Qui est Icare ? (1/5)

« Pour entrer dans la signification de l’archétype Icare, il faut d’abord saisir les contours de celui de son père : Dédale » nous-dit Luc Bigé, en introduction de cette nouvelle collection, consacrée à l’étude du mythe d’Icare et du message qu’il nous envoie par-delà les âges. Dédale est un athénien, inventeur, architecte et forgeron. Si la pensée antique et la plupart des mythologues nous transmettent une image favorable de lui, louant son génie créateur, son inventivité ; Luc Bigé va nous dresser ici un portrait beaucoup moins élogieux de ce « savant fou », en particulier si on le met en perspective avec les problèmes de la société d'aujourd'hui.

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Il prend alors les traits de « l’incarnation prophétique d’une société techniciste, marquée par son mépris du vivant ».

Qu’est qu’une civilisation dédalienne ? Faut-il payer de sa vie toute tentative de sortie ?

Dédale représente le prototype de l’ingénieur Géo Trouvetou qui trouve systématiquement une réponse à tout problème. Une caractéristique dont notre civilisation, depuis les débuts de sa révolution industrielle, s’est montrée particulièrement friande, mais qui, selon Luc Bigé, entretient un système malsain. Un système concentrique « qui tourne sur lui-même » puisque chaque nouvelle invention engendre de nouveaux problèmes qu’il faut à nouveau résoudre par de nouvelles inventions. Ainsi de suite...

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Un état de fait qui se traduit par une dictature matérialiste de type soft où « marchands », « breveteurs » se livrent une guerre sans merci pour satisfaire l’appétit d'un actionnaire invisible mais omniprésent, et dont la voracité est sans fin. 
Ne serions-nous pas là en présence d’une allégorie moderne de la bête infâme, transgénétique, que l’on tente de cacher au fond du labyrinthe, et qui chaque année nous réclame son « dû » ?

CAC 40 ou Minotaure ? Tenter de duper les Dieux (ici Poséidon) se traduit toujours tragiquement…

Souhaitez-vous lever le voile sur ce jeune personnage, Icare, qui tel comme son compagnon d’infortune dans sa jeunesse, Narcisse, fut sacrifié sur l’autel de la concupiscence et de l’indifférence ? 
Un premier exposé où Icare apparaitra comme « plaque tournante » entre deux autres figures incontournables pour comprendre l’Homme et son évolution : Prométhée l’inventeur et Protée le visionnaire …

Extrait de la vidéo

Il était une fois un personnage qui s'appelait Dédale, qui veut dire ingénieux, brillant. Dédale, en fait, c'est l'archétype de l'ingénieur moderne. Ce Dédale, en question, avait inventé, nous dit Platon, avait fabriqué, nous dit Platon, des statues qui avaient l'air vraiment vivantes, parce qu'il fallait les attacher pour qu'elles ne se sauvent à ce point. Et il était, évidemment, incroyablement brillant, il fabriquait plein de choses, on va voir, il va surtout fabriquer des jouets, d'ailleurs, en réalité.

Et il avait un neveu qui s'appelle Talos, T-A-L-O-S. Il était jaloux de ce neveu de 12 ans qui, lui, avait inventé trois choses importantes que Dédale était incapable d'inventer, on verra pourquoi. C'est la scie, à partir de la mâchoire de serpent, en imitant la mâchoire de serpent, c'est le tour à potier, et c'est le compas. Et donc, comme Dédale était incroyablement jaloux de ce neveu de 12 ans, il lui dit un jour, écoute, viens, mon pote, on va faire un petit tour.

Il l'amène au sommet de l'acropole, et il le pousse, il tombe, il tombe, il tombe. Et le texte nous dit, son génie créateur va passer dans ses ailes et dans ses pattes, et se métamorphoser en perdrie. Donc le génie créateur de Talos a fait que, durant sa chute, il s'est métamorphosé en perdrie. La caractéristique de la perdrie, c'est de voler à mi-hauteur, ni trop haut, ni trop bas.

Donc vous voyez déjà qu'au fond, la perdrie est l'antithèse d'Icare, qui va chuter parce qu'il a volé trop haut. Du coup, M. Dédale passe devant l'aréopage, il est mis en procès, et il est condamné à l'exil. Et c'est à ce moment-là, il va arriver sur l'île de Crète, il va s'exiler en Crète, arriver sur cette île où règne le roi Minos, que j'évoquais tout à l'heure.

Alors Minos, lui, a fait un autre péché originel. Vous voyez que le péché originel de Dédale, c'est d'avoir tué son neveu par jalousie. Le péché originel de Minos est le suivant. Il a fait un pacte, il a passé un accord avec Poséidon, le dieu de la mer, et Poséidon lui a offert un magnifique taureau blanc.

Grâce à ce taureau, il va être reconnu roi de Crète, et en échange, après son sacre, il devait sacrifier ce taureau au dieu de la mer. Voyant le magnifique taureau blanc, si magnifique dans son cheptel, il se dit, je ne vais quand même pas le refiler à Poséidon celui-là, ce serait dommage. Je vais le garder dans mon cheptel, et je vais sacrifier un autre taureau au dieu. Pensez bien que Poséidon, il en a vu d'autres, et il ne s'est pas laissé abuser par la ruse.

Et donc il va vouloir se venger, et la vengeance sera la suivante. La femme de Minos Passiphaë, Passiphaë va tomber éperdument amoureuse du beau taureau blanc, qui est en train de pètre dans les enclos de Minos, et elle va convoquer Dédale, qui vient d'arriver, ça tombe bien, pour lui dire, écoute Dédale, j'ai un souci, je voudrais avoir une relation amoureuse avec le taureau, est-ce que tu ne pourrais pas m'aider, faire quelque chose ?

Alors Dédale se gratte la tête, et puis il a une idée géniale bien sûr, parce que le technicien a toujours une idée géniale pour résoudre un problème. Il va fabriquer une vache de bois, qui est en fait un jouet, puisqu'il va être tiré par des roulettes et ainsi, creuses, et il va demander à Passiphaë de rentrer dans cette vache de bois, finalement les jambes de Passiphaë dans les pattes arrière du taureau, au bon endroit, et ensuite il va l'amener dans le champ où est en train de pètre le taureau de Poséidon, et là sans doute que le taureau de Poséidon était un peu distrait, mais il va monter la vache de bois, et c'est le texte, et neuf mois plus tard va naître le célèbre Minotaure, qui est en fait un monstre, une chimère, avec un corps humain et une tête de taureau.

Minos, alors le Minotaure, ça veut dire le fils de Minos, paradoxalement. Minos a honte de cette progéniture à laquelle sa femme a donné naissance, et il va convoquer Dédale à nouveau et lui dire, écoute Dédale, ma femme a donné naissance à un monstre, j'en ai honte, est-ce que tu peux faire quelque chose ? Dédale se gratte la tête, il a une nouvelle idée géniale, il dit, super, je vais construire un labyrinthe pour le cacher et le mettre au fond.

Bon, il construit le labyrinthe qu'on connaît en Crète, c'est le Padé de Cnossos, qui existe historiquement, archéologiquement en tout cas, et il y enferme le Minotaure. Beaucoup plus tard, là je vais assez vite, Thésée viendra tuer le Minotaure. Il se trouve que Minos n'est quand même pas du tout content que Dédale ait aidé sa femme à avoir une relation étrange avec le taureau de Poséidon. Donc il va enfermer Dédale dans le labyrinthe, avec son fils, Icar.

Voilà où apparaît Icar. Dédale, que rien n'arrête, réfléchit à une nouvelle invention pour sortir de ses pièges. Et pendant que son fils joue autour de lui, il fabrique les fameuses ailes qui vont lui permettre de sortir du labyrinthe. Le texte attarde longuement sur la fabrication des ailes, on apprend que ce sont des plumes d'aigle, les plus grosses étant attachées par des fils de lin, et les plus fines étant attachées avec de la cire, un point de cire.

Et lorsque les fameuses ailes sont prêtes, Dédale dit à son fils la chose suivante, « Tu ne voleras pas trop haut, tu ne descendras pas trop bas sur les ondes,

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