La mythologie de l'Hadès et le concept de l'ombre

Pour Eric Berrut, Hadès, dieu du monde souterrain, peut nous aider à penser le concept de l'ombre établi par C.G. Jung. Inspirant la crainte et incarnant nos peurs, il est également le "riche", l'invisible". Relié à la mort, il nous convie à mourir à l'ancien monde pour renaître au nouveau et répondre par là à la nécessité de l'être. Si chaque être est défiguré par la somme de ses identifications, ses couches de personnalité, l'ombre est ainsi tout à la fois sa part cachée, l'ennemi de son système de pensées et de sa manière d'être, le gage de sa vérité et de sa réconciliation psychique.

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
58:39
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Qu'avons-nous fait de celle et de celui qui nous aurions pu être? Qui sommes-nous au préfond de nous-mêmes et dans notre totalité?

Réponse de l'auteur qui nous invite au recouvrement de notre face divine originelle.

Extrait de la vidéo

L'objet de la réflexion de ce soir est donc d'envisager la notion psychologique de l'ombre à la lumière de la mythologie, de la mythologie de l'Hadès. Le mot Hadès a ceci de particulier qu'il désigne à la fois un royaume, le monde souterrain, et un dieu, le souverain qui règne sur ce monde souterrain. Donc quand je parlerai de l'Hadès, je ferai référence à ce monde de la profondeur, à ce monde des enfers, et quand j'évoquerai Hadès, je ferai référence au dieu, au souverain lui-même.

Cette réflexion, je la propose évidemment dans un esprit symbolique et nous allons nous appuyer sur la mythologie de l'Hadès pour penser la notion de l'ombre et pour essayer de comprendre ce qu'elle recouvre. Dans un esprit jungien aussi, nous allons penser notre vie psychique dans les termes du mythe. S'il fallait retenir une chose de la contribution de Jung à la psychologie, je dirais à la suite de James Hillman notamment, je dirais ceci, c'est que Jung nous a conduit à considérer les facteurs mythologiques qui sont à l'arrière-plan de la destinée humaine, de la destinée des peuples ou des nations, et qu'il a appris ou plutôt réappris aux psychologues à penser dans les termes du symbole, dans les termes de la mythologie.

Tout d'abord, qui est Hadès ? Fils de Cronos et de Réa, Hadès fait partie d'une famille illustre. Il est le frère de Zeus, le frère de Poséidon, le frère de trois grandes déesses olympiennes, Hera, Déméter, Hestia. Nous n'allons pas nous arrêter sur les circonstances de la destitution de Cronos, leur père, sinon pour dire que les trois frères vont se partager le monde après avoir gagné la guerre qui verra chuter leur père Cronos.

À la suite de ce partage, Zeus reçoit le ciel et il s'installe sur le trône de l'Olympe avec une fonction suprême. Poséidon reçoit les mers, les océans, et le monde souterrain échoua à Hadès. Hadès règne donc sur ce monde, souvent appelé le monde des enfers. Pour comprendre cette appellation des enfers, il faut déjà la débarrasser de la connotation qu'elle a prise, notamment dans la culture, dans la théologie catholique.

Cette dénomination d'enfer, il faut l'entendre au sens littéral, au sens étymologique, puisque le monde infernal, du latin infra, signifie le monde inférieur, le monde qui est en bas. Mais il faut anticiper un petit peu les choses en traduisant cette idée du monde inférieur en termes psychologiques. Et je dirais tout de suite, en anticipant, que l'Hadès recouvre des composantes psychiques jugées inférieures.

En d'autres termes, leur infériorité ne tient pas à leur nature, à leur nature intrinsèque, mais au jugement que nous portons sur elle, au rejet, à l'exclusion dont elles font l'objet. À lire la mythologie, on se rend compte qu'Hadès inspire une immense crainte. Aux yeux des grecs, il soulevait une telle angoisse que ceux-ci évitaient même de prononcer son nom. Hadès était un nom qu'on ne disait pas, ce qui revient à dire qu'on a tendance à éviter de nommer, d'identifier ce qui nous fait peur, mais on sait l'efficacité que recouvre une telle stratégie de défense.

Donc les grecs ne prononçaient pas le nom de Hadès, mais par antiphrase, ils l'appelaient Ploutos, ce qui signifie le riche. Les latins ont repris cette appellation et c'est le nom qu'on donne à la planète astrologique qui recouvre le symbolisme d'Hadès, la mythologie de l'Hadès. Donc, souverain du monde inférieur, Hadès règne sur tout ce que la terre recèle dans ses profondeurs. Toutes les pierres précieuses, notamment tous les minerais rares lui appartiennent.

Les grecs avaient bien raison de l'appeler le riche. Nous allons revenir sur cette idée centrale de la richesse d'Hadès, mais on ne peut certainement pas accéder à cette richesse en refusant en même temps de l'appeler par l'autre secret de son nom. Hadès signifie en effet l'invisible et nous touchons déjà là à une clé de sa mythologie. Ce qui est riche, Ploutos, serait indissociable de ce qui est invisible, Hadès.

Zeus, Poséidon et Hadès, donc les trois frères qui se sont partagés le monde suite à la destitution de leur père, les trois frères détiennent chacun un pouvoir spécifique. Zeus a reçu la maîtrise de l'éclair et de la foudre, emblème de sa souveraineté sur le ciel, de sa puissance olympienne. Poséidon a reçu le fameux trident avec lequel il commande les flots. Les épisodes de la mythologie regorgent où l'on voit les navigateurs implorer Poséidon pour qu'il rende la traversée plus sûre, pour qu'il calme les flots et pour qu'il les préserve du naufrage.

Hadès, quant à lui, a reçu un masque qui le rend invisible. Ce masque, tout comme le trident de Poséidon, est le signe, l'emblème de son pouvoir. Et peut-être que nous pouvons déjà dire que notre véritable visage, que notre cher visage dont parle la mystique, est à découvrir.

Abonnez-vous à la newsletter de BAGLIS TV

Haut