L'imaginaire initiatique dans le conte d'Harry Potter

Dans les sociétés primitives, le sorcier est un être concret qui occupe une place à part entière. Témoin d'états transcendants, il rappelle à chacun l'état premier de l'homme universel.

 Dans notre société, il est une figure légendaire qui réapparaît aujourd'hui dans l'imaginaire littéraire et cinématographique.

En témoigne Harry Potter, sous la plume de J.K. Rowling, qui met en perspective pour l'homme moderne la possibilité de se rapprocher le plus possible de son être originel, mode d'être propre aux sociétés initiatiques, selon Frédéric Vincent.

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Avant d'acquérir le statut de héros, Harry Potter est tout d'abord un individu anonyme méprisé et dénigré, solitaire, qui souffre d'un manque de reconnaissance et d'amour.

N'existant pas dans le monde profane, il découvre ses pouvoirs magiques à travers les événements fantastiques qui dépassent l'ordinaire.

Ruptures permanentes dans l'histoire qui manifestent l'existence d'un monde magique peuplé de sorciers.

Le conte d'Harry Potter est ainsi un récit initiatique qui conduit le personnage d'un état d'être profane à un état d'être sacré.

Quels sont les enjeux du conte d'Harry Potter ?

Que nous révèlent-ils sur nous-mêmes et le chemin à arpenter ?

Réponse de Frédéric Vincent dans cette vidéo conférence de 45 minutes.  

Extrait de la vidéo

Dans notre univers moderne, le sorcier apparaît avant tout comme une figure imaginaire.

On le rencontre dans la littérature ou dans le cinéma, mais jamais directement dans nos relations quotidiennes.

Par contre, chez les peuples premiers, le sorcier est un acteur social à part entière.

Il est là, il vit avec les autres, il existe concrètement.

La magie pour l'homme primitif n'est pas quelque chose d'imaginaire, mais quelque chose de réel.

Mais ce mode d'être a complètement disparu dans la civilisation moderne.

L'homme moderne a mathématisé le monde, il l'a objectivé à outrance en éradiquant toute présence de phénomènes magiques, en éradiquant et en se débarrassant bien sûr de toutes les superstitions religieuses.

Cependant, la modernité n'a pas réellement saisi le rôle social et religieux de ces superstitions et de ces phénomènes magiques.

Finalement, la modernité n'a pas su se poser la question pourquoi l'homme accepte de s'aligner à ces phénomènes magiques.

Eh bien, pour des raisons essentiellement humaines, je dirais, car le propre de l'homme est de vouloir échapper à sa condition primaire.

Si ce n'était pas le cas, l'homme accepterait avec facilité de vivre dans les mêmes conditions que l'animal.

Or, ce n'est pas le cas, l'homme fait le choix de transcender sa condition primaire, sa conscience d'être là sur terre, dans un monde qui peut paraître un petit peu étrange et absurde, l'empêche finalement de vivre une existence animale, cette existence qui lui paraît simple et qui va de soi.

Peut-être que l'existence animale va de soi, mais l'existence humaine non, l'existence humaine ne va pas de soi.

C'est compliqué finalement, c'est compliqué d'exister en tant qu'être humain, ce n'est pas facile.

C'est quelque chose qui demande des dispositions et une des dispositions fondamentales c'est finalement la possibilité de s'ouvrir au monde de la métaphysique, au monde du sacré, au monde du merveilleux, au monde de la magie.

Donc, la modernité, je rappelle pour Mircea Eliade c'est la désacralisation de l'univers humain, la mort de Dieu pour Nietzsche, la mort de Dieu c'est l'événement qui montre que finalement l'homme n'a plus besoin de se référer à une entité divine, il n'a plus besoin de Dieu, le centre de l'univers ce n'est plus Dieu, ce n'est plus Dieu qui donne les directives qui influent l'homme, qui lui dit finalement comment vivre, mais avec la mort de Dieu finalement et avec la mathématisation du monde, avec le cogito cartésien, et bien c'est l'homme qui devient le référent, l'homme se réfère à l'homme en tant qu'individu, l'homme devient le centre du monde, il n'a plus besoin de se référer à des choses transcendantes ou supérieures, l'homme se réfère à lui uniquement, à l'individu qu'il est.

Donc, rationaliser le monde revient à amoindrir la force du sacré et du magique, la force bien sûr du fantastique.

Mais à l'heure où je vous parle, aujourd'hui dans nos sociétés post-modernes, et bien on peut dire que l'initiation qu'on avait cru dépasser revient sous d'autres formes et notamment sous des formes imaginaires.

Le sorcier n'existe plus réellement, mais il revient dans nos constructions imaginaires, à travers la littérature, à travers le cinéma.

Donc aujourd'hui les institutions ne peuvent nier qu'aujourd'hui les individus tentent de reconstruire leur vie quotidienne, leur vie sociale, à partir d'expériences imaginaires vécues dans la littérature ou dans le cinéma.

Ce ne sont pas des expériences qui sont contingentes et qui seraient passagères, au contraire elles sont constitutives de notre manière d'être, et c'est ça qui me semble important et qu'on a cru inutile.

L'imaginaire n'est pas quelque chose qui est là pour notre bon plaisir, non c'est quelque chose qui va nous aider à nous réaliser dans notre vie quotidienne, c'est quelque chose qui va être bien sûr au fondement même de toute construction sociale.

Le problème c'est que l'homme moderne refuse cette idée que l'imaginaire peut nous aider à construire la société sociale, parce qu'on est toujours dans cette perspective de dire non c'est la raison humaine qui nous permet d'élever en tout cas les constructions socio-culturelles.

Donc l'imaginaire, ce qu'on pourrait appeler d'ailleurs l'imaginaire initiatique, il existe un imaginaire initiatique qui nous permet de retrouver en quelque sorte l'expérience initiatique, l'expérience religieuse de l'homme primitif, de retrouver les phénomènes magiques et c'est ce qui me semble le cas avec le cas Harry Potter.

Harry Potter est un récit imaginaire qui met en avant ce mode d'être propre aux sociétés primitives, c'est-à-dire l'initiation.

L'imaginaire initiatique d'Harry Potter révèle un type d'existence où l'homogénéité et le rationalisme perdent leur crédibilité et montrent un visage beaucoup plus tyrannique.

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