoir évidemment au sens trivial.

Il s'adresse à Roland Renéville.

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