Voie initiatique ou quête spirituelle ?

Pour Arouna Lipschitz, la quête spirituelle nous entraîne vers le mystère, l'essence des choses, par l'éprouvement; la voie initiatique est une voie logique qui s'exprime, une voie de connaissance qui s'étudie. En outre, l'expérience spirituelle de l'éveil, du retour à l'"Un", gomme la conscience d'altérité qui s'incarne dans le monde duel. La voie initiatique permet, elle, d'accéder à la connaissance de soi et du monde tout en visant l'ouverture du coeur.

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40:09
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La spiritualité privilégie-t-elle la rencontre avec soi ou la rencontre avec l'autre? L'une empêche-t-elle ou est-elle le tremplin de l'autre? Le but n'est-il pas de garder le contact avec la source d'en haut tout en étant tourné vers l'autre d'en bas?
Réponse d'Arouna Lipschitz dans cette conférence vidéo de 40 minutes.

Extrait de la vidéo

Et bien bonjour, je voudrais pour différencier le chemin spirituel de la voie initiatique vous dire comment cette différenciation, ce besoin de différencier les deux s'est imposé à moi au cours de mon parcours. Je voudrais juste reprendre ce moment où je suis, où je me suis engagée dans la spiritualité à fond et où en 1982 j'ai pris la robe orange dans le cadre de la tradition védantique hindoue. On confond souvent aussi la spiritualité hindoue et la spiritualité bouddhique.

Moi j'étais avec un maître indien qui était le disciple de Swami Shivananda de Rishikesh et c'est donc la pure lignée védantique de l'Inde. Et je me suis retrouvée avec ce gourou pendant des années jusqu'au moment où d'ouverture spirituelle en ouverture spirituelle, il m'a proposé ainsi qu'à quelques autres de ses disciples, pas beaucoup, nous étions en tout cinq, de prendre la robe orange. Donc ça a été un grand moment, ça a été très difficile. À l'époque je vivais encore avec quelqu'un, il a fallu choisir entre l'amour humain et l'amour divin, enfin bref, je vous raconte pas tous les détails de ce moment-là, vous les retrouverez dans mon livre « Dis-moi si je m'approche » où je raconte toute cette partie de ma vie. Ce qui est important pour notre sujet c'est que j'ai donc fait le choix de prendre cette robe orange, mon compagnon a pris le choix de ne pas devenir sannyas, ça s'appelle un renonçant, et du coup j'ai eu au moment de prendre cette robe orange, il y a tout un rituel, la plonger dans le gange, et là j'ai connu en sortant du gange et en mettant cette robe orange, en laissant mes vieux vêtements partir dans le gange, je me suis retrouvée à méditer un moment et à vraiment connaître un moment de grâce, d'illumination, où j'étais plus là, où j'ai su après coup évidemment, parce que pendant on ne le sait pas, mais où j'étais dans un moment de dissolution de conscience totale et où j'étais en fusion, on peut appeler ça une extase, on peut appeler ça la fusion avec le cosmos, avec la lumière, en tous les cas où j'étais dans un moment sans conscience de soi, et où je peux dire, autant qu'on peut dire, que j'ai eu un moment d'illumination, et j'ai vraiment cru là que j'avais l'échantillon de l'accomplissement absolu de ma spiritualité. Alors évidemment une fois que mes collègues qui étaient là, mes co-disciples m'ont rappelé pour qu'on aille prendre les bénédictions de mon Swami avec notre robot orange, j'ai émergé de cet état, mais après coup, émergeant de cet état, je me suis dit ben voilà, je suis arrivée au bout du bout du banc, je sais maintenant ce que c'est que l'illumination, le nirvana, je sais ce que c'est, voilà vers quoi je dois tendre, et toute ma spiritualité finalement ne sera que de réussir à m'établir, comme disent les bouddhistes pour le coup, à m'établir dans cette lumière, dans un état constant, à m'y établir vraiment, et que ce soit pas des moments où on y rentre et on y sort. Donc voilà, j'étais arrivée à l'endroit où j'avais, me semble-t-il, tout compris de l'enjeu spirituel, et il n'y avait aucun doute qu'à ce moment-là, je n'avais aucune autre ambition que de poursuivre ce chemin spirituel pour m'établir dans cet état, de manière permanente et constante.

Alors pourquoi il y a eu un autre choc, pourquoi dans ma vie il y a eu un autre choc, d'abord je pense qu'il n'y a ni bien ni mal, ni ça doit être comme ça, pas être comme ça, il y a des assignations.

Je ne devais pas être assignée à devenir une sainte, à devenir quelqu'un qui devient ce qu'on appelle dans la tradition un réalisé vivant, ça ne doit pas être mon destin, et mon destin a plutôt fait qu'à partir de là, d'ailleurs mon maître indien lui-même s'est arrangé pour que je rentre à Paris et que je me remette bien dans la vie concrète, matérielle, existentielle, lui-même devait savoir bien avant moi que ce n'était pas mon destin, et effectivement il est mort très vite après ce temps de sagnas, il est mort dans l'année en fait, il est mort, j'ai pris ma robe orange le 14 février 82, le jour de la Saint-Valentin, ça c'était un signe, et il est mort le 2 décembre de la même année. Et à partir de là, mon destin a tourné avec une nouvelle rencontre, et j'ai rencontré un maître kabbaliste, non juif, ça c'est intéressant à dire, mais qui du coup m'a ramenée à ma propre tradition hébraïque de départ, puisque je suis née dans une famille juive, et que toute ma spiritualité hindoue en fait était une manière de me sortir de ma tradition hébraïque pour trouver une spiritualité qui convenait mieux à mon âme. Et dans cette rencontre avec ce maître hébraïque, il y a eu un nouveau choc, il y a eu un nouveau choc, et ce choc il est venu, c'est une histoire toute bête, j'étais en méditation avec lui, en extérieur d'ailleurs, alors que dans ma tradition, dans mon chemin spirituel, on faisait plutôt des méditations, les yeux fermés, etc. Et lui nous apprenait à méditer au soleil, dehors, en disant que le nouveau temple c'est la vie, voilà c'est la vie. Mais là où il m'a vraiment confrontée, c'est qu'après une méditation, il m'a arrêtée, puis il m'a dit, dites-moi, est-ce que vous connaissez la couleur des yeux des gens que vous aimez ? Et comme font souvent les maîtres, il me pose la question, il me tourne le dos et il s'en va. Je rentre ce soir-là à la maison, et j'essaye de me souvenir de la couleur des yeux des gens qui me sont très proches, ma mère, ma sœur, mon père, les amis, pire que ça, les amants que j'ai eus. Impossible, mais impossible de mettre une couleur précise. Bien sûr, j'avais vaguement brun, plutôt bleu, mais honnêtement, impossible de reconnecter avec la couleur des yeux des gens qui me sont proches. Et ça a été un autre choc. Il a enfoncé le clou ensuite, ce maître, en parlant de la conscience d'altérité, et en expliquant que l'éveil spirituel gomme la conscience d'altérité, ce qui est logique si on y pense, car l'éveil spirituel, l'ouverture, l'illumination, tout l'enjeu spirituel, c'est la dissolution du moi.

C'est pouvoir se fondre, être en fusion totale avec la lumière. C'est ça finalement le nirvana, ou le satori dans d'autres traditions, ou la béatitude, c'est d'être dans ces états où précisément il n'y a plus de conscience de soi. L'analogie la plus proche de ça, c'est l'orgasme.

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