Le féminin de la femme

Dans son livre Psychologie et Alchimie, Carl Gustav Jung déclare: " l'homme devient vraiment ce qu'il est quand il a accompli sa destinée, sa réalité"... Qu'en est-il de la femme? Quelle est sa destinée, sa réalité dans ce monde en métamorphose? Que doit-elle redécouvrir pour enfanter son féminin ? demande Csilla Kemenczei, analyste jungienne, qui affirme : "toute femme, aussi banale soit-elle, incarne la déesse, la femme absolue et la mère cosmique".

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En partant du magnifique retable d'Issenheim de Matthias Grünewald (bien connu de nos abonnés), représentant un triptyque illustrant la tridimensionnalité d'une seule réalité, Csilla Kemenczei souligne l'importance de la complémentarité entre les archétypes (les trois volets) et les complexes personnels (la base du retable, sa prédelle).
Ainsi dans son état primordial de Terre mère matricielle, la femme représente la toute puissance indifférenciée. Ceci est le premier regard de la femme vis-à-vis de son propre mystère, un regard qui l'oblige à traverser sa nuit intérieure et explorer ses fondements ultimes.
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De la découverte de cette puissance indifférenciée émerge alors une conscience qui est incarnée par la Déesse Mère. C'est l'instant où la conscience rencontre la nature et la déesse sort des viscères de la terre. Entité supérieure, la déesse mère est aussi une muse qui possède les clés des mondes visibles et invisibles. Elle est à la fois révélatrice et double, créatrice et destructrice.
En devenant femme et épouse, elle sera amenée à transformer cette dualité en dualisme. Elle devra alors garder la flamme vivace et enseigner l'Amour à l'homme dans l'union de leur couple…
Est-il possible pour toutes les femmes d'aujourd'hui de réaliser cette triple incarnation? Eléments de réponse de Csilla Kemenczei dans cet exposé de 51 minutes filmé lors des journées « Rencontre Féminin-Masculin, regards croisés : Marie-Louise von Franz - Pierre Solié » et organisée par l’association « Autour de Marie-Louise von Franz »

Extrait de la vidéo

L'homme devient vraiment ce qu'il est quand il a accompli sa destinée, quand il a accompli sa réalité. Avec ces mots, il annonce que l'homme devient ce qu'il est quand il a accompli sa destinée, quand il a accompli sa réalité. Il déclare, l'homme devient vraiment ce qu'il est quand il a accompli sa destinée, quand il a accompli sa réalité. Avec ces mots, il annonce, il annonce notre quête de ce matin.

Parler le féminin de la femme, c'est parler de la femme en face de féminin, c'est parler de la femme qui se regarde dans le miroir de son féminin. Parler le féminin de la femme, c'est révéler le défi d'entrer en relation avec sa réalité intérieure et incarner le féminin dans sa matière du corps de femme. C'est chercher aussi quels sont les vrais mystères de la femme qui dorment au plus profond de soi-même, dans la plus grande ignorance.

Parler le féminin de la femme, c'est aussi répondre comment on est initié à ses propres mystères. Un petit peu comme Dionysos. Quel est le devenir de la femme et du féminin dans notre monde en métamorphose ? Et quel avatar possible pour nous les femmes aujourd'hui ?

Pour tenter répondre à toutes ces interrogations qui d'habitude prendent une vie entière ou, si je suis vraiment honnête, je devais dire des vies entières, en pluriel. Je vous propose de vous faire accompagner par une métaphore. J'emprunte l'iconographie du Moyen-Âge. J'emprunte cette métaphore de là et c'est celle de cryptique.

Une lecture symbolique du cryptique pourrait nous permettre d'entrevoir et peut-être même saisir au moins partiellement la complexité de toutes ces questions que je citais préalables. Comme démarche, fidèle à l'approche de Jung, pour aborder un sujet de domaine psychique, nous compléterons notre recherche avec quelques références mythologiques et alchimiques. Je serai douce. Voilà, quelle difficulté tout ça expliquer ce que les poètes décrivent en quatre lignes.

Comme par exemple Adonis. Adonis, donc ce poète syrien qui est dans son pays, porte le nom Ali Ahmed Saïd Eisbert. Et je vous propose ses mots en guise de l'intention de cette matinée. Une rose a pris à sa nudité comment lui est une demeure.

Elle enseigna à son parfum comment devenir chemin. Donc dans l'histoire de l'art, le cryptique est une oeuvre peinte et sculptée en trois panneaux. Je vous avais choisi ici une, une qui est très connue mais qui nous permet de bien voir surtout les parties et les structures symboliques. C'est celle de Matthias Grünwald, le rétable des Selheim, ce qui est consacré à Saint Antoine.

Donc c'est une reproduction de ça. Donc cette partie, cette cryptique qui est cette image de métaphore pour notre matinée, il constitue de deux volets extérieurs qui peuvent se refermer sur celui de milieu qu'on appelle le panneau central, le panneau de milieu. Et ce format de cryptique essentiellement il se développe au 12e, 13e siècle et dans le cadre de peinture religieuse en Europe. Alors si on regarde au niveau symbolique, parce que c'est ça qui est intéressant pour nous, pour une psychanalyste et encore plus une psychanalyste younguienne que je suis, le cryptique, cette composition en trois, peut représenter pour nous plusieurs choses.

D'abord, il peut nous représenter une scène en trois vues différentes. Un petit peu comme on fait le tour d'une question. Il peut aussi représenter une image en trois alternatives. On reconnaît un petit peu des analyses des rêves, ces alternatives que le rêve peut nous proposer.

Il peut aussi représenter des trois strates du même inconnu, comme la conscience, inconscience personnelle, inconscience collective. Et encore il peut nous représenter, entre autres, les trois dimensions de la même réalité, de la même réalité. Cette structure constituée par trois et avec une hiérarchie où l'image dominante est au milieu et de chaque côté les protagonistes, cette structure révèle une certaine familiarité avec le principe alchimique connu qui décrit un processus de transformation, notamment la maturation des métaux.

En effet, il existe une théorie en alchimie qui s'appelle la théorie des trois principes alchimiques où on peut observer que dans un processus alchimique, on peut distinguer deux principes qui sont toujours opposés, qui seraient comme les deux volets de côté, qui sont souvent le soufre et le mercure, auxquels l'alchimiste associe une troisième, une sorte d'intermédiaire. Ils appellent le sel ou arsenic, c'est selon l'époque où il est décrit.

Mais en fait, l'importance de cette partie centrale et milieu, c'est que c'est le seul moyen de relier ces deux opposés. C'est le seul moyen d'obtenir une unification de ces opposés. Donc, la structure de Triptych, on sait qu'il était déjà introduit par Lacan. Donc, ce n'est pas que des juges et des iconographies Moyen Âge.

Non, même Lacan, je pense en 1953, suite à l'influence de Hegel, il a parlé de ça. Il a parlé de Triptych, du réel, le symbolique et l'imaginaire, où le réel représente cet inconnaissable, l'imaginaire représenterait l'ensemble des images chaotiques individuelles et où le symbolique serait alors l'image constituée et codifiée par la société. N'est-ce pas dans le réel de Lacan, on découvre ou redécouvre notre inconscient collectif Jungienne, cet inconscient collectif qui contient un savoir absolu, mais qui est inconnaissable.

Il représente une réalité intérieure avec laquelle on interagit, mais qui ne nous appartient pas. Et pourtant, et pourtant, cet inconnaissable, cette incomplétude nous fonde et même nous engendre. Alors, il y a une particularité qui m'a beaucoup amusée, j'espère que ça va vous amuser aussi, une particularité de la structure de Triptych qui on appelle le prédel, puisque je parlais de Lacan et pourquoi pas.

Essayez d'écrire prédel autrement, comme pré-d'apostrophe-elle. Donc, dans ce prédel, elle forme la partie inférieure de Triptych, vous voyez, qui sert également de soubassement au panneau principal. Le panneau, c'est le socle en fait, c'est le socle d'une triptyche. Elle peut être composée d'une seule planche, comme ici vous le voyez dans l'exemple, mais aussi plusieurs éléments peints ou sculptés.

On pourrait même considérer le prédel comme une œuvre distincte. Et pourtant, si vous regardez, si vous examinez, vous voyez que ce prédel, elle reprend des fragments importants du triptyche, qui va donner donc la possibilité de comprendre le récit et le signification iconographique de l'ensemble. Et si vous analysez les images, les sujets traités sur le prédel répondent en effet au thème principal représenté sur le panneau central et sur les deux volets, mais ce sont des représentations particuliers.

Ce sont des représentations en rapport de l'ensemble, mais sans redits, pas dans un langage qui se répète. Ce sont plutôt une nouvelle assemblage du symbole entier.

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