Le Yi King comme outil de Connaissance

Notre cerveau gauche est comparable à un petit enfant, gâté, beaucoup trop choyé par la société actuelle. Jaloux,  il n’aime pas que son frère siamois, sa partie droite, affirme elle-aussi son existence. Ainsi dès que l’on évoque les termes d’intuition, de hasard ou pire… de divination, il voit rouge et s’écrie : tout ceci n’est que démission de la raison ! Au secours (comprendre : « on m’abandonne !»). Il n’empêche. Les chinois, férus de numérologie, ont rédigé il y a 2500 ans un texte, le Yi King (ou Ji Jing), « le livre des changements » qui permet en jetant des pièces ou des baguettes d’Aquilée d’interpréter différents hexagrammes, et ainsi prendre du recul face à une situation donnée et obtenir une indication à une question posée.

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Face à une perception linéaire, causale, rationnelle du temps et de l’espace qui prévaut en Occident où le vide est synonyme de « néant » ; les chinois, eux,  ont acquis une vision en cercle, acausale du temps et de l’espace. Le vide est pour eux synonyme de « potentialité » et ce qui les intéresse particulièrement c’est d’identifier « les évènements qui aiment à arriver ensemble ». Ces deux visions du monde sont-elles conciliables ? Quel crédit conférer à ce qui relève du hasard ? Telles sont les questions que Michel Cazenave va poser à ses trois intervenants : Nathalie Pilard, Marie-Laure Colonna et Pierre Faure.
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Pour Pierre Faure (praticien) « le présent contient naturellement les germes du futur, interroger le Yi King permet de mettre en relief ses lignes de forces : on peut ainsi déterminer leur teneur et observer leur direction ». 
Pour Marie-Laure Colonna (analyste jungienne) « pour un analysé, tirer le Yi King, implique que le désir du Moi conscient vienne frapper à la porte du Soi. Par le Yi King, on peut sonder les germes archétypiques d’une situation et ainsi s’approcher de ce que les psychanalystes appellent la réalité psychique objective (…) mais les mots ne sont que des codes, cette même compréhension s’exprime en termes analogues selon la tradition de chacun. Le Yi King constitue un formidable complément à toutes voies de recherches »
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Pour Nathalie Pilard (chercheuse en théorie des religions) « le Yi King se présenta à Carl Gustav Jung alors que ce dernier venait de rompre, douloureusement, avec son père spirituel, Sigmund Freud. Telle une synchronicité (un hasard qui a un sens) le Yi King devint son outil, son allié. Les recherches de Jung sur le hasard, les synchronicités et l’intuition démontrent l’échec de la causalité à saisir l'entièreté, à comprendre la globalité des manifestations du vivant. Cela ne veut pas dire qu’il faille abandonner la causalité, mais les recherches de Jung forment une proposition cohérente, … une théorie en devenir. »
Comprendre la réalité du monde dans sa diversité, ses changements passe-t-il nécessairement par une herse de dogme ou de théories indubitables derrière laquelle il est commode de se réfugier ? Notre cerveau gauche (rationnel) nous incite t-il à la capitulation ? Serait-ce là une lente dérive de nos civilisations abrahamiques où à trop nommer son « Dieu » unique, on en oublie ses réels  enseignements? 
A vous de vous familiariser avec cette philosophie chinoise, et cet oracle, dans cette table ronde de 56 minutes filmée au Forum 104.

Extrait de la vidéo

Nous allons donc parler aujourd'hui du ziking, et pour ce faire nous avons réuni un certain nombre de gens qui s'y intéressent de très près, d'abord Pierre Fort qui a été l'un des traducteurs modernes du ziking en français, Nathalie Pillard qui travaille énormément sur ce sujet, je crois que c'est ce qu'elle étudie pour sa thèse de la Torah à l'université d'Aberdeen en Ecosse, et Marie-Laure Colonna qui est psychanalyste, psychanalyste junguienne et qui est didacticienne de la Société Française de Psychologie Analytique.

Pour parler du ziking je pense que la première question à poser c'est de se dire, en fin de compte aujourd'hui il court beaucoup de versions du ziking, souvent le ziking est le sujet de beaucoup de fantasmes, est-ce qu'il ne faudrait pas en revenir à la réalité du texte même, Pierre Fort ? Oui, le ziking c'est d'abord un texte, alors c'est un texte dont on a pu dater la provenance, grosso modo les spécialistes pensent qu'il a été rédigé entre le 8e et le 3e siècle avant Jésus-Christ, donc en Chine, et ce texte ou ce livre qui s'appelle donc le yéking, à savoir le livre des changements, que moi j'aime également appeler le livre du changement, il a cette particularité donc d'être accompagné depuis les origines par une pratique dite divinatoire entre guillemets, il faudra s'entendre sur ce terme-là, cette pratique divinatoire s'articule sur des figures, 64 figures faites de traits continus, dit yang, ou bien discontinus, dit yin, et donc ces 64 mélanges de traits yin ou yang sur 6 degrés, sur 6 niveaux, donc ça donne des hexagrammes, 64 hexagrammes, qui sont tous accompagnés de ce qu'on appelle un jugement, c'est-à-dire une sentence globale sur la situation, chacun des 6 traits de l'hexagramme est également accompagné d'un trait, d'un texte plus spécifique qui décrit ce qui se passe à ce niveau de la situation, puisque chaque hexagramme représente en fait un dispositif énergétique qui va pouvoir rendre compte de toute réalité, on pourrait dire, quel que soit son niveau intérieur, extérieur, etc., et que donc lorsque l'on fait ce qu'on appelle un tirage, et bien on va rencontrer, on va tomber de manière aléatoire sur un des 64 hexagrammes, et certains de ces traits qui vont être en mutation de par le tirage, et qui vont donc donner des précisions sur la manière d'être impliqué, disons, dans ce dispositif, voilà.

Alors, juste une chose pour faire donc ce qu'on appelle les tirages, il y a deux méthodes que la tradition a léguées, il y a eu des tas de méthodes dans le passé, puisque la divination a commencé donc avec ce qu'on appelle l'ostéomancie, la divination sur os, ça c'était à l'époque d'Échange, donc 15 siècles avant Jésus-Christ, ensuite il y a eu donc la kéloniomancie, c'est-à-dire la divination sur écaille de tortue ou sur carapace de tortue, kélonios voulant dire tortue en grec, et puis il y a eu une troisième étape qui est passée par les nombres, qu'on appelle l'akiléomancie, puisqu'on utilisait donc 50 tiges d'akilé qu'on partageait d'une certaine manière, et donc pour aller à la rencontre, pourrait-on dire, d'un hexagramme ou d'un ou deux hexagrammes, et puis donc la dernière méthode, la plus tardive, c'est celle où l'on utilise donc trois pièces de monnaie que l'on jette six fois pour obtenir à chaque fois un trait yin ou yang, mutable ou non, et voilà, et donc construire un hexagramme qui va vous aider à vous orienter dans la complexité inévitable de l'existence, voilà comment on pourrait à peu près présenter ça.

Alors peut-être juste sur un plan historique, nous on connaît donc le Yiking depuis que Carl Gustav Jung a fait sa découverte, si l'on peut dire, c'était en 1924, oui je crois, 1924, lorsque Richard Wilhelm a fait la première traduction qui a vraiment fait découvrir le Yiking au public occidental, c'était donc en 1924 en Allemagne, le livre a été traduit, le texte a été traduit du chinois en allemand, puis Jung s'était donc fait une promesse, n'est-ce pas, à Wilhelm, de donner, comment dire, de faire connaître l'ouvrage, et donc quelques, quand même 25 années plus tard, c'était en 1949 je crois, la traduction de Baines, Jung a donc fait la préface de l'édition anglaise de l'ouvrage de Richard Wilhelm, voilà.

Et puis nous en France, on a eu, donc c'était à la fin des années 60, on a eu la traduction, la retraduction donc de Wilhelm Perrault, de l'ouvrage de Wilhelm, voilà. Il y a eu une vogue, une vague pourrait-on dire, à la suite de l'apparition en anglais du Wilhelm, puisque donc en Californie, etc., la vague hippie a eu une sorte d'accueil qui a été fait à ce livre, c'est vrai, et donc il s'est beaucoup diffusé à cette époque-là, et puis après, bon, disons que dix-vingt ans, il a commencé un peu à se, à rentrer un peu dans le rang, on va dire, après cette entrée un peu fracassante, et puis maintenant, disons qu'il est, il est connu, il est connu et mal connu quoi, c'est-à-dire que tous les gens savent, oui, Lusikling, ça me dit vaguement quelque chose, mais précisément le fait que ce soit d'abord un ouvrage extrêmement bien organisé et construit, qui rende compte très précisément de la pensée de Yinyang et qui lui donne vraiment corps à travers son texte, ça c'est beaucoup moins connu.

Et ce qui est encore moins bien connu, c'est le fait que si on s'éloigne des définitions de la divination que l'on donne en Occident, ça peut devenir un guide tout à fait précieux. Là, j'évoque évidemment le fait que divination pour nous, c'est entre devinette et divagation à peu près, donc une sorte de démission de la raison, alors que dans l'esprit des sages qui ont participé à l'écriture de cet ouvrage, aux recherches qui sont à son fondement, c'était beaucoup plus, au contraire, de l'ordre d'un positionnement juste à partir d'une description d'une situation donnée.

Donc c'est une sémiologie avant l'heure, une science des signes qui finalement a permis que s'assemblent toutes ces informations et qu'encore aujourd'hui on puisse utiliser ce livre en toute confiance. Alors c'est le problème que j'aimerais poser, parce qu'effectivement on voit très bien qu'il y a un usage divinatoire au sens que nous donnons en Occident à ce terme, comme d'une seule manière, si on demandait aux vikings que dois-je faire, que va-t-il arriver, d'une seule façon, alors qu'on a l'impression que beaucoup plus que le viking dit dans quelle situation nous sommes.

Et est-ce que le divinatoire, il ne faudrait pas le ramener à sa racine, dit Winous, c'est-à-dire ce qui nous ouvre un plan plus profond, un plan supérieur à ce qu'est notre purement conscient, et donc l'ouverture à un rythme naturel des choses, dit de la manière de Marie-Laure Colonna. Oui, alors déjà pour moi, quand je parle de divination, ce n'est pas du tout dans un sens péjoratif, mais dans le sens que vous avez pris souvent vous-même, c'est-à-dire de deviner le divin, c'est-à-dire le projet, on pourrait dire, des instances les plus profondes à l'intérieur de nous, ce qu'en terme junguien, je veux appeler le soi, mais qu'évidemment chacun peut mettre sous ce vocable sa propre tradition spirituelle.

Et pour moi, ce que Li Qing m'a appris, en tout cas j'ai rencontré Li Qing à peu près en même temps que Jung il y a une trentaine d'années, il y a plus

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