La danse magique, un parcours atypique
Dans le cadre du festival des Arts visionnaires Chimeria (2009) à Sedan, Maud Grasmuck, dite Manjushree Pradhan, témoigne de son initiation et sa pratique des danses sacrées.
Elle nous fait partager son expérience des danses tantriques et classiques de l'Inde et du Népal tissant des ponts entre le matériel et le spirituel, les hommes et les dieux, la terre et le ciel.
Elle nous décrit ainsi comment, par la grâce et le mouvement, la position du corps et la gestuelle, la danseuse se fait la messagère d'une civilisation ancestrale et l'ambassadrice du cosmos;
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comment elle rend hommage à Shiva et Parvati, Krishna et Radha, Bhairab et Kali.Interview mené par Stéphane Gravier
Extrait de la vidéo
Je suis Pradhan, il y a quelques années maintenant, vous avez débuté la danse, c'est-à-dire la danse ici, dans ce département des Ardennes, et puis à l'âge de 20 ans, vous prenez les chemins de l'Inde, d'Eli, puis de Kathmandu, et aujourd'hui, ça vous permet de voyager entre l'Europe et l'Asie, et présenter à la fois des spectacles de danse Bharatanatyam, Katak, danse tantrique népalaise, que l'on pourra voir demain au Châteaufort de Sedan.
Rapidement, comment s'est faite cette passerelle, qui n'est pas a priori évidente ? C'est vrai que j'ai fait mes premiers pas de danse sur Sedan, il est vrai qu'en fait ma rencontre avec Françoise Perrin, qui est dans la salle, à mon grand bonheur, a été elle aussi assez déterminante dans ma connaissance au niveau de l'Asie et du Moyen-Orient. Elle m'a essentiellement ouvert l'esprit par rapport aux films qu'elle avait pu montrer sur ses différents voyages, par rapport aux musiques, notamment comme le Stradfjallikan, qui berçait régulièrement les cours de danse, mais bien évidemment sur une technique de ballet et de danse classique.
Il m'a quand même fallu du temps pour comprendre que je voulais faire de la danse ma vie, puisque ce n'est pas une carrière qui est facile. C'est un art de vivre, c'est une dévotion aussi quelque part, c'est beaucoup de sacrifice. Et c'est vrai qu'à l'âge de 20 ans, après on peut le dire quelques échecs d'études, puisque j'étais plus souvent dans les salles de danse qu'à l'université, j'ai pris cette décision de me consacrer uniquement à la danse, par conséquence aussi d'aller faire un tour du côté de l'Inde et du Népal après quelques stages de danse que j'avais fait à Lille, à la rencontre des danseuses indiennes.
Ça a commencé par un feeling, j'étais partie pour aller vers le Pakistan et j'avais réservé un billet d'avion pour le Pakistan et il y a eu des émeutes qui ont fait que je me suis dirigée vers le Népal, où j'ai rencontré mon maître à danser. J'ai été formée au départ sur les techniques des danses Bollywood, puisque mon premier maître à danser était chorégraphe pour le monde du cinéma, j'ai fait aussi mes premières armes là-bas, puisque j'ai chorégraphié pour le monde, pour le Bollywood, j'ai remporté des prix chorégraphiques aussi à l'âge de 24 ans, pour certains films, pour deux films.
C'est là aussi où j'ai appris ma première danse Charya, qui était la danse de Manjushri. Suite à ça, mon maître de Bollywood m'a demandé de partir en Inde, où j'ai rencontré d'autres maîtres, qui m'ont fait accéder à des niveaux beaucoup plus supérieurs de danse, puisque là, j'étais vraiment dans les techniques classiques et traditionnelles des danses indiennes, comme le Katak, le Bharatanatyam et bien évidemment le Charya.
Danse Charya, on pourrait traduire par danse tantrique, qui est peut-être plus facile à comprendre en Occident ? Oui, et en même temps, il faut bien différencier les danses tantriques népalaises du tantrisme tibétain, puisque c'est vrai que le Dalai Lama ne pratique pas ces danses. C'est une technique qui est secrète, qui est sortie du secret il y a dix ans à peu près, et on n'est que quinze danseurs dans le monde à les pratiquer.
Ces danses sont bien évidemment dévotionnelles, à but incantatif. On dit danse tantrique vulgairement, là. Réellement, c'est danse Charya, qui soit issue du technique du bouddhisme, du Vajracharya, qui n'est que de diamants. On va en parler dans un instant.
Alors, à préciser, vous n'êtes pas seulement danseuse et chorégraphe, vous êtes maître à danser. Quelle est la différence ? Est-ce que c'est un titre qui vous a été décerné ? Est-ce que c'est un titre universitaire ?
Alors, maître à danser, oui, j'ai reçu mes diplômes à l'université d'Allahabad, j'ai continué mes formations à Katakendra, à New Delhi. Mon maître à danser était le directeur universitaire des danseurs au Népal aussi. Donc, il y a évidemment des diplômes universitaires qui sont derrière, une maîtrise qu'on appelle un master. Mais c'est aussi une reconnaissance auprès du maître, puisque de toute façon, ce ne peut pas être uniquement un diplôme universitaire, puisque ça englobe beaucoup de choses.
Évidemment, il y a une théorie, il y a une pratique. Mais maître à danser, dans le terme indien, signifie qu'on est capable de composer une danse, qu'on est capable de comprendre le sanscrit et les textes sanscrits qui vont autour de ça, qu'on est à même aussi de pouvoir composer autour de cela, de le restituer dans l'école, dans le style de l'école, dans le gharana sur lequel on a été formé. Donc, maître à danser, aujourd'hui, veut dire bien évidemment danseur, puisque c'est par là qu'on commence, danseur, enseignant, universitaire aussi, puisqu'on nous fait faire beaucoup de recherches autour de ce sujet.
Et puis il y a évidemment compositeur, puisqu'un art ne se suffit pas à lui-même, contrairement à ce qu'on peut avoir comme idée en France. En Inde, on considère qu'on est vraiment maître à partir du moment où on possède trois autres arts, avec notre art de départ. Donc, la danse, le yoga, la musique, la poésie, etc. De toute façon, la relation maître-élève est essentielle dans l'apprentissage de vos danses, et je crois qu'on redéveloppera ce chapitre ensuite.
Alors, votre nom, Manjushri, ça c'est le prénom, Pradhan, pourquoi ? Alors, Manjushri vient de la première danse que j'ai apprise à Kathmandu. Donc, cette première danse m'a été apprise, et c'est vrai qu'au niveau du Népal, c'est très difficile à prononcer, même au niveau des Indiens, et comme il y a très peu d'Occidentales, même pratiquement, il n'y en a pas beaucoup, même aucun, qui pratiquent ces danses, en fait, les Népalais m'appelaient Manjushri, puisque c'était la danse que je pratiquais et que je faisais aussi sur le Népal.
Mon maître à danser, lorsqu'il m'a donné son nom, qui est Pradhan, Pradhan qui appartient à la caste aristocratique et princière des guerriers au Népal, m'a dit « tu garderas ton nom, parce que si les Népalais t'appellent aujourd'hui Manjushri, c'est vraiment une bénédiction, c'est le dieu qui est à l'origine de la création de Kathmandu, c'est le Bouddha qui est pour l'éducation et les arts, donc si tu as ce nom béni, garde-le, et je te donne mon nom Pradhan, puisque quand moi je serai décédée, tu continueras à me faire vivre à travers tes pas de danse ».
Je rappelle qu'il n'y avait pas d'enfant qui reprenait son école de danse. Aujourd'hui donc Manjushri Pradhan est votre nom asiatique. C'est mon nom indien, et Népalais effectivement, si vous demandez après Maud en Inde, ne risquez pas de me rencontrer. Par contre à Sedan, oui.
A Sedan, oui. Mythe et symbolisme de la poésie de la danse magique, puisque cette conférence a lieu dans le cadre du festival Chimeria. Danseur, Dieu incarné, danseur et divination, danseur et expression du monde sensoriel, c'est ce qui résume, ce qui pourrait rassembler toutes les philosophies, tous ces styles de danse que vous pratiquez, les trois styles qui sont Bharatanatyam en Inde du Sud, Kattak en Inde du Nord et Charya au Népal.
Oui, tout à fait. Même si la technique soit complètement différente, elle reste quand même à la base dévotionnelle, même si le Kattak aujourd'hui a énormément évolué de par les influences personnes qu'il