L'oubli de l'Un

« Expliquer le réel avec des mots simples » tel est l’enjeu de cet entretien autour du « Un ». Principe premier à toute chose, pur, insécable et dont tout découle, l’étude du Un (que l’on nomme hénologie) a irrigué les premiers temps de la philosophie sans jamais quitter son lit. Penser la globalité, saisir le soubassement du monde (« Uparxis ») qui œuvre, de manière impalpable et invisible à la procession de la manifestation, tel est l’objectif de cet entretien réunissant Pierre Caye et Sandy Hinzelin.

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46:50
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A l’instar de « L’oubli de l’Être » (Seinsvergessenheit) théorisé il y a un siècle par Martin Heidegger première période, nos deux intervenants vont s’interroger : avons-nous aussi oublié l’Un ? Sans lui, comment conserver la dichotomie entre cohérence et existence ?

L’Un, l’Être, le Temps : trois axes majeurs de toute métaphysique.  Si ces réflexions peuvent paraitre abstraites de prime abord, Pierre Caye nous emmène ici vers des applications bien concrètes et actuelles : économie, politique et écologie.

« Ce qui était éthique et moral sous Sénèque est devenu économique aujourd’hui » nous dit-il …

Souhaitez-vous découvrir comment la trinité chrétienne (le Trois donc) a tenté de faire main basse sur le Un ? Comment une interprétation contemporaine du néoplatonisme peut conduire au développement durable ?

Un entretien fleuve d'une grande profondeur et dont le rythme des clapotis sur notre chaloupe nous renverra, tel un métronome,  « au temps de l’Âme et au temps de la Nature » (Sénèque)…

Extrait de la vidéo

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur Bagliss TV, aujourd'hui j'ai le grand plaisir d'accueillir Pierre Quay, qui est directeur de recherche du centre Jean Pépin, philosophe, on pourrait dire un des derniers métaphysiciens aujourd'hui, puisque la métaphysique, pour ceux qui connaissent le terme déjà, c'est déjà parfois un exploit, et en plus de ça on va parler ensemble d'énologie. Bonjour M. Quay, j'ai dit métaphysique un exploit parce que dans les milieux que j'évolue généralement on confond un peu tout, spirituel, métaphysique, développement spirituel, donc quand on parle de métaphysique on ne sait pas trop de quoi on parle, et dans la métaphysique le plus souvent on parle il me semble de théologie ou encore d'ontologie, par contre l'énologie, tout le monde ne connaît pas, même ceux qui ont fait parfois un cursus en philosophie, donc je vous donne la parole déjà pour définir qu'est-ce que l'énologie.

Oui, on va déjà enlever la logique des termes, et quand on lit les grands philosophes antiques, Platon, même Aristote, on est frappé de la simplicité du vocabulaire. La métaphysique c'est comment expliquer des choses qu'on ne voit pas, qu'on peine à comprendre avec des mots assez simples. Être, un, pour prendre les principales instances, les principaux principes de la métaphysique, ce sont des termes quotidiens, on utilise le verbe être à tour de bras, et quant à Pourquoi ces mots de la vie quotidienne deviennent des instruments de compréhension du réel, et même du réel dans sa totalité, de trouver des moyens de penser la globalité du monde, de la vie, ça c'est la grande question des premiers philosophes, Platon.

Donc essayer d'expliquer le réel, avec des mots simples. Ce sont des mots simples, après dans l'histoire de la philosophie c'est devenu plus compliqué, plus sophistiqué, les montages, les opérations de pensée, mais au départ il y a des choses extrêmement simples qui sont à l'origine de ce type de pensée, en sachant que ce sont des sociétés antiques, c'est à dire des sociétés qui ont peu de moyens, peu de moyens techniques, dont la construction des savoirs, le gestion de la société sont tout de même assez réduits, il n'y a pas de statistiques, il n'y a pas d'économie au sens que nous connaissons.

Donc on fait avec une boîte à outils extrêmement simplifiée qui circule un peu partout, on peut faire un peu de technique, un peu d'économie avec cette boîte à outils. Alors ça c'est le point de départ. Maintenant vous me posez une question un peu plus compliquée, c'est pourquoi l'un ? Qu'est-ce que ça signifie ?

Qu'est-ce que c'est que la notion d'un ? Je dirais une chose, c'est que cette question d'un, dans l'histoire de la philosophie, elle n'a jamais cessé d'exister. Mais généralement on n'associe pas, parce que quand on parle de l'un, c'est ça qu'on associe à l'énologie, bien sûr c'est vous le spécialiste, mais j'ai l'impression qu'on a tendance à rattacher l'énologie ou la philosophie de l'un au néoplatonisme.

Oui, mais je voudrais terminer sur cette idée, c'est que l'un, dans la philosophie, il est présent partout. Et pourquoi il est présent partout ? Parce que, je reprends Platon, dans la huitième hypothèse du Parmenides, l'idée de Platon c'est que penser une multiplicité pure est impossible. L'infiniment infini, pour reprendre une expression à la fois platonicienne et néoplatonicienne, l'infiniment impossible est impensable, il y a toujours à un moment ou à un autre des points d'unification.

Sinon, la construction de la pensée est impossible, la construction de la phrase est impossible. Donc l'un, il est partout. Peut-être même avant Platon, même finalement les présocratiques, on pourrait parler d'une forme d'unité aussi. Oui, c'est le Parmenides, penser être le même, cette phrase n'a de sens que si on postule le fait qu'il y a une unification.

Mais je pense ça aux philosophes qui parlent, qui essayent de tout expliquer avec le feu par exemple. Oui, les philosophes ioniens qui expliquent la totalité du monde, on retrouve toujours comment penser le tout, qui expliquent la totalité du monde à partir des éléments, sont aussi des penseurs de l'un. Vous voyez, c'est extrêmement présent. Le XXe siècle, en particulier la fin du XXe siècle, a essayé ou a prétendu penser une multiplicité pure.

À partir de quand ? On pourrait le dater à peu près. C'est la tradition Deleuzeienne, etc. Mais regardez Deleuze, qui s'est attaché à cette question de l'infiniment infini, Mille Platons, etc.

Eh bien, Badiou a dit, ah oui, mais c'est en fait un penseur de l'un honteux. En parlant de Deleuze ? De Deleuze. Il a écrit un petit livre qui s'appelle La clameur de l'être, où il explique que les champs d'immanence, finalement, ce sont des figures d'unification du réel.

Il n'a pas tellement tort. Ce qu'apporte le néo-platonisme, et ce qui est finalement quelque chose d'assez unique dans les traditions philosophiques qui ont toujours utilisé l'un, mais qui ont utilisé l'un de façon un peu indifférenciée avec l'être, qui ont toujours postulé ce qu'on appelle la convertibilité de l'un et de l'être. Un être et un être. Eh bien, ce qu'apporte le néo-platonisme, c'est que cette convertibilité ne va pas de soi.

Le néo-platonisme est moins une philosophie de l'un qu'une philosophie de la différence énologique. La différence énologique, c'est la différence entre l'un et l'être. Non pas entre l'être et l'étant, mais entre l'un et l'être. Qu'est-ce que ça veut dire ça ?

Déjà, la différence entre l'être et l'étant. Le grand thème Heideggerien. Bon, il porte du sens, mais qu'est-ce que signifie la différence de l'un et de l'être ? Eh bien, ça signifie que le principe de cohérence du réel, l'un, n'est pas le même que le principe d'existence.

Pour le dire autrement, ce n'est pas parce qu'on existe qu'on tient, qu'on maintient, qu'on construit une réalité ordonnée. Vous disiez que la philosophie de l'un est là depuis le début. Si on essaie d'expliquer l'unité à travers des éléments naturels, là, il n'y a pas vraiment de différence énologique. Il n'y a pas de différence énologique.

La manifestation de l'être fait un. Je dirais même que ces philosophies lyonnaises élémentaires sont des philosophies qui postulent une totale cohérence avec les manifestations de l'existence. Donc là, c'est comme si on ajoutait une dimension dans l'être. Oui.

Alors pourquoi ? Parce que dans le néoplatonisme, il y a deux idées, non seulement extrêmement fortes, mais extrêmement contemporaines. Voilà ce que je défends. La première idée dont dépend la philosophie contemporaine, c'est que l'être est production.

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