Le corps initiatique
L'occident chrétien s'est beaucoup méfié de ce qui rapprochait l'homme de son animalité.
D'où la "diabolisation" du corps, siège des instincts, chez de nombreux penseurs.
Idem pour l'occident moderne qui le tient pour inférieur au progrès et à la raison technicienne.
A l'heure ou le corps reprend ses droits au même titre que l'émotionnel et l'imaginaire, Frédéric Vincent s'est interrogé sur le sujet.
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Le corps permet à l'homme tout à la fois de sentir, de toucher et d'agir sur l'espace qui l'entoure et de le transformer en espace social et culturel, ainsi que de donner un sens à son existence.
Dans la sphère initiatique, il est l'objet de marquages, de poses et de gestes rituéliques.
Objet de transformation, il est tout à la fois l'outil et l'oeuvre. Il devient un espace où peut survenir le "Réel", où peut se vivre le mystère du sacré.
A l'image du macrocosme, il est une porte sur l'au-delà. Que savons-nous sur le corps ?
Quel rôle joue-t-il dans les sociétés initiatiques?
Réponse de l'auteur dans cette vidéo conférence de 45 minutes.
Extrait de la vidéo
La mort de Dieu, l'oubli de l'être, la disparition de l'initiation et l'oubli du corps sont les événements qui ont marqué la modernité et sa volonté de désacraliser l'univers humain.
La modernité a non seulement oublié l'être mais a également négligé le corps jusqu'à parfois le refouler comme le préconisait si bien la morale judéo-chrétienne.
Depuis Platon, le corps est méprisé.
Platon est le premier finalement à s'attaquer au corps en rapprochant celui-ci de l'image d'un tombeau.
Le corps, dit-il, est le tombeau de l'âme jusqu'à dire que le corps est quelque chose de complètement inutile, quelque chose qui gêne finalement l'homme dans son existence et que finalement le désir auquel doit se raccrocher l'homme c'est bien de se débarrasser de son corps jusqu'à souhaiter la mort.
Bien sûr, Platon ne préconisait pas le suicide, loin de là, mais il disait finalement la mort est un bienfait dans la mesure où l'homme se débarrasse de son corps et accède à l'immortalité de l'âme.
Donc on voit déjà depuis Platon cette idée finalement que la raison est supérieure en tout cas au corps.
Depuis Platon, c'est finalement la suprématie de la raison jusqu'à nos jours.
Et pourtant c'est d'abord en tant qu'être corporel que l'homme surgit dans le monde.
Nous sommes des corps pensants bien sûr, des corps possédant le langage, la raison, mais nous sommes bien sûr des corps avant tout.
Donc le platonisme a fait table rase de la question de la corporelité pour privilégier une philosophie fondée sur la raison, sur la logique, sur l'idéalisme.
C'est à partir de ce point précisément que l'Occident chrétien va se développer jusqu'à éradiquer, mépriser des valeurs telles que le féminin sacré, telle que l'imaginaire ou encore l'émotionnel.
La chose paraît simple et entendue, mais il s'agit de se demander pourquoi finalement l'homme n'apparaît-il pas directement sur Terre sous une forme plus spectrale et non plus corporelle.
À croire que le sacré est uniquement une affaire de l'esprit et non plus du corps.
Il est vrai que le corps possède quelque chose d'insupportable.
En général les religions ne sont pas dupes et on s'aperçoit immédiatement que le corps en tout cas est une chute.
Il est une chute vers le fini, vers la putréfaction, vers le néant.
Certes le corps est une chute vers le fini, vers la poussière, mais n'est-ce pas hypocrite finalement de vouloir privilégier l'esprit au corps ?
Il s'agit avant tout de finalement s'intéresser à l'expérience première de la religion.
C'est-à-dire que dans les religions primitives, le corps n'est pas compris de la même manière que chez le sujet chrétien.
L'âme quitte le corps, mais il y a toujours finalement ce respect du corps du défunt.
C'est dans les religions primitives qu'on trouve finalement les premières momies.
Cette volonté de garder un corps intact à l'abri de la putréfaction.
On sait grâce à de nombreux travaux ethnologiques que dans certains rites funéraires, on déterre les corps et on finalement les installe auprès de la famille.
Pendant une nuit ou deux, on tente de converser avec le corps défunt, on essaie de ramener l'esprit du défunt dans son corps.
C'est une manière de se relier à nouveau avec une personne qui a disparu.
La chute du corps définit une angoisse qui est là et que l'homme ne peut nier.
Mais finalement, c'est bien parce qu'il y a une chute qu'il y a métaphysique.
Que serait finalement le christianisme sans cette incarnation de Dieu dans ce corps glorieux, dans ce corps christique ?
Et c'est bien parce que le Christ accepte la chute du corps que finalement le dogme chrétien est assuré et garanti.
Avec bien sûr cette possibilité de la résurrection.
Accepter la chute du corps avec l'idée qu'on puisse dépasser cette chute évidente.
En tout cas, le problème de la métaphysique se développe à partir de la certitude de la mort mais aussi de la chute du corps.
C'est certainement ceci d'ailleurs qui a poussé Platon à comparer le corps à un tombeau.
Mais ne plus pouvoir se sentir corporellement est bien sûr une chose qui fait peur.
Parce que finalement on s'habitue à cette existence corporelle, à cette existence physique.
On se rassure bien sûr dans l'idée qu'on va pouvoir toucher l'immortalité de l'âme.
Mais il est à se poser cette question finalement.
Mais au fond, est-ce que je ne préférerais pas finalement continuer à vivre ce que je peux vivre corporellement dans l'au-delà ?
Et des religions bien sûr se sont appropriées cette idée.
On retrouve dans le bouddhisme l'idée bien sûr de pouvoir revenir, de pouvoir revivre en tout cas une existence corporelle avec cette idée de réincarnation.
On trouve aussi dans des mouvements sectaires à nouveau cette idée, et c'est un peu nouveau d'ailleurs dans les mouvements comme les raëliens, cette idée que le corps à présent pourrait devenir éternel, immortel, grâce à la science, grâce à la génétique.
L'idée de pouvoir justement perpétuer le corps, pouvoir le prolonger jusqu'à l'éternité, c'est une idée que reprennent certains mouvements sectaires.
Donc le corps bien sûr donne une légitimité aux dômes religieux, parce que c'est avec la promesse de pouvoir dépasser cette chute du corps que les religions vont affirmer leur suprématie.
Alors ce qui m'a intéressé dans mes recherches, c'est bien sûr aujourd'hui, qu'est-ce que le corps aujourd'hui ?