Le masculin de l’homme : Claude Nougaro

Claude Nougaro naît le 9 septembre 1929 à Toulouse d'un père baryton à l'Opéra de Paris et d'une mère pianiste destinée à une carrière de concertiste. Il sera élevé par ses grands parents paternels… des débuts familiaux prometteurs vus à l'aune de la mythanalyse, élaborée par le psychanalyste français Pierre Solié. Novateur absolu, créateur de style, poète à la rime qui frappe, homme de jazz, Claude Nougaro est l'un des maîtres de la chanson française. Il a été capable, grâce à un savant métissage et une personnalité hors du commun, de tisser les liens entre la tradition musicale occitane et celle de l'Amérique noire.

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La materia prima de son oeuvre est sa propre vie, tumultueuse et riche. Alain Wodrascka, son biographe, dira: " il puise les couleurs de sa poésie dans l'encre de son sang". Dans sa musique, nous retrouvons le désir de fraternité construit comme processus d'intégration de la violence primitive dont Solié parle dans ses textes et qui rejoint l'idée du "caritas". Un processus essentiel pour tendre vers l'amour universel et sortir définitivement du rapport dominant/dominé.
Toute sa vie Claude Nougaro combattra la dissociation entre le côté apollinien, pur, ennemi de la démesure et sa contrepartie dionysienne, impure et sauvage.

A travers la parabole existentielle de cet artiste fougueux et complexe, Michel Bucchioni nous montre comment le parcours d'individuation de Claude Nougaro correspond précisément à ce que le psychanalyste Pierre Solié définit comme le « fils amant » à contrario du « fils œdipien » et ce en empruntant le chemin de l'onto-psychogénèse élaboré par le psychanalyste.
En quoi consiste ce parcours ?
Nous permet-il de nous affranchir de l'entonnoir monothéiste et patriarcal freudien?
Et comment s’illustre-t-il dans le parcours de vie de Claude Nougaro?
Réponses de Michel Bucchioni dans cet exposé de 64 minutes filmé lors des journées « Rencontre Féminin-Masculin, regards croisés : Marie-Louise von Franz - Pierre Solié » et organisée par l’association « Autour de Marie-Louise von Franz »

Extrait de la vidéo

qui se déroule comme ceci, c'est-à-dire avec les différents stades génital oral, génital anal et génital phallique et puis ensuite la deuxième partie ce qu'il appelle le chiasma, mais je vous expliquerai tout ça, on en parlera, où il y a différenciation de l'éros, de la caritas et de l'agapé. Alors ceux qui ont lu les ouvrages de Pierre Solier se retrouveront très facilement, pour les autres j'essaierai de faire le maximum pour vous initier.

D'autre part je pense que très peu de personnes ont lu, très grosse biographie sur Nougarro, est-ce qu'il y a des gens qui ont lu cette biographie sur Nougarro d'Alain Vodraska ? Non, personne. Donc vous allez être obligé de me croire, mais tout ce que je dis se trouve là-dedans, donc si un jour vous avez, si ça vous donne envie, vous pouvez vous le procurer, c'est pas très cher, ça coûte 23 euros je crois, ça vaut le coup, c'est un Nougarro, un Nougarro pour ceux qui connaissent un peu Nougarro, c'est un Nougarro qui est inconnu quand même parce qu'il y a ses carnets intimes, il y a beaucoup de choses là-dedans et puis je vous signale aussi qu'il y a eu Danser sur moi, ça c'est tous les textes, absolument il y a presque 300 textes de Nougarro, de toutes ses chansons, y compris celles qu'il n'a jamais chantées et qu'il a écrites pour d'autres personnes, voilà.

Donc on va commencer dans deux ou trois minutes, donc voilà. Je vous remercie José Assa et Marie Laurent qui se sont chargés de la partie musicale de cet exposé, je voulais aussi remercier Chantal Delacote qui s'est chargée avec beaucoup de délicatesse du timing de mon exposé, une fonction qui est généralement réservée à Cronos, vous savez que les coupures, les castrations nécessaires comme aurait dit Pierre qui se sont imposées pour que ça cadre dans l'heure qui m'est impartie.

Je voudrais aussi remercier Marie et Véronique Sollier pour leurs encouragements et pour leur accueil. Et puis je voudrais remercier Pierre Sollier, Pierre Sollier dont la pensée m'a permis de mettre en forme ce travail et il fait partie comme Claude Nougarau de ces très grands qui sont des créateurs de style. Et je vais vous parler de l'intégration du masculin de l'homme à partir des hypothèses que Pierre Sollier développe dans l'ensemble de ses écrits sur la mythanalyse.

Pour illustrer mon propos, je me servirai des textes et chansons de Claude Nougarau dont le parcours de différenciation et d'individuation me paraît correspondre tout à fait à ce que Pierre Sollier nomme un fils amant par rapport à ce qu'il appelle les fils oedipiens. Parler de Claude Nougarau, c'est avant tout parler d'un homme qui a suivi un parcours peu ordinaire. La précocité de ses dons et le milieu familial dans lequel ils se sont développés est lui-même peu commun.

Mais Claude est avant tout un novateur et un créateur de style. Grâce à cette créativité, il nous a légué une œuvre et le prix qu'il a dû payer pour l'écrire. En effet, comme Claude le dit lui-même, la matéria prima de son œuvre, c'est son vécu personnel. Son biographe, Vodraskam, vit et puise les couleurs de sa poésie dans l'encre de son sang.

Il s'agit donc d'une forme d'auto-analyse, d'une pratique de quelque chose qui s'apparente à l'imagination active de Jung. Même si cela reste pris dans le domaine de l'esthétique, la part d'éthique, Nougarau en a porté le poids dans sa vie personnelle. Son message est particulièrement intéressant car il s'agit, comme chez Piersolier, d'un message de fraternité entre les hommes, c'est-à-dire ce que Piersolier appelle la caritas.

Écoutons en première approche ce texte qui s'appelle « Le chant du désert ». J'ai soif. Bédouin brûlé par l'aveuglant néant d'un néant sèche-douche, je marche, marche en sablant un paillon d'encre sur la bouche. J'ai soif.

Il est des bouches oasis toutes enchantées de phrases fraîches. La mienne suce le supplice d'une langue qui se dessèche. Pourquoi me suis-je, ah là là, aventuré parmi ces dunes ? Croyais-je y rencontrer Allah, son burnousse en bûre de lune ?

Il m'aurait dit « Ta soif me plaît, voici ma gourde d'eau mentale ». Alors, j'eusse bu les couplets d'une chanson fondamentale, une chanson à l'infini d'un souffle neuf, brisant ces noces qui nous font naître dans un nid halluciné de pecs féroces. Une chanson pluisée ailleurs qu'à la litanie de nos plaintes, mêlée aux hymnes frossoyeurs dans le poumon des guerres saintes. Une chanson calmant la soif de nos soifs enfin inondés.

Oui, une pluie enfin nous coiffe, une chevelure d'idées, idées dictées pour en sortir de nos mariages et leurs divorces, de nos bourreaux et leurs martyrs, de nos contrats et leurs entorses, de nos salams salam alec au sommet sept de nos puissances. Quand nos enfants claquent du bec dans la patrie de l'innocence, j'ai soif, soif, et me voici là devant vous. Frères humains, but de ma course, les doigts tendus comme des trous vers la lumière d'une source, j'ai soif.

Soif, source, chansource, j'haïs, j'haïs, j'haïs. C'est un peu comme un grand rêve, le début d'analyse. Il y a quelque chose qui se déroule déjà entièrement à travers ce texte, qui est toute sa construction psychique. Puis après, il va falloir passer ses étapes.

Cette fraternité se construit dans un processus d'intégration de cette violence primitive dont Pierre nous parle dans tous ses textes.

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