L’incendie de la forêt de Khandava
L’incendie de la forêt de Khandava est un des épisodes du Mahabharata, texte sacré de l’Inde. Pour Jean Herbert (« La Mythologie Hindoue, son message », Albin Michel, 1982), cet incendie marque la fin d’un cycle et le passage dans l’ère actuelle du Kali Yuga.
L’action se déroule dans une forêt, symbolisant « le fouillis attrayant de la division » sur laquelle où règne Indra, le souverain des être animés et des activités mentales. Cette suractivité mentale, caractéristique du Kali Yuga, qui mène à la dualité et à la rivalité témoigne d’une absence de direction centrale. La volonté des Dieux va solliciter Agni, Dieu du Feu et de la Connaissance afin de remédier à cette situation. Il va s’en suivre un véritable carnage….
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Pour Jean-Louis Brun le chemin initiatique est bel et bien un « processus »… terme qui renvoie donc à une méthodologie...
Et de citer Jean Herbert « cette mystique, prétendent les hindous, et aussi les occidentaux qui ont bien voulu s’en rendre compte, cette mystique est susceptible d’applications pratiques, concrètes et constantes, et ses étapes se succèdent selon des lois aussi strictes que la technique de nos ingénieurs ».
Les huit symboles qui se retrouvent successivement au fil de ce récit sont :
- « une coupe qui se vide » : la fin de la perception dualiste du monde
- « la lumière en haut, le feu en bas » : la maitrise de ses désirs
- « le vent sur le lac » : la recherche du Maître Intérieur
- « la montagne sous le ciel » implique un changement de peau
- « la montagne sur la foudre », suggère l’union des principes masculin et féminin, ou encore un retournement qui précède à une naissance
- « le vent sous la terre » : la fin des illusions, la sortie de l’obscurité vers la lumière
- « le feu dans le ciel » : le rayonnement
- « l’eau sur la terre » : l’union parfaite des eaux


Extrait de la vidéo
Alors nous allons maintenant passer à la mythologie ou à la culture en tout cas indienne à travers un épisode de l'immense corpus que constitue le Mahabharata qui est un épisode qui s'appelle la forêt de Kandava et nous allons traiter donc comme dans les autres séquences de cette série, nous allons traiter d'un scénario exprimé par huit symboles, huit symboles successifs, un scénario que l'on retrouve dans plus d'une douzaine de mythes et de légendes à travers toute la planète et depuis 4000 peut-être 7000 ans.
Le texte de référence de cette séquence, c'est un livre de Jean Herbert, la mythologie hindoue, son message qui est donc édité chez Spiritualité vivante chez Albain Michel. Alors Jean Herbert, l'auteur qui est né à la fin du 19e siècle et mort en 1980, était un orientaliste, un interprète, disciple de Shri Aurobindo et directeur de la collection Spiritualité vivante donc celle qu'il édite chez Albain Michel. Il est l'auteur très prolixe d'une quinzaine d'ouvrages sur l'hindouisme. Le texte donc que je prends, c'est une traduction qui est faite par lui-même Jean Herbert à partir de deux versions en sanscrit qu'il avait trouvées qui provenaient de Calcutta et de Bombay. Alors l'incendie de la forêt de Kandava, c'est un épisode du Mahabharata. Selon Jean Herbert, cet épisode relate la fin d'un cycle que l'on appelle le Kali-yuga. Pour ceux qui connaissent la théorie des cycles, nous serions actuellement à la fin du Kali-yuga et qui correspond au développement extrême du mental cérébral dualiste et à l'âge de fer pour ouvrir sur un cycle nouveau qui s'appellerait le Satya-yuga et qui serait un retour à l'âge d'or.
Alors vous avez un dieu qui s'appelle Indra. Indra, c'est le souverain des êtres animés au début de ce récit. Il règne sur quoi Indra ? Il règne sur un monde caractérisé par les opérations qui relèvent du mental. Un monde dans lequel le cerveau et je ne veux pas dire l'intellect parce que l'intellect ça peut prendre un sens tout à fait différent si on l'attache à son sens chez les grecs. Ce n'est pas du tout le cerveau dans lequel siège l'intellect que l'on pourrait dire supérieur.
Donc je parlerai du mental comme de l'activité cérébrale consciente. Ce mental qui coupe les choses en morceaux, qui les analyse. Alors Indra règne donc sur ce monde où les opérations relèvent du mental, la discrimination, la polarisation, l'opposition, la rivalité, la lutte, le désordre qui résulte de l'absence de direction centrale. Alors dans la tradition très fréquemment la direction centrale en question qui est le véritable siège de l'intellect supérieur, cet intellect des grecs, c'est le cœur, ce n'est pas le cerveau. Le cadre de cette histoire c'est la forêt, c'est le fouillis de la forêt, symbole du désordre, le fouillis attrayant de la division dit Jean Herbert. Et puis vient un moment où la puissance consciente de la volonté divine, le dieu Ani, Ani le feu, qui s'était jusque là contenté de cet état, le juge dépassé et veut conduire à une étape nouvelle. Ce qui implique naturellement la destruction de la forêt, qui est un symbole du monde, de la forêt, cette forêt qu'on retrouve chez Dante au début de l'enfer, chez Perceval, la ghast forêt au début de son histoire.
Destruction de la forêt et de tous ceux qui y habitent. Donc c'est la fin du cycle. La fin du cycle dans la théorie indienne, c'est une catastrophe et ça doit passer par une catastrophe pour qu'il y ait une renaissance.
L'initiation consiste précisément à faire mourir le vieil homme issu du monde mental et dualiste pour faire naître son successeur dont la pensée soit par nature non plus dualiste mais symboliste. Alors Jean Herbert voit dans ce mythe et dans cette légende indienne un schéma précis et méthodique. Et je veux citer Jean Herbert parce que cette phrase, je la trouve extrêmement intéressante, l'idée qu'il pouvait se faire du processus initiatique. Et je dis bien le processus. Ça peut choquer de considérer que l'initiation soit un processus, c'est-à-dire quelque chose de méthodique, qui passe par des étapes pré-établies parce qu'on se fait souvent de l'initiation l'idée d'une grande liberté. C'est un processus libératoire. Et pourtant, que ce soit Jean Herbert ou Julius Evola, Julius Evola lui aussi croyait fermement qu'il existait une voie où le hasard n'a pas sa place. Un processus qui permet d'atteindre la connaissance avec un grand C aussi sûrement qu'on devient menuisier si on s'inscrit dans une école de menuiserie et qu'on travaille sérieusement. Ça ne relevait pas du hasard. Ça pouvait se faire si l'on respectait un certain protocole, certaines étapes. Donc je cite Jean Herbert, cette mystique prétend de les hindous et aussi les occidentaux qui ont bien voulu s'en rendre compte, cette mystique est susceptible d'applications pratiques, concrètes et constantes et ces étapes se succèdent selon des lois aussi strictes que la technique de nos ingénieurs. Donc on est en train de parler de science, science sacrée, mais de science de véritable connaissance.
Et évidemment, puisque mes travaux consistent à exprimer un scénario qui est un scénario permanent et universel dans les mythes et les légendes et donc dans les voies de réalisation du monde entier, il est évident que je ne puis qu'adhérer avec ma propre conviction à cette phrase. Alors dans cette légende de la forêt de Kandava, les principaux personnages sont Indra. Indra, c'est le symbole du mental qui règne sur le monde à ce moment-là. Et puis Ani, c'est le feu conscience, c'est le feu symbole de conscience, mais c'est un feu qui détruit également. Et puis deux guerriers qui sont issus de la dualité primordiale, qui s'appellent Krishna et Arjuna.
Et je précise, Arjuna est le fils d'Indra. Voilà un petit peu pour le tableau et les personnages qui sont au départ de cette histoire. Et maintenant, racontons cette histoire à la lumière du scénario des mythes et des légendes. La première étape de ce scénario, je le rappelle, c'est une coupe qui se vide. C'est le symbole d'un liquide que l'on verse à partir d'une coupe.