Les croyances touchant à la mort et aux morts

« On ne peut rien imaginer que l’on ne connait déjà !» nous dit Claude Lecouteux…. Depuis la préhistoire, les hommes ont accompagné le passage de leurs proches vers l’au-delà par des rituels qui laissent présager d’une croyance dans une vie après la mort ou du moins à une transmigration de l’âme du défunt. En outre, depuis le moyen-âge, et le développement de l’écriture par les clercs, de nombreux écrits relatent l’apparition de revenants et de phénomènes troublants. De nos jours, encore, ces témoignages persistent, notamment en France, en Ecosse ou en Islande.

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Claude Lecouteux, Karin Ueltschi et Astrid Guillaume travaillent chacun depuis de nombreuses années sur ces témoignages et textes anciens dont le recensement s’étale sur plus de mille ans : quels éclaircissements peuvent-ils nous apporter et quelles sont leurs conclusions ?
Loin de toute forme de sensationnalisme, et avec la rigueur scientifique qui est la leur, ils nous livrent dans cette table ronde de soixante minutes le fruit de leur recherches : qu’est-ce qu’un revenant ? Quelles caractéristiques retrouve-t-on dans ces nombreux écrits ? 

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Qu’est-ce que les anciens entendaient par le terme « d’âme » ?

Quelles édulcorations chrétiennes  les clercs - qui étaient alors les seuls à savoir écrire - ont-ils apportées à ces récits… ? 

A vous de vous faire une idée, grâce à cette table ronde de 66 minutes...en ayant pris soin au préalable de calfeutrer votre bureau : fermez portes et fenêtres !

Extrait de la vidéo

Nous allons parler aujourd'hui des croyances touchant à la mort et aux morts. Nous sommes en présence de Karine Ulchi et de Claude Lecouteux. Karine Ulchi, vous êtes docteur, habilitée à diriger des recherches, vous enseignez la langue et la littérature française du Moyen-Âge à l'Institut catholique de Rennes et puis également à l'université de Rennes 2, c'est bien ça ? C'est ça.

Très bien. Donc vous intéressez aux héritages savants et mythiques ainsi qu'aux réalia et mirabilia. Vous nous expliquerez un petit peu en quoi ça consiste plus longuement tout à l'heure. Je présente également Claude Lecouteux.

Alors Claude Lecouteux, faut-il le présenter ? Je ne suis pas sûre. Il est très très connu, professeur émérite de l'université Paris-Sorbonne, Paris 4 Sorbonne. Vous avez publié une multitude d'ouvrages.

Alors je peux donner quelques noms. Le livre des Grimoires, La maison et ses génies, L'histoire des vampires, Fées sorcières et loups-garous. Donc des choses qui sont très très scientifiques mais qui touchent aussi un très vaste public. Donc deux spécialistes aujourd'hui des croyances.

Nous allons parler des croyances plutôt liées à la mort et aux morts. Donc Karin Ulschi, vous êtes spécialiste des réalia, mirabilia. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire surtout, c'est l'implication des deux.

C'est-à-dire très souvent la merveille, les croyances s'enracinent dans des objets très très simples. Par exemple, ça peut être une boîte, ça peut être une hôte, ça peut être un petit chariot. Aujourd'hui par exemple, on a le souvenir de cette réalité puisqu'on appelle les petits chariots, les diables. On transporte quelque chose.

Donc il y a eu une transposition entre ce que le diable a sur son dos pour emporter quelque chose et donc par transfert, on a appelé comme ça l'objet. Donc il y a les chaussures qui sont des choses extrêmement intéressantes, les bâtons, les balais, tout ça. Aujourd'hui, nous allons parler de la mort et on va voir en quoi, dans le contexte de la mort, cela peut avoir une certaine utilité. On retrouvera les chaussures.

Bien sûr, bien sûr, essentiel. Alors Claude, oui, vous avez travaillé assez longuement sur la mort également. Disons au moins une vingtaine d'années. Que ça !

Oui, oui, oui, mais pas uniquement. Seulement ça, c'est un sujet qui est tellement vaste, tellement diversifié qu'on ne peut pas le saisir d'un premier jet. Et en fait, ça demande vraiment une énorme réflexion pour entrer dans un univers mental qui est tellement différent, disons d'une autre aujourd'hui, qu'on a beaucoup de mal à le comprendre. En fait, rentrer dans cet univers demande un effort, disons, intellectuel énorme, parce qu'il faut faire abstraction d'un tas de certitudes, du cartésianisme, même éventuellement de la religion dans laquelle on a été élevé.

Sinon, on n'arrive vraiment pas à le comprendre. Et donc, petit à petit, en grappillant des éléments d'information ici, d'autres éléments là, on finit par arriver à reconstituer une partie du puzzle qui représentait le monde mental de nos lointains ancêtres. Puisque moi, ce qui m'a intéressé, c'est, disons, le Moyen-Âge en entier, mais le Moyen-Âge, ça fait tout de même mille ans. Alors, apparemment, c'est quand même une spécificité propre à l'être humain que de s'interroger sur la mort, sur l'au-delà, sur ce qui se passe après.

Karine, vous direz qu'en fait, c'est la question fondamentale. Tout individu normalement constitué se pose un jour la question de savoir, mais y-a-t-il une vie après la mort ? Alors, ce présent, il va s'orienter vers des pratiques païennes, comme on appelle, ou bien vers des religions, vers un dieu, vers plusieurs dieux, vers des pratiques... Alors, est-ce que vous pouvez éclairer ma lanterne sur ce plan, tous les deux ?

Je pense qu'évidemment, de notre côté, l'éducation à laquelle vous avez fait allusion, donc d'une manière ou d'une autre, il y a une réponse qui est proposée en général à vos enfants. Après, il y a plein d'autres sources d'informations, des choses plus diffuses. Avant même qu'on devienne chercheur dans ce domaine-là, on entend raconter des histoires, on a tous entendu des histoires de revenants, ou dans telle maison, sur telle fenêtre, il y a un pot de fleurs qui toutes les nuits tombent par terre, des choses comme ça.

Je veux dire, c'est tout petit, on entend cela, et peu à peu, si on s'intéresse à ce domaine-là, on fait des investigations, et on croise notamment ce qu'on appelle les héritages savants, et les traditions, on va dire, populaires, on dit parfois folkloriques, d'origine orale, en fait. Et si on approfondit bien les choses, on trouve des coïncidences extraordinaires. Alors, on va commencer par le commencement, peut-être.

Ça commence quand, ces interrogations ? À partir du moment où, disons, l'homme commence à inhumer ses morts et à entourer ses rites funéraires d'un certain nombre, enfin, disons, ses inhumations d'un certain nombre de rites. Alors, on a déjà trouvé des traces de cela dans les tombes, disons, préhistoriques, néolithiques et compagnie. Et c'est là où, véritablement, l'homme prend conscience, c'est ce qu'on pense aujourd'hui, prend conscience de la mort et certains détails, disons, nous prouvent qu'il pensait déjà à une vie après la mort.

Alors, quel genre de détails ? Ah ben, quel genre de détails ? C'est tout simple. Ce qu'on appelle les dons funéraires.

À partir du moment où vous avez des armes, des animaux, même d'autres humains et de la nourriture dans une tombe, le mort lui-même sait parce qu'il va mener une autre vie dans un autre monde, disons, une seconde vie dans un autre monde et qu'il a besoin, dans cet autre monde, exactement de tout ce dont il avait besoin, ici-bas. C'est-à-dire qu'on n'a jamais imaginé l'autre monde que comme un miroir, si vous voulez, de notre monde.

Alors, ça c'est un premier point, mais ça c'est les morts, disons, ça c'est les morts sympathiques qu'on a traités comme ça. Alors, les Égyptiens aussi avaient cette pratique ? Les Égyptiens, eux, mettaient des doubles, des cas, à l'intérieur des tombes, de façon à ce qu'il y ait une survie d'une partie, disons, du corps. Grosso modo, tous les peuples anciens avaient la conception d'une âme, sans connotation chrétienne, d'un spiritus multiple.

Alors, ça va jusqu'à 7, 8, moi j'en ai dans les textes en vieux saxon du 9e, 10e siècle, j'arrive à 6. Dans les textes scandinaves anciens, vous en avez au minimum 3. Mais même dans le christianisme, vous avez anima spiritus, et puis le 3e est animus, ça vous fait déjà 3 âmes, etc. Donc, la survie était assurée, par exemple, mais vous aviez chez les Égyptiens, le cas, le bar, et puis d'autres que j'ai oubliés.

Très intéressant. Donc là, en fait, on parle déjà de corpus. Quels sont vos corpus, à tous les deux ? Alors, Karine ?

Moi, c'est essentiellement, évidemment, la tradition médiévale, aussi bien latine qu'essentiellement ancien français, un peu germanique, voilà.

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