Le féminin Sacré

Sexualité et spiritualité font-elles "bon ménage" ? Dans son texte - qualifié de visionnaire par Michel Cazenave - "Les Sept sermonts au Morts", Carl Gustav Jung nous indique qu’il existe deux Daemons (ce terme doit être compris comme un esprit intermédiaire entre les hommes et la transcendance) : la Sexualité et la Spiritualité. Deux mots qui commencent par la même lettre, S, tout comme le Serpent cosmique, le Sacré ou le Soi…

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
46:20
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

cazenave mystique union transcendancecazenave mystique union transcendance sacré feminin

Le caractère clairement érotique (Eros) d’une certaine forme de mystique, de cette "union avec la transcendance" a paradoxalement été systématiquement ignoré par l’église catholique. Quid de la transverbération de Thérèse d'Avila ? Du cantique spirituel de Saint-Jean de la Croix, où ses visions lui font parler de lui au féminin ? Du Cantique des Cantiques ?

"A l’âge de douze ans, je pensais que Dieu résidait dans les jambes des filles !" nous dit Michel Cazenave. Rassurez-vous cette assertion humoristique se place en introduction de sa présentation et non en conclusion…. Ne cédant à aucune facilité, Michel Cazenave va s’efforcer de dialectiser la pensée de deux penseurs visionnaires majeurs du XXème siècle : Jacques Lacan et Carl-Gustav Jung.

Tous deux ont un point commun, atypique au regard de la psychanalyse classique, et qui mérite d’être souligné, pour eux deux le féminin renvoie toujours avec un "quelque chose" qui parle du spirituel….

Dans une civilisation de plus en plus sécularisée, uniforme, où depuis plus de cinq mille ans, le masculin affirme toujours et encore sa force et sa domination (et cela déjà chez Sumer ou les Celtes…. ) que penser du rapport hommes-femmes dans ce qu’il comporte de sacré ?

A l’heure où les questions sur le "genre" semblent bannies de nos manuels scolaires et de nos sociétés: les femmes se sont-elles inclinées face à l’arrogance, à la volonté de pouvoir du masculin ? Ou bien ont-elles-muté en épousant les us et système de pensée de leur alter Ego ?

Pour un homme, toucher son "anima"…. Qu’est-ce que cela peut lui apporter ? Entre-t-il ainsi en contact avec l’âme du monde des anciens ? Est-ce réellement cela "l’Initiation" ?

A vous de vous faire une opinion dans cet exposé de 47 minutes organisé par Willy Barral (décédé en 2013) auquel nous rendons un hommage amical et respectueux.

Extrait de la vidéo

Si je me suis tellement intéressé aux films inassacrés, c'est parce que je reconnais comme moi-même, c'est cela qui me parle et que ça remonte au plus loin de mon enfance, aussi loin que je remonte. Je me rappelle encore, je l'ai raconté dans un de mes livres, comment au moment de faire ma confirmation dans le nord de la France, on avait quelques jours de retraite et moi dans les escaliers, je regardais tout le temps Les Jambes des Filles et celui qui nous préparait me dit, oui mais enfin, ce n'est pas très sérieux tout ça et moi je lui avais répondu tac au tac, j'avais 12 ans, même pas, 11 ans, je lui avais répondu du tac au tac, oui mais peut-être que Dieu est dans Les Jambes des Filles, apparemment, je ne suis pas sûr qu'il avait très bien compris ce que je voulais dire, moi-même, il m'a fallu des années pour bien comprendre, mais en même temps, si je me suis tellement intéressé aux films inassacrés, c'est aussi, je le reconnais, à cause de la tradition de la psychologie dont je me réclame, c'est-à-dire la tradition Jungienne, en me disant qu'en même temps, ça explique beaucoup de choses, enfin, beaucoup de choses s'expliquent si on les remet dans leur contexte, je veux dire par là qu'on sait très bien comment Freud, le féminin, disons qu'il était assez réticent devant, bon, ce qui s'explique, je vous renvoie au livre Le Roman Familial de Freud de Gabriel Rubin, dans lequel on explique bien comment Freud vis-à-vis de sa mère, Amalia vis-à-vis de sa nounou, il avait, disons, une réticence extrêmement forte, et on voit très bien comment Jung, de ce point de vue-là, a eu une mère aussi qui était une mère assez écrasante de sa manière, mais complètement différente, c'est-à-dire qu'elle n'avait pas 25 ans de moins que son mari, ce qui est que Freud s'est toujours demandé si son frère aîné n'était pas éventuellement, disons qu'il n'y avait pas des relations bizarres entre son frère aîné et sa mère, alors que Jung, il avait une mère qui était surtout, nous sommes à la fin du 19e siècle, évidemment, une mère adhénée au spiritisme, et qui donc l'a introduit à beaucoup de choses de l'ordre de la mystique et de l'au-delà de la raison.

Bien, et de ce point de vue-là, on voit très bien comment Jung précisément va mettre en avant le féminin, même si je ne me fais aucune illusion, parce que je pense que dans sa vie, ce qu'il prêchait par ailleurs, il aurait bien fait de le mettre en application, il ne l'a jamais fait, c'était un chef de meute, lui aussi, et toutes les femmes qui étaient là étaient à son service, de sa manière. Bon, on était en 1920-1930, je pense qu'aujourd'hui ce serait absolument inacceptable, mais donc il y a toujours eu cette idée qu'il y avait quelque chose de l'ordre du féminin, et lorsque j'ai dit du féminin, évidemment, ça ne concerne pas forcément les femmes, je dirais c'est la dimension féminine que, bon, les femmes, bien entendu, que certains hommes peuvent avoir.

Je vais reprendre la phrase de Jacques Lacan dans son 20e séminaire, dans le séminaire encore, quand il dit, il y a certains hommes qui ont la chance de... Et évidemment, il s'appuie immédiatement sur l'exemple de Saint-Jean de la Croix. Saint-Jean de la Croix qui se parle tout le temps au féminin. Si vous avez lu le contexte spirituel, et surtout lorsqu'on l'a lu en espagnol, on voit très bien que, précisément, c'est tout le temps qu'il habite son âme, et son âme, en tant que son âme, est féminine devant le divin.

Et où, je reconnais qu'ayant reçu l'enseignement de Jung, pour une bonne raison, c'est qu'il m'a sauvé la vie dans une très très profonde crise de mélancolie à la sortie de l'adolescence, et en même temps me réclamant des leçons de Jacques Lacan, dont j'ai suivi les séminaires quand j'étais à l'école normale. De toute façon, on ne pouvait absolument pas faire autrement. Comme je le raconte toujours, on était libres de suivre ou non les séminaires Jacques Lacan, et je me rappelle très bien Althusser s'adressant à la nouvelle promotion dont je faisais partie, et nous disant, vous êtes libres d'y aller ou de ne pas y aller, mais simplement, nous noterons ceux qui n'y seront pas.

J'avais compris que la liberté était, disons, assez étonnante. Donc, à la fois, j'ai reçu l'enseignement de Jung et l'enseignement de Lacan, et j'ai essayé toujours de les dialectiser l'un avec l'autre. Et il me semble que, précisément par rapport au féminin, ils ont tous les deux une position quand même extrêmement différente de la psychanalyse classique, dans la mesure où, pour eux, le féminin a toujours été l'introduction à quelque chose de leur eux, du spirituel.

Lorsque Jung parle de l'anima, autrement dit, de la dimension féminine de l'homme, il parle pour les hommes, évidemment, puisque je pense que pour les femmes, lorsqu'il parle des femmes, ce sont généralement les fantasmes qu'il a sur les femmes. Bon, mais comment est-ce qu'un homme ferait, autrement dit, sa manière ? Donc, lorsqu'il parle de l'anima, de la dimension féminine qui ouvre à ce qu'il appelle le soi, c'est-à-dire l'image de la transcendance en nous, c'est quand même bien à ce thème qu'il introduit, c'est-à-dire comment le féminin nous ouvre au spirituel, et de la même manière que Jacques Lacan, effectivement, lorsqu'il prend l'exemple de saint Jean de la Croix, c'est pour dire, précisément, il y a des hommes, certains hommes, ceux qui ont la chance d'avoir fait un travail sur eux-mêmes, qui sont aussi bien que les femmes.

Bon, et ça, je pense que c'est une proposition de Jacques Lacan qui, souvent, n'a pas été comprise, parce que, tout simplement, les psychanalystes hommes n'avaient pas envie de l'entendre. Parce que, là aussi, il faut voir qu'il y a quand même énormément de fantasmes. Je me rappelle une séance où, justement, il y avait beaucoup de psychanalystes qui se gobergeaient entre eux en disant « Oui, mais nous, nous avons écrit des livres.

Les livres, ce sont nos enfants. Et, honnêtement, nos enfants, c'est quand même bien mieux que les enfants de chair. » Comme moi, j'étais un jeune père, j'avais osé dire « Les livres, ce n'est pas exactement des enfants. Les livres que j'ai écrits, mes enfants, ce n'est quand même pas exactement la même chose.

» Il faut dire que, dans les trois minutes qui ont suivi, la séance a été terminée. Parce qu'à l'évidence, ils n'avaient pas envie d'entendre ça. Et, en même temps, je me dis que, lorsqu'on remonte au plus profond de l'histoire de l'humanité, tout au moins est tel que nous pouvons la comprendre, puisque nous n'avons pas de témoignages écrits qui nous permettent d'assurer ce que nous avançons. C'est-à-dire que tout est toujours une question d'interprétation de notre part.

Les écrits sont extrêmement tardifs. On s'aperçoit que, finalement, la société n'a pas toujours été structurée suivant le principe masculin que nous connaissons et qui nous semble tellement évident. C'est-à-dire qu'il y avait quand même cette idée profonde, d'une part, que la société était structurée par un principe féminin qui était le principe de l'héros. Là-dessus, il ne faut pas se faire d'illusions, les hommes ont toujours exercé le pouvoir.

Si je prends une société ancienne, comme celle de Sumer, il y a environ 5000 ans, si je prends les vieilles sociétés celtes, on voit très bien que les rois, ce sont toujours des hommes. Ce sont toujours des hommes, simplement, et c'est cela que nous avons souvent du mal à comprendre, c'est qu'à la limite, ce n'est pas très important. Parce que ce n'est pas cela, ce n'est pas le pouvoir, ce n'est pas la domination qui est la valeur essentielle.

La valeur essentielle, c'est vraiment une valeur de relation, puisque, reprenant le mot dans le sens grec ancien, j'appellerais une valeur érotique. Et on voit très bien que les femmes disent aux hommes, « Bon, le pouvoir vous amuse, ben d'accord, exercez-le. » Exercez-le, mais quand même à des conditions très précises. C'est que, d'abord, l'homme, en tant qu'il a le pouvoir, édicte la loi, donc il est à la source de la légalité,

Abonnez-vous à la newsletter de BAGLIS TV

Haut