La franc-maçonnerie est-elle chrétienne 1/2 ?
Panorama historique et situation actuelle des relations entre les églises chrétiennes et la Franc-maçonnerie. L’histoire des faits et des idées n’est, certes, pas un long fleuve tranquille. Ainsi, par quelle magie du sort la Franc-Maçonnerie médiévale opérative (les bâtisseurs de cathédrales) intensément chrétienne (cf. les extraits du manuscrit Régius – 1390 - cités par Jean-François Var) est-elle devenue par la suite au XIXème, en France, sous l’influence de Napoléon 1er, une Maçonnerie résolument politique avec « Le préfet comme Vénérable, le maire comme Premier Surveillant, et le commissaire de police comme Second Surveillant »…
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Et de nos jours : dans ses fondements, dans sa doctrine et ses modalités : que subsiste-t-il de la parole du Christ au sein de la Franc-maçonnerie ?
Pour répondre à cette question, nous avons réunis Pierre Barrucand, Jean-François Var et Jean-Marc Vivenza. Ce panorama européen des rapports qu’ont entretenus Franc-maçonnerie et Chrétienté est à l’image de notre histoire : une série de schismes, d’incompréhensions et d’amalgames dont il est difficile d’en tirer un avis tranché. C’est du moins ce que nos intervenants se sont efforcés d’établir.
La Tradition telle qu’elle transmise en Franc-maçonnerie, dans les différentes églises chrétiennes, ou ailleurs, est "semper rediviva", à jamais renaissante. Elle n'appartient pas aux hommes d'hier ni à ceux d'aujourd'hui. 

Si certains hommes, quelque soit la voie qu’ils ont choisie, sont devenus ivres de leur pouvoir et persuadés d’être seuls détenteurs de la vérité, propagent division ou anathème : la Tradition, elle, poursuit inlassablement sa route. A la fois ancestrale et actuelle, elle est dépositaire de valeurs universelles et éternelles…

Une table ronde de 86 minutes animée par Jacques Boucher.
Extrait de la vidéo
Nous sommes donc réunis pour aborder un sujet qui peut effectivement être polémique, la franc-maçonnerie est-elle chrétienne, donc je vais vous demander à chacun de vous présenter et de nous dire de façon très succincte qui vous êtes, votre parcours et surtout en quoi ce parcours peut être important dans cette discussion.
Qui commence ? Jean-François Vare, je suis un élève dévoyé de l'université.
Je veux dire que je n'ai pas suivi le parcours qui était initialement prévu, j'ai fait l'école normale supérieure, à l'école normale supérieure j'ai appris la discipline historique et notamment ses exigences, ce qui m'a été bien utile par la suite parce que je me suis rendu compte que les historiens de la franc-maçonnerie respectaient très peu ses exigences, généralement, beaucoup disons, et ensuite j'ai eu une carrière de haut fonctionnaire, c'est pour ça que je dis que je suis un élève dévoyé de l'alma mater et les circonstances de mon évolution personnelle ont fait que je suis rentré dans l'église orthodoxe, j'en suis devenu prêtre et maintenant je suis professeur de spiritualité à l'institut de théologie de Paris Saint-Denis.
En ce qui concerne mon parcours qui se rapporte le plus au sujet d'aujourd'hui, je suis, j'ai été un guénonien, comme disait Jean-Pierre Laurent tout à l'heure, adhérent à la métaphysique absolument géniale de Guénon jusqu'au moment où je me suis rendu compte que c'était totalement incompatible avec ma vie chrétienne et j'en ai été guéri par Louis-Claude de Saint-Martin qui a été mon initiateur, je dirais, dans la voie proprement diviniste.
Voilà, je crois que j'ai dit l'essentiel.
Voulez-vous vous présenter ?
Bien volontiers, je m'appelle Pierre Barucan, j'ai une vie assez compliquée et bien longue maintenant et je me suis intéressé à toutes sortes d'autres choses, à toutes sortes de choses, notamment sur des problèmes historiques et philosophiques, c'est ainsi que j'ai été amené à étudier un certain nombre de personnages, complètement différents d'ailleurs, j'ai ainsi étudié assez longuement Alastair Crowley, ensuite j'ai étudié un certain nombre de prêtres catholiques fondamentalement anti-maçons et anti-sémites, je crois d'ailleurs avoir été le premier à étudier la vie du chanois de Charvotis et je me suis rendu à Poitiers pour regarder un peu son dossier, où j'ai été fort bien accueilli d'ailleurs à cet évêché.
Voilà, en gros, j'ai publié un certain nombre d'articles, soit à la Tour Saint-Jacques, quand elle existait, où j'ai parlé de la Golden Dawn, notamment j'ai fait un historique de la Golden Dawn et un historique de Crowley, et puis ensuite à Politica Hermetica, où j'ai eu le plaisir de rencontrer Laurent, et là, c'est là où j'ai publié quelques articles également, notamment sur deux de ces prêtres très particuliers qui étaient Charvotis et un qui n'était pas prêtre d'ailleurs, mais qui se disait tel, enfin bon, qui s'appelait Desportes, personnage extraordinaire et fort peu sympathique d'ailleurs.
Et vous avez également publié un livre d'entretien avec Robert Amadou, tout à fait intéressant.
Ah oui, je vous remercie de ce compliment, j'aurais souhaité qu'il soit meilleur, mais malheureusement, j'ai eu quelques problèmes personnels avec Robert Amadou qui était un homme de caractère difficile, même si nous avions été bons amis à un moment, ce qui fait que je n'ai pas pu compléter cet ouvrage, mais enfin je vous remercie de l'avoir apprécié quand même.
Très bien.
À nous.
Eh bien, ayant Jean-Marc Ivenza, ayant un parcours complexe, je serai assez bref, c'est-à-dire que j'ai eu des centres d'intérêt multiples à l'époque de l'université, puisque j'ai fait un cursus universitaire en philosophie, en histoire de l'art et en musicologie.
Donc mon itinéraire a participé de ces trois branches, m'étant intéressé tout d'abord à la musicologie, discipline proche de la pensée s'il en est, évidemment je me suis tourné vers les avant-gardes contemporaines et en particulier les recherches en électro-acoustique, les musiques arithmétiques, etc.
Et ma séduction, mon intérêt pour l'histoire de l'art m'a amené, sur le plan professionnel, à commencer à travailler au musée d'art moderne de la ville de Grenoble, avec un conservateur qui s'appelait Pierre Godiber, qui venait d'ailleurs du palais de Tokyo à Paris, et tout à coup la découverte des avant-gardes, et en particulier des avant-gardes du début du siècle, m'ont mis en lumière les liens entre les théories musicales et les conceptions plastiques.
Donc du coup j'ai fait toute une recherche sur ce sujet, j'ai publié divers ouvrages et également fait des réalisations sonores, de véritables compositions qui m'ont donné à faire entendre le résultat de ces travaux dans différents festivals, rencontrer diverses grandes personnalités de la musique contemporaine, comme John Cage par exemple.
Enfin, au-delà de ça, au bout d'un moment, mes premiers amours philosophiques revenant, je suis revenu vers la recherche philosophique proprement dite, et l'approfondissement des liens entre les néo-platoniciens tardifs et, on pourrait dire, les logiciens indiens des 3e-4e siècle, tel que Georges Valin m'avait pu m'en donner à la fois l'intérêt à l'Université de Lyon à l'époque, a repris le pas, et je me suis plongé sur une figure de la pensée universelle, mais en particulier de l'Asie, Nagarjuna, et j'ai fait un très gros travail, une très grosse étude sur Nagarjuna, qui a été publiée chez Albain Michel sous le nom de « Nagarjuna, Doctrine de la vacuité », dont la suite vient d'être éditée immédiatement.