Louis-Claude de Saint-Martin ou la Voie du Christ

« Je vais vous parler d’un itinéraire... Celui de Louis-Claude de Saint-Martin : ami de Dieu et de la sagesse, mais aussi ami des hommes… » nous prévient Jean-François Var, prêtre orthodoxe et franc-maçon. A la lumière de son parcours de vie et de la lecture attentive qu’il a faite de Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-François Var tente de nous donner un certain nombre de clés de compréhension :
- Quel hiatus existe-il entre la métaphysique et les Mystères chrétiens ?
- Qu’est-ce que l’initiation ?

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- Quelle différence faire entre « le dieu des philosophes » et le Dieu personnel ?
- Qu’entend-t-on par « grands » et « petits » mystères ?
- Quelle symbolique revêt le grade de Grand Profès développé par Jean-Baptiste Willermoz et quelle place occupe le Régime Ecossais Rectifié au sein du christianisme ?
L’auteur nous donne son point de vue sur l’inanité de la dichotomie qui existe entre les notions d’ésotérisme et d’exotérisme . D’un côté, il place l’ésotérisme, où trône l’orgueil de l’initiation et de ses cénacles élitistes... devant mener au déconditionnement, à la délivrance. Et de l’autre côté, l’exotérisme, réduit parfois à ses seules pratiques religieuses, dont le but ultime serait le salut : d’une nature individuelle et donc contingente…
Selon Jean-François Var, cette bifurcation n’est qu’une chimère : la voie du Christ englobe les deux versants de cette même montagne (« où plus on la gravit moins elle est peuplée » … pour citer René Daumal, ndlr).
La métaphysique, notamment celle développée par René Guénon, a selon l’auteur apporté une grande confusion entre ce qui doit rester des notions conceptuelles et les mystères. Ces mystères ne sont ni démontrables ni concevables: la réintégration, la réincarnation, la résurrection, la déification de l’homme. Ces réalités indicibles ne peuvent devenir certitudes que par le biais de l’expérience vécue, et non par une scolastique ou un absolutisme métaphysique d'ordre intellectuel.
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Jean-François Var nous indique en outre que l’anthropologie guénonienne est une anthropologie sans hommes donc inexistante et que la vraie initiation est celle qu’évoque Louis-Claude de Saint-Martin. Elle est composée de trois éléments:
1) Le retour au principe (la vision métaphysique)
2) La réunion à la lumière (dont les francs-maçons revendiquent être les fils)
3) La restauration de l’homme dans son état premier (vision saint-martinienne)
Partagez-vous les adages selon lesquels « La gnose fait enfler» (Saint-Paul), ou encore « L’esprit souffle où il veut » (Saint-Jean) ? .... A vous de vous faire une idée dans cet exposé de 72 minutes filmé lors du colloque organisé par la Librairie de la Table d'Hermes.

Extrait de la vidéo

Je lis en ce moment, je relis en ce moment l'itinéraire de Paris à Jérusalem, du Vicomte de Châteaubriand, et d'une certaine façon, ce dont je vais vous entretenir, c'est un itinéraire aussi. Vous allez voir de quoi à quoi. Je commence par une affirmation que personne ne contestera, je pense, que le fait que Louis de Claude Saint-Martin est éminemment et en plénitude ami de Dieu et de la sagesse. C'est lui-même qui se qualifie ainsi. Ami de Dieu et de la sagesse, cela signifie aussi qu'il est ami des hommes et qu'il attire, qu'il aimante vers l'amour de Dieu, l'amour de Dieu étant l'amour qui vient de Dieu et qui mène à Dieu et en Dieu. Ex Deo, Ad Deum, In Deo. Je dis tout de suite que le titre que j'ai donné à ma contribution a peut-être déconcerté certains d'entre vous qui se sont posé la question de savoir quel rapport il y avait entre ceci et le thème général de ce colloque. Eh bien, vous le verrez, chemin faisant. Alors, ce qui l'advint avec Louis-Claude de Saint-Martin, comme je le répète, ami de Dieu et de la sagesse, eh bien, c'est ce que je vais vous narrer. Dans mon enfance, j'étais au service de la liturgie et ainsi que dans mon adolescence pendant plus de dix années, j'ai baigné dans la liturgie comme dans un liquide amniotique, véritablement, et j'ai ressenti comme allant de soi de devenir non plus servant des rites de l'Église mais serviteur du Seigneur. Et puis, le temps passa, l'Église et moi divergèrent et plus tard, je reçus l'initiation maçonnique, je découvris le monde des symboles et celui qui en a donné la glose intellectuellement la plus puissante, René Guénon. Guénon ou l'absolutisme métaphysique, une vraie fascination pour l'esprit. L'esprit se reflète en lui-même à l'infini comme ses chambres au miroir qu'il y a parfois dans les baraques de foire ou dans des châteaux baroques.

Mais avant cela, bien avant cela, aux alentours de ma vingtième année, lors de mon entrée à l'École Normale Supérieure où je fus le lointain successeur de Saint-Martin, alors que l'École Normale Supérieure avait quand même un autre statut. Donc, lors de mon entrée à l'École Normale Supérieure, j'ai fait, j'avais fait par aventure l'acquisition d'un ouvrage qui venait de paraître, édité par Robert Amadou, et cet ouvrage était mon portrait historique et philosophique de Louis-Claude de Saint-Martin. Sous quelle inspiration je fis cette acquisition, je n'en sais rien. Mais je ne le sais pas, mais Dieu le sait, comme dit l'apôtre Paul. Parce qu'à l'époque, j'ignorais tout, mais absolument tout de Louis-Claude de Saint-Martin, j'ignorais tout, absolument tout de Robert Amadou. Et quinze ans plus tard, ce livre fut l'antidote au guédonisme dont j'étais infecté.

Comment cela ? Eh bien, parce que la lecture de Saint-Martin me fit réaliser, prendre conscience que le Christ était vraiment vivant et qu'il était vivant en moi. Le Christ est et le Christ vit, et non pas le Christ des épiciers de l'occulte, mais des magistriers métaphysiques, et non, le Christ auteur et maître de la vie et qui est lui-même la vie. Et ce fut une succession de révélations fulgurantes, le Christ intérieur, l'Église intérieure, et puis le régime écossais rectifié avec sa doctrine de la réintégration, et puis les pères de l'Église, Saint-Tyrénée, les Cappadociens, avec leur enseignement de la déification, et enfin l'Église orthodoxe dont la tradition conserve, préserve, conserve et transmet ce dogme de la déification. Et sous une apparence fortuite, en réalité, tout ceci se révéla une nécessité logique qui relevait de la vie et non pas de la raison. Et cela, dans un espace de temps étonnamment resserré, comme un tremblement de terre et ses répliques, ce qui était le cas. Et la remise en question fut radicale, parce que pour qui sent et sait, parce qu'il le sent, que le Christ est le principe et le centre de toutes choses, et que toutes choses sont par lui, en lui et pour lui, comme l'écrit l'apôtre Paul, que devient la démarcation entre l'ésotérisme où règnerait orgueilleusement l'initiation et ses réalisations, et l'exotérisme où serait reléguée la religion et ses pratiques, et notamment le Christ. Et je réalisais à ce moment-là que c'était une inanité conceptuelle, pas seulement par rapport au vivant, mais une inanité conceptuelle du mécanique plaqué sur du vivant pour détourner une formule de Bergson. Et le Christ, à ce moment-là, ce fut ma conviction, et ce l'est toujours, est à la fois tout l'ésotérisme et tout l'exotérisme, le dedans et le dehors, puisqu'il est tout en tous. Alors que devenait à ce moment-là cette bifurcation entre la voie exotérique et les voies ésotériques, puisque le Christ est la voie, la vie est la vérité, il est la voie unique et universelle. Et puis, de la même façon, l'autre distinction si chère à la scolastique guénonienne entre le salut qui serait de nature individuelle et contingente, procuré par les pratiques exotériques de la religion, et puis d'autre part la délivrance, la libération de tous les conditionnements, terme parfait du processus ésotérique de l'initiation, eh bien que devient pareil fable devant ces réalités que je viens de décrire, devant les réalités que sont la résurrection universelle et la déification de la race humaine. Vraiment, ces fables métaphysiques se disciplent comme ombre au soleil, car la victoire définitive sur la mort et l'acquisition par participation et par grâce de la nature divine, est-ce qu'elles ne sont pas la plus absolue des délivrances ? Si ce n'est pas le cas, c'est que les mots n'ont plus de sens.

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