René Guénon et le Rite Ecossais Rectifié
Jean-Marc Vivenza aborde ici l'inexactitude de certaines positions, tenues par le "Maître du Caire", René Guénon, au sujet de l'ésotérisme chrétien en général puis du régime maçonnique du Rite Ecossais Rectifié, en particulier. Un travail de recherche, assez courageux, et publié aux Editions du Simorgh, qui s'inscrit dans une volonté d’exhaustivité historique.
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Extrait de la vidéo
Quel sujet plus vaste, plus délicat, plus complexe que de traiter la question de l'analyse portée par Guénon à l'égard de l'ésotérisme chrétien, sans être à la fois injuste à l'égard de Guénon, à qui on doit tout de même un certain nombre de choses essentielles sur le plan traditionnel, mais en même temps sans oublier de vouloir servir l'exigence de vérité, qui n'a, comme le disait Guénon fort justement, pas pour fonction d'être consolante.
Alors si la vérité n'a pas pour fonction d'être consolante, il faut sans doute exercer sur Guénon lui-même la même vigilance et étude qu'il fit sur les éléments essentiels de la tradition et vérifier si les affirmations portées par Guénon correspondent à ce que les choses sont, et du moins pour ce qui nous concerne et ce qui regarde tout le domaine de l'ésotérisme occidental, si ces affirmations-là sont confirmées par les faits avérés.
C'est pourquoi dans cette étude j'ai souhaité aborder l'analyse des positions guénoniennes tout d'abord par le rite écossais rectifié pour une raison simple, c'est en raison de son rayonnement et de sa place importante au sein des écoles traditionnelles occidentales et d'autre part en raison des critiques très sévères effectuées par René Guénon et par ses disciples, Guénon ayant disparu au Caire en 1951, qui n'ont pas modéré les attaques, parfois assez virulentes, qui s'exprimèrent en divers endroits et publications multiples, nous amenant à constater qu'il fut employé souvent dans ce domaine des arguments inexacts et faux s'agissant des sources et des fondements qui participèrent à l'élaboration du système que constitua Jean-Baptiste Villermose au 18e siècle, aidé par un certain nombre d'amis, qui le soutinrent dans son labeur et sa tâche. On pourrait ainsi à loisir multiplier les citations par lesquelles, dans une sorte de belle unanimité, on chercha à montrer les apories, les incohérences d'Huriteco s'est rectifiée, le couvrant sous un flot de proches, nourris et variés, qui n'avaient qu'un but, au fond c'était à montrer en quoi il était vidé, sur certains égards, de ses éléments de crédibilité sur le plan traditionnel, de façon à lui en contester pour une bonne part sa légitimité. Ainsi ce rite, ce régime devrions nous dire, pour ceux qui se sont fait les critiques, que ce soit Guénon ou ses disciples, serait marqué, de par son caractère exclusiviste chrétien, serait marqué durablement par une absence de perspective métaphysique véritable, puisque ne répondant pas aux critères de l'universalisme.
Il serait également terni par un mysticisme portant ses membres à une certaine et évidente tendance à ce que Guénon appelle l'exotérisation, savoir être beaucoup plus proche des vérités dogmatiques enseignées dans les églises chrétiennes que d'être appuyé sur des bases doctrinales relevant du pur exotérisme initiatique. Ce rite serait aussi dépourvu des clés opératives capables de faire accéder aux ultimes degrés de la connaissance authentique. On le voit, les grièves, loin d'être anodins, superficielles, touchent à l'essence même du rite qu'on sait rectifier et l'on peut même s'étonner du faible nombre de personnes ayant vraiment jugé nécessaire depuis des années, où beaucoup d'erreurs ont été, avec une assurance relativement déterminée, publiée et affirmée, de voir le faible nombre qui ont cherché à redresser les inexactitudes évidentes que l'on a soutenues, voire même de rajouter, s'il se pouvait, au sombre portrait déjà façonné et présenté de l'œuvre villermosienne, forcer encore plus le trait, en certains cas souhaitant peut-être que l'histoire vienne, par un improbable mouvement, marginaliser un système maçonnique et initiatique, vidé de caractère d'authenticité et lui contester ses prétentions à détenir un héritage, héritage qui est celui à partir duquel le rite fondé par Jean-Baptiste Villermo se dit dépositaire des fondements doctrinaux originaux de l'initiation chrétienne.
Voici donc la mise en place de la situation. Comment fallait-il réagir à partir de ce constat ?