Willermoz à l'école de Martines : genèse du Rite Ecossais Rectifié

Véritable père fondateur du Régime Ecossais Rectifié, Jean-Baptiste Willermoz est un homme d'envergure dont la quête et l'aspiration à la vérité sont sans limites. Né à Lyon en 1730, initié à la maçonnerie en 1753, malgré l'acquisition de nombreux grades, sa soif de Connaissance reste, pendant des années, inassouvie. Il lui manque une rencontre qui soit en mesure de combler son immense attente. Cette rencontre adviendra à Paris, en 1767, en la personne de Martinès de Pasqually, maître de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers.

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Le marchand lyonnais en sortira bouleversé et, à ce moment, sa vie connaitra un virage décisif. Willermoz va, en effet, trouver dans l'Ordre de Martinès la satisfaction de sa quête spirituelle et plus précisément "la confirmation de la justesse de ses espérances à propos des mystères subsistant au sein de la franc-maçonnerie".
C'est le début d'une relation intense, parfois tendue, entre les deux hommes, nourrie d'une correspondance assidue. Séduit par les enseignements de Pasqually, Willermoz commence en revanche à douter de sa personnalité fantasque et surtout sur sa capacité à organiser l'Ordre des élus coëns. Les choses se gâtent avec le départ de Martinès de Pasqually en mai 1772 à Saint Domingue. Deux ans après, le 20 septembre 1774, le maître meurt laissant l'ordre dans le chaos. La santé générale de la maçonnerie française n'étant guère meilleure, Willermoz entre en contact avec le baron allemand Karl vont Hund de la Stricte Observance Templière. La deuxième période de la vie spirituelle de Jean-Baptiste Willermoz s'ouvre alors et la semence coën allait bientôt constituée les germes du Rite Ecossais Rectifié.
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Dans cet exposé, Jean-Marc Vivenza s'attache à rétablir la filiation évidente de l'Ordre des Elus Coëns au sein du Régime Ecossais Rectifié et s'attaque à démontrer l'inexactitude substantielle de deux attitudes : "l’une consistant à considérer le Régime Ecossais Rectifié comme une simple reproduction, bien que privée de sa partie théurgique, de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, l’autre visant à ne reconnaître aucun lien ni rapport entre le système de Willermoz et les enseignements dispensés par Martinès de Pasqually. "
Souhaitez-vous comprendre les liens complexes mais féconds qui unirent ces deux grandes figures de la sphère initiatique que furent Martines de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz ?
Réponse de Jean-Marc Vivenza dans cet exposé de 38 minutes enregistré lors du colloque du tricentenaire de Martines de Pasqually, organisé par l'Institut Eléazar et la revue Renaissance Traditionnelle, à Marseille, en septembre 2010.

Extrait de la vidéo

Bonjour à tous. Je suis heureux de pouvoir donner cette communication sur le lien, les rapports qui particularisèrent la relation entre Jean-Baptiste Villermoz et Martinez de Pasquali dans ce colloque à l'heureuse initiative de la société Martinez de Pasquali, de Serge Cahier, de nos amis Laurent Gilly et Philippe Soubrigny et également de nos amis de renaissance traditionnelle sous la cheville ouvrière efficace comme nous l'avons vu, de l'ensemble de la petite équipe réunie autour de Robert, Robert Guineau et les âmes de désir qui l'entourent pour qu'enfin ce colloque ait lieu.

Jean-Baptiste Villermoz à l'école de Martinez. Quel sujet plus intéressant et en même temps plus délicat à traiter. Deux attitudes en règle générale se partagent vis-à-vis de ce lien entre Jean-Baptiste Villermoz et Martinez de Pasquali.

La première, classique, visant à ne reconnaître quasi aucun lien ou si peu entre le système maçonnique fondé par Jean-Baptiste Villermoz et Martinez de Pasquali.

La deuxième attitude, qui lui est relativement parallèle et contiguë, est de considérer le régime écossais rectifié comme une sorte de copie, affaiblie même, de l'ordre fondé par Martinez de Pasquali.

Nous allons voir pourquoi ces deux attitudes représentent une faute et une erreur. Une erreur qui peut être nourrie par la mauvaise perception du lien et de la nature même de la relation qui distingua Jean-Baptiste Villermoz et Martinez de Pasquali.

Présentons rapidement Jean-Baptiste Villermoz. Nous l'avons dit hier, né en 1730, il a une progression extrêmement rapide. Reçu en 1752 dans la loge La Parfaite Amitié, il va s'investir avec une énergie incroyable dans les activités maçonniques à Lyon, avec cette conviction constante dans son esprit, se cache derrière l'ensemble de ses mystères, une réalité, une vérité, une connaissance pour tout dire, de nature exceptionnelle qu'il convient de découvrir.

La quête de Jean-Baptiste Villermoz se fait avec un appétit incroyable et nous l'avons vu recueillir de nombreux degrés, de nombreux grades qui circulaient à cette époque. Mais au fond, il faut bien le reconnaître, la soif, l'espérance de Jean-Baptiste Villermoz n'avait pas été comblée.

Il lui manquait une rencontre, un contact avec une initiation, une connaissance, une voix qui soit en mesure de combler cette aspiration, cette attente forte chez lui et importante. Cette rencontre, fort heureusement, nous le savons pour Jean-Baptiste Villermoz, va avoir lieu.

Et nous allons assister à cette rencontre en essayant de l'éclairer dans le détail de ses différents aspects. Elle eut lieu en 1767 à Paris. Cette rencontre va être bouleversante et va modifier du tout au tout la vie, le rapport même à la maçonnerie et à l'initiation de Jean-Baptiste Villermoz.

C'est à l'occasion d'un voyage annuel qu'il effectuait à Paris qu'au printemps, pour se consacrer d'ailleurs à ses affaires personnelles puisqu'il était marchand en soirée, Jean-Baptiste Villermoz apprend par l'intermédiaire de Bacon de la Chevalerie, alors député auprès du Grand Orient de France et de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, l'existence de cet ordre dirigé par Martinez de Pasquali dont on lui vante les qualités exceptionnelles.

Curieux mais circonspect, comme à son habitude, Villermoz écrit à son frère et il lui signale qu'il observe sur ce sujet, dit-il, une prudente réserve.

Cette réserve ne l'empêche pas, un soir du mois d'avril, de se présenter aux portes du temple que les élucohènes avaient à Versailles pour y être, comme l'on dit dans le jargon initiatique, reçus.

Grande surprise pour Jean-Baptiste Villermoz, celui, non pas qui lui ouvre la porte, mais qui lui ouvre la porte de la carrière et qui le reçoit, donc au sens maçonnique du terme, n'est autre que Martinez de Pasquali lui-même.

Le souvenir de cette réception par Martinez de Pasquali, Jean-Baptiste Villermoz va en conserver un souvenir si vif, si important, qu'il en parlera en 1821 dans une lettre à Jean Turcaille dont les termes sont tout à fait extraordinaires.

Il écrit, étant à Paris au jour qu'il avait été choisi pour me confier mes derniers grades, il y était venu, parlant de Martinez de Pasquali, pour solliciter la croix de Saint-Louis pour ses deux frères cadets domiciliés à Saint-Domingue.

Il prit pour moi beaucoup d'amitié, une grande confiance qui s'est soutenue jusqu'à sa mort. Il prolongea de quelques mois son séjour à Paris pour m'avancer plus rapidement dans les hauts grades et me mit à la porte des derniers réservés pour lui seul comme chef.

La raison du caractère décisif de cette rencontre dans une lettre écrite sept ans exactement après la mort de Martinez démontre, s'il en était besoin, l'importance encore de l'attachement de Jean-Baptiste Villermoz à ce qu'il venait de vivre.

A l'évidence, Jean-Baptiste Villermoz va trouver dans l'ordre des chevaliers maçons et lucoennes de l'univers ce qu'il avait en réalité toujours attendu en matière d'initiation et de surcroît la confirmation de la justesse de ses espérances antérieures à propos des mystères éventuels subsistant au sein de la franc-maçonnerie.

L'attachement et son intérêt pour la doctrine et les pratiques de Martinez et de Pasquali vont dès lors se traduire par cinq années d'une relation parfois délicate, une correspondance assidue et un souci permanent d'approfondir sans cesse l'effonnement théorique et opératif proposé par cet ordre des élus cohen.

A son retour à Lyon, Jean-Baptiste Villermoz, quelques temps après, va ouvrir un temple, c'est-à-dire une loge, travaillant sur les rituels cohen, recevant quelques frères, peu nombreux, les plus doués à ses yeux, dans les grades de l'ordre des chevaliers maçons et lucoennes de l'univers.

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