Le cinéma: monde de l'âme ?

Stéphane Grobost et Pacôme Thiellement vont démontrer que le cinéma n’est pas seulement une industrie mais qu’il véhicule une dimension mythologique et spirituelle !
Puisant leurs exemples chez de nombreux réalisateurs, et non des moindres (Kubrick, Ray, Bergman, Visconti, Kurosawa, Lynch…) et s’appuyant sur de multiples films, citant maints penseurs, philosophes, mystiques (Corbin, Abellio, Krishnamurti, Maître Eckhart, Dante, Jung, Artaud, Baudelaire…) leur propos est savant, certes, mais parfaitement compréhensible par tous.

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Les commentaires se succèdent pour défendre les séries télévisées (en particulier "Lost"), support d’un imaginaire initiatique, et qui ont remplacé la lecture des grands romans, et pour témoigner que le cinéma élargit la vision du monde et permet de dépasser l’intellect pour se perdre dans l’image.
Les intervenants pratiquent l’art du paradoxe à l’instar des oeuvres qu’ils analysent. Ils explicitent tous les termes qu’ils emploient, ce qui rend l’entretien attractif et vivant… et non dénué d’humour, désamorçant ainsi ce qui pourrait apparaître comme un discours "sérieux".

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Selon les films décrits, ils parlent de gnose, d’alchimie, de fascination pour les super héros, d’illusion du monde, de théosophie… Bref, la densité du propos est là pour affirmer que le cinéma est peut-être "l’art" le plus spirituel de notre époque.
Ce qui est ici exprimé – et démontré – c’est que le cinéma peut nous apprendre à devenir acteur, spectateur et réalisateur de notre propre vie. Rêve éveillé ? Réalité autre ? Le cinéma nous place à la rencontre de l’immanence et de la transcendance, rendant visible l’invisible, et nous menant dans le labyrinthe de notre moi, au-delà du temps et de l’espace…

Souhaitez-vous comprendre dans quelle mesure ces images animées permettent d’approcher ce monde de l’ame (animation-> anima ?) ou bien encore élucider la raison pourlaquelle image est anagramme de magie ?

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Eléments de réponses de Stéphane Grobost, Pacôme Thiellement et Michel Cazenave dans cette table-ronde de 51 minutes enregistrée au Forum 104.

Extrait de la vidéo

Le cinéma est sans aucun doute l'une des inventions majeures du siècle passé. Pour parler de cinéma aujourd'hui, nous allons essayer d'oublier ce que disait André Malraux à la fin de sa psychologie du cinéma, en disant que le cinéma est par ailleurs aussi une industrie, et on sait bien que malheureusement c'est aussi une industrie, mais on voudrait beaucoup plus réfléchir sur les rapports du cinéma avec la mythologie et ce qu'emporte la mythologie, c'est-à-dire le spirituel ou la spiritualité éventuellement.

Alors, avec nous, nous avons, pas comme Thielman, qui est écrivain et vidéaste, et Stéphane Grobost, qui est vidéaste et journaliste, c'est ça ? Oui, voilà. Bien. Donc on va essayer de réfléchir sur le cinéma, sur ce qu'il emporte.

Et la première question que j'ai envie de poser, c'est de savoir quelle est la dimension mythologique du cinéma, parce qu'elle n'est pas toujours absolument évidente. Stéphane. Alors, la dimension mythologique du cinéma, disons que le cinéma, déjà, la façon dont on... Quand on est au cinéma, on est un peu, je dirais, dans la caverne de Platon, puisqu'on recrée une forme de monde, on vit par procuration des choses, on est vraiment dans la...

on recrée le monde par la lumière dans l'obscurité. Donc déjà, on est dans un univers qui, à mon sens, est mythique, qui peut être aussi, j'ai envie de dire, quelque part, manipulateur, puisque quand on est au cinéma, on est dans un état de rêve éveillé. Et donc, le cinéma peut, à la fois, je pense, nous faire toucher à des choses très subtiles, mais peut-être aussi nous manipuler. D'où l'intérêt d'analyser les images, voilà.

Et après, moi, mes premiers souvenirs de cinéma, c'est des films qui sont très puissants, puisque, par exemple, Le Septième Sceau de Bergman, c'est un film qui est totalement ancré dans une mythologie. Et dans la mythologie, dans la Bible. Et c'est vrai que le cinéma, peut-être avec Méliès, est parti dans le sens de la fantaisie et du fantastique. Et c'est vrai que, moi, c'est un courant que j'aime beaucoup et qui me passionne.

Tout en sachant qu'après, j'ai beaucoup analysé les trilogicules, qui sont Star Wars, Matrix et Le Seigneur des Anneaux, qui, à mon sens, sont des films mythiques. Mais je pense qu'il faut aussi savoir les décoder pour voir un petit peu quel est le message qu'ils véhiculent. Et je vais me permettre, à sa fin de réponse, de vous dire, est-ce que Star Wars n'est pas trop facilement mythique, de sa manière ?

Ah, ça, c'est... Oui. Il y a des choses, je pense, qui sont... Là, le mythe vous est imposé d'office.

D'office. Et ce qui est intéressant, c'est de voir que derrière Star Wars, il y a autre chose que ce qu'on veut bien nous montrer. Pas comme tellement. Sur cette question-là, moi, je pense toujours au journal de Raymond Abellio, Dans une âme et un corps, où il oppose ce que la télévision pouvait être ou aurait pu être, à son époque, au cinéma, par rapport à la dimension collective du cinéma.

Donc, bien entendu, et ça m'avait beaucoup intéressé parce que ça faisait vraiment un moment que j'avais de plus en plus de mal à aller au cinéma et que j'ai un plaisir ou en tout cas un intérêt beaucoup plus grand à regarder des films de cinéma chez moi. Ça, ça me permet plus facilement de rentrer à l'intérieur des films et de pouvoir les voir en résistant à l'état de fascination que produit la salle.

La salle est évidemment extraordinaire parce qu'elle produit un état de fascination, un état au mieux de communion, au pire de manipulation générale, comme vous dites. Et à ça s'oppose la question de la lecture individuelle des films et donc de la réception individuelle des films. Donc, le cinéma de la façon dont il apparaît et surtout, si on doit réfléchir à la dimension mythique du cinéma, je dirais qu'une des choses les plus intéressantes, c'est qu'il soit apparu d'abord dans les foires parmi toute cette forme de spiritualité très très singulière qui est la forme des battleurs et des errants.

Et donc, le fait que le cinéma ait été d'abord un objet aussi fragile et aussi, comment dire, dans la banlieue du divertissement global, à la différence du théâtre ou de l'opéra ou des endroits où allaient, on va dire, les gens de la haute société, le cinéma est apparu sur les côtés et sur les franges et sur les marges. Et donc, il a récupéré et il continue à porter également dans les séries télévisées une part de cette spiritualité propre aux freaks et aux gens du cirque.

Dans les moments les plus forts et les plus intéressants de son histoire, c'est de celle-ci qu'il a pu parler. Et comme celle-ci renvoie toujours à la question du peuple de la tradition primordiale, le cinéma, dans ses meilleurs moments, spontanément, quasiment par nature, traite de la question de la tradition primordiale. Oui, mais alors par rapport à ce que vous dites, pas comme tellement, moi je me rappelle mes années de découverte du cinéma, c'était au moment où j'étais au Quartier Latin, et en même temps se dire qu'être dans une salle et en communion plus ou moins forte, mais être baigné, je dirais, dans un ensemble du public, ça n'amenait pas quelque chose.

Et ça amenait en même temps, puisqu'il faut quand même bien l'avoir à l'idée, de dire on n'était pas totalement, totalement prisonniers de la chose. Parce qu'on se rendait bien compte qu'il y avait une projection de cette manière, et que la projection se faisait sur un écran, et à la limite c'est la question que je me rappelle, à nouveau, quand j'étais étudiant, toutes les discussions que nous avions c'était, et que se passe-t-il derrière l'écran ?

Est-ce que l'image ne renvoie pas à quelque chose d'autre ? Est-ce que finalement il n'y a pas quelque chose qui est profondément symbolique dans l'image de cinéma elle-même ? Très intéressant, si si, bien sûr, bien sûr. De toute manière, à partir du moment où, dans les plus grands films, vous avez ça, dans les plus grands films, dans les grands, grands, grands films, comme évidemment ceux d'Antonioni, Kubrick, Tarkovsky, Lynch, évidemment tous les gros noms du cinéma qui semblent immédiatement un peu pompeux d'invoquer d'un coup en bloc, on a la dimension immédiatement de la question de la mise en scène de l'illusion du monde.

Et donc oui, bien sûr, le fait d'être, d'à la fois regarder une image sur un écran et de savoir qu'il s'agit d'une image sur un écran, donc le jeu très complexe entre suivre un récit et en même temps être décroché du récit, est comme la popularisation d'une pratique très très archaïque, qui est comme une préparation quasiment à la compréhension de l'illusion du monde ou de la maya. C'est-à-dire que la question que je me pose, c'est est-ce que d'une certaine manière nous ne sommes pas dans une expérience complètement paradoxale, parce qu'à la fois on sait très bien qu'on est en relation avec tous les spectateurs, en même temps nous sommes seuls et en relation en même temps.

Et en même temps de se dire, voilà, je suis confronté à quelque chose qui m'est montré et en même temps il y a quelque chose au-delà. Est-ce que nous ne sommes pas pratiquement tout le temps dans tenir compte, je suis et je ne suis pas, de cette manière. Stéphane Gros-Brugge. Ce qui est intéressant, c'est de faire l'expérience, d'aller au cinéma et surtout d'en parler après.

J'ai fait l'expérience de voir le film de Terrence Malick avec une amie et le fait d'échanger après ce film, qui est un véritable labyrinthe de symboles, de sons et de musiques, fait qu'après on crée le sens ensemble. Et on essaie de voir. Et je pense qu'effectivement le problème des jeunes actuellement et du cinéma, c'est que souvent les jeunes sont fascinés par le cinéma, ils consomment le cinéma, mais il n'y a aucune analyse, aucun mot sur finalement qu'est-ce que je ressens, qu'est-ce que ces images me font.

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