L'histoire du régime écossais rectifié

La Franc-Maçonnerie est arrivée en France de Grande-Bretagne dans les années 1730, dans une France qui avait révoqué l’édit de Nantes et où le catholicisme était la seul religion reconnue. De quelles ruses usèrent ces émigrés britanniques, majoritairement protestants, et franc-maçons, vis-à-vis de la police française entre 1720 et 1901 ? Ruses qui leur permirent d'instaurer une véritable "lune de miel" entre la France et la Franc-Maçonnerie. Quelles furent les réactions des intellectuels français et les apports de notre pays vis-à-vis de la Franc-maçonnerie ?

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A ceux qui affirment que la France est la fille aînée de l'église, Roger Dachez va tenter de démontrer dans cet exposé que la France est, aussi, la fille aînée de la Franc-maçonnerie, et cela à travers le Régime Ecossais Réctifié !

Extrait de la vidéo

Dès le milieu du 18ème siècle, la franc-maçonnerie a connu en France un développement rapide et assez extraordinaire.

A l'origine, c'est une institution qui est née en Angleterre, qui est née en Grande-Bretagne, dont la structure, dont l'état d'esprit sont très caractéristiques de la sociabilité britannique.

Et curieusement, alors que, a priori, tout était fait pour les opposer, la franc-maçonnerie et la France, dès les années 1720-1730, ont connu une espèce de lune de miel qui a duré près d'un siècle.

On a l'habitude de dire que la France est la fille aînée de l'Église, et moi j'ai l'habitude de dire que la France est aussi la fille aînée de la maçonnerie.

Parce que la maçonnerie en France a pris d'emblée une orientation qu'elle n'aurait jamais pu connaître en Angleterre.

Pourquoi ?

La franc-maçonnerie est née dans un pays, la Grande-Bretagne, qui est fondamentalement un pays protestant.

Et deuxièmement, un pays qui, dès le début du 18ème siècle, d'ailleurs peu d'années avant la création de la première grande loge, a établi, sinon une démocratie, du moins un régime parlementaire, même encore très imparfait.

En d'autres termes, c'est un pays où régnait un certain système de liberté d'opinion, aussi bien en matière politique qu'en matière religieuse.

Et d'ailleurs, quand le jeune Voltaire, en 1726, est amené, parce qu'il a eu mal à partir avec certains notables parisiens, à aller faire un séjour de quelques années à Londres, il en rapportera les lettres philosophiques ou lettres anglaises, dans lesquelles il décrit la société anglaise comme une société unique au monde, où finalement on a le droit de soutenir n'importe quelle opinion politique, ou presque, et où on a le droit de choisir sa religion.

Alors bien entendu, la maçonnerie trouve parfaitement son expression dans ce contexte de liberté, même si, bien entendu, ce n'est pas une liberté complète.

Mais alors, quand on regarde la France, à la même époque, on se dit que la franc-maçonnerie n'y avait quasiment aucune chance.

D'abord parce qu'il n'y a pas de liberté politique, il n'y a pas de droit d'association, il n'y a pas non plus de liberté religieuse, puisqu'il faut rappeler qu'on est alors, dans les années 1720-1730, on est alors, depuis une cinquantaine d'années, un petit peu moins, une quarantaine d'années, en régime de révocation, c'est-à-dire que depuis la révocation de l'Église de Nantes, on a le droit d'être catholique, ou catholique, ou catholique.

Et on n'a pas le droit d'être autre chose.

Alors, on peut bien imaginer que, lorsque la franc-maçonnerie est arrivée à Paris, sous l'influence des migrés britanniques qui l'ont installée à Paris, elle a très rapidement été tenue en suspicion par les pouvoirs, et en particulier par la police.

Voir des assemblées plus ou moins secrètes de sujets britanniques, tous réputés pour leur tête folle politique, et pour le fait que beaucoup d'entre eux étaient protestants, ça n'avait évidemment pas de quoi réjouir les autorités de police.

Et curieusement, la franc-maçonnerie a connu d'emblée un succès prodigieux.

Mais les francs-maçons français ont été assez malins.

C'est-à-dire que, jusqu'en 1901, je dis bien jusqu'en 1901, la franc-maçonnerie en France a vécu sans avoir de statut officiel.

Son statut a toujours été le même jusqu'en 1901, c'est-à-dire jusqu'au vote de la loi sur les associations, loi qui a été votée au Parlement à l'initiative des francs-maçons à l'époque.

Son statut était toléré par le gouvernement.

Ce qui veut dire qu'à tout moment, on pouvait fermer les loges et éventuellement enfermer les francs-maçons.

Ce qu'on a fait parfois rarement, mais tout de même on l'a fait.

Et alors, les francs-maçons français, au XVIIIe siècle, ont été très intelligents.

Parce qu'immédiatement, ils ont mis à leur tête des grands aristocrates.

C'est ainsi qu'en 1743, ils élisent comme grand-maître Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, prince du sang, qui est un des plus importants aristocrates français.

Et à partir du moment où on a un protecteur de cette dimension-là, on ne risque plus grand-chose.

Parce que s'attaquer à la franc-maçonnerie pour un petit fonctionnaire de police, ça aurait finalement été s'attaquer à l'un des grands du royaume.

D'où cet effet paradoxal que dans un pays où il n'y a pas de liberté politique et où il n'y a pas de liberté religieuse, la franc-maçonnerie, qui est presque par nature à l'inverse de ces principes-là, va connaître en France véritablement une terre d'élections.

Seulement, elle va le payer d'une certaine manière.

C'est-à-dire que pour avoir un droit de cité, il va falloir que la franc-maçonnerie rassure les pouvoirs.

C'est ainsi que dans les années 1745-1750, il y a des règlements à Paris qui disent que, bien entendu, tous les sujets maçonniques doivent être de fidèles sujets du roi et de fidèles sujets de l'Église.

Il est même prévu d'ailleurs que l'ensemble de la loge aille assister à la messe à Pâques en décor maçonnique.

Et bien entendu, tout ça, c'est pour rassurer les pouvoirs.

Mais, d'un autre côté, la franc-maçonnerie ne doit à aucun moment, à aucune condition, paraître remettre en cause l'ordre établi.

Ce qui veut dire qu'on va surtout célébrer l'amitié, la fraternité, la bienfaisance, l'image que donne la maçonnerie, c'est essentiellement une image de bienfaisance.

Et puis, il faut dire aussi qu'on va se livrer au plaisir convivial des banquets.

Dans les années 1740, on a des témoignages qui sont très intéressants, parce qu'un certain nombre de loges se réunissent à Paris et la police s'en inquiète.

Ce qui fait qu'il va y avoir quelques perquisitions de police.

Alors, c'est très intéressant pour l'historien, parce que les exemples de police étaient déjà extrêmement précis dans leur description.

Et ils nous livrent donc une description très vivante de ce qu'est une réunion maçonnique dans le Paris des années 1740.

Généralement, ces loges n'ont pas de... il n'y a pas encore de locaux maçonniques dédiés.

On réunit les loges dans des auberges, où c'est ce qu'on appelle des traiteurs.

Alors, en fait, des traiteurs, à l'époque, ça veut dire tout simplement des restaurants privés.

On loue un immeuble, on loue une maison pour la soirée, et on organise un dîner.

La loge louait un hôtel particulier pour la soirée.

On faisait la réunion maçonnique, mais surtout, on faisait un banquet.

Le banquet devient, en France, en Angleterre c'était déjà le cas, mais en France ça va prendre un relief particulier, devient un élément majeur d'associabilité maçonnique.

Et alors, les exemples de police sont à peu près toujours la même technique.

Ils ont été informés, grâce à des mouches de police, de l'imminence d'une réunion maçonnique dans un hôtel donné, chez un traiteur.

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