Le Traité des deux natures
Le Traité des deux Natures est l'œuvre de Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), théosophe et franc-maçon chrétien. Epousant le regard des théosophes chrétiens de la seconde moitié du XVIIIème siècle, il se présente comme une méditation exégétique sur le saint mystère de l’Incarnation divine.
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Dans la continuité du système de pensée spiritualiste de Martinès de Pasqually, il insiste sur la nécessaire distinction des deux natures, humaine et divine, en Jésus-Christ pour dégager les deux volontés à l'oeuvre dans l'homme enclin à imiter le divin.
Extrait de la vidéo
L'objet de cet exposé, c'est de présenter une figure de Jésus en théosophie chrétienne à travers un texte qui s'appelle « Le traité des deux natures ».
C'est un ouvrage qui date du début du XIXe siècle, qui est assez court, et de son titre complet, très exactement, c'est « Le traité des deux natures, divine et humaine, réunie indivisiblement pour l'éternité, et ne formant pour l'éternité, qu'un seul et même être, dans la personne de Jésus-Christ, Dieu et homme, rédempteur des hommes, souverain juge des vivants et des morts, accompagné de réflexions sur la conduite de Pilate, et d'une méditation sur le grand mystère de la croix.
Cet ouvrage est l'œuvre de Jean-Baptiste Villermose, qui a vécu, entre autres, dans l'éternité, Cet ouvrage est l'œuvre de Jean-Baptiste Villermose, qui a vécu entre 1730 et 1824, qui était un théosophe et franc-maçon chrétien, et qui consacra assidûment une grande partie de sa vie aux mouvements initiatifs de son époque.
Son attribution est certaine, c'est-à-dire que ce texte est authentifié.
Il fait partie d'un recueil du fonds Georges Clox, aux Pays-Bas, titre « Doctrine, instruction particulière et secrète à mon fils » par Jean-Baptiste Villermose, daté de 1818, composé en 9 cahiers.
Ce texte précise que ce texte devait être communiqué à son fils lorsqu'il aura atteint l'âge de parfaite virilité, si alors il se montre digne de le recevoir.
Un autre exemplaire de ce manuscrit se trouve à la bibliothèque municipale de Lyon, dans le fonds Villermose, sous la référence 5940, numéro 5.
La date de rédaction est estimée entre les années 1805 et 1812, c'est-à-dire vers la fin de la vie de Villermose, et nous savons que l'auteur disposait alors encore de la plénitude de ses facultés.
Gérard van Rynberck, dans son ouvrage « Épisodes de la vie ésotérique » 1780-1824, qui fut édité à Lyon en 1948, se montre très sévère à propos du trité, je cite, il dit « vague et indéterminée, enveloppée en des mots sonores et lieux communs sans contenu réel ».
Cependant, nous allons le voir, c'est un texte important par son contenu doctrinal.
Alors ce texte fut publié pour la première fois en 1986, dans la très bonne revue maçonnique Renaissance Traditionnelle, dans le numéro 66, avec une introduction de René Desaguillers qui déclare « On notera l'absence complète de référence maçonnique, c'est un écrit mystique et religieux ».
Dans le numéro suivant de Renaissance Traditionnelle, Roger Lachais amorce une réflexion sur le traité des deux natures.
Et évoquant le régime écossais rectifié, fondé par Jean-Baptiste Villermose, il évoque très justement la présence d'une doctrine dont on pressent tout à la fois l'extrême cohérence et l'influence décisive pour comprendre la signification de tous les éléments du régime.
Et Roger Lachais pose ensuite les questions suivantes pour tenter de cerner les raisons qui ont conduit Villermose à rédiger ce texte, puisqu'aucune allusion relative à la maçonnerie ne s'y trouve.
Lachais pose la question suivante, dit « L'homme âgé qui est devenu Villermose s'est-il éloigné des loges ?
Ou encore est-il légitime de prétendre y trouver des éléments susceptibles de nous faire mieux comprendre l'inspiration du rite écossais rectifié ? » Il pense que la réponse à cette dernière question est positive.
Et dans les numéros suivants de Renaissance traditionnelle, il développe ses réflexions sur certains aspects particuliers du traité, mais sans en entreprendre une étude systématique.
Avant ce travail, on peut dire que ce texte semble avoir été l'objet d'une désaffection de la plupart de ceux qui se sont intéressés à Jean-Baptiste Villermose et à sa maçonnerie rectifiée.
À la suite de Roger Lachais, une des premières questions qui vient à l'esprit est « Pourquoi Jean-Baptiste Villermose a-t-il écrit ce petit ouvrage, L'homme-dieu traité des deux natures ? » C'est un sujet périlleux au premier abord, car pour un chrétien du XVIIIe siècle, la double nature du Christ ne donnait plus lieu à débat.
Lui est-elle personnelle ?
La partageait-il totalement avec son maître Pasquali ou avec son ami Louis-Claude de Saint-Martin ?
Rien ne permet de l'affirmer.
Le premier, Martinez, ne nous ayant l'ayé qu'un traité inachevé, avec des références à la figure du Christ relativement parcellaires, nous ne pouvons donc faire que des suppositions à son sujet.
Quant au second, c'est-à-dire à Saint-Martin, sa position se limitait à la réponse suivante « Bornez-vous à enseigner la divinité de Jésus-Christ, sa toute-puissance, et éloignez autant que vous pourrez l'idée de vos disciples de la recherche de la composition de Jésus-Christ, qui a été une pierre d'achoppement pour ainsi grand nombre. » La réponse à cette question semble être que Jean-Baptiste Lermoze a ressenti le besoin de préciser les termes de sa Christologie, car elle a sa place dans le grand œuvre de sa vie, qui est le rite écossais rectifié.
Ce texte permet toutefois de saisir le regard porté sur la figure de Jésus dans un milieu de théosophes chrétiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Plutôt qu'un traité, cet ouvrage se présente comme une méditation exégétique sur le saint mystère de l'incarnation divine.
Jean-Baptiste Lermoze se propose d'en approfondir le sens.
Puis, qu'il s'agisse d'un texte théologique à caractère théosophique, il ne prétend pas faire oeuvre de théologien.
Même que c'est plutôt en opposition à eux qu'il s'exprime.
L'analyse du contenu permet de mieux comprendre ses raisons ainsi que l'attitude spirituelle qui est la sienne.
Son exposé, qui est centré sur les deux natures de Jésus-Christ, est accompagné de réflexions sur la conduite de Pilate, l'aveuglement des hommes, leur manque de discernement, leur inconduite, leur faible foi, de considérations sur les dogmes fondamentaux et sacrements relevant de la foi chrétienne, l'incarnation dans le sein de la Vierge Marie, la résurrection, la Trinité, l'Eucharistie, mêlées avec des thèses issues du traité de la réintégration, c'est-à-dire la création, la place du paradis, la chute, les premiers anges, l'émanation, la nature quaternaire du Christ, la réconciliation par le Christ dans le séjour des morts, ainsi que des thèmes ou des traits qui sont présents dans des textes des communautés chrétiennes, judéo-chrétiennes ou gnostiques des premiers siècles, en particulier la nature corporelle de Jésus, la révélation progressive du Christ, les noms donnés au Messie et le mystère de la Croix.
Tout cet ensemble rend assez difficile l'analyse des sources, il faut bien l'avouer.
Jean-Baptiste Villermose, ce que l'on peut dire, fait preuve d'une fine et profonde connaissance des Écritures et de l'histoire religieuse.
Ses explications s'organisent selon sa problématique qui est de prouver le bien fondé de ses thèses.
Le texte n'est pas toujours très facile à lire puisque les redites sont fréquentes, car souvent il cherche plus à convaincre qu'à démontrer.
Nous allons donc dégager successivement au cours de cet exposé trois points.
Le premier, c'est un résumé de la figure de Jésus selon Jean-Baptiste Villermose.
Ensuite, nous allons voir quelle doctrine du salut s'en dégage.